En 2025, les PME algériennes peinent toujours à obtenir des crédits bancaires classiques, mais une alternative gagne du terrain : le crédit-bail et l’affacturage. Ces solutions de financement, encore marginales il y a quelques années, représentent désormais une bouée de sauvetage pour des milliers d’entrepreneurs. Selon les dernières données de la Banque d’Algérie, près de 15 % des PME ont eu recours à ces mécanismes en 2025, contre moins de 8 % en 2022. Une progression qui s’explique par la rigidité des banques traditionnelles, mais aussi par l’émergence de nouveaux acteurs spécialisés.
Le crédit-bail, ou leasing, permet aux entreprises de financer du matériel ou des équipements sans investir en capital. En Algérie, cette formule est portée par des sociétés comme Algérie Leasing, filiale de la CNEP, ou encore par des acteurs privés comme Tassili Leasing. « Les entrepreneurs optent pour le crédit-bail car ils évitent un apport personnel important et bénéficient de déductions fiscales », explique un responsable de la CNEP à Alger. En 2025, le volume des contrats de crédit-bail a atteint 120 milliards de dinars, un record depuis 2020. Les secteurs les plus demandeurs ? La logistique, le BTP et l’agroalimentaire, où l’acquisition de camions ou de machines est cruciale.
L’affacturage, quant à lui, permet aux PME de céder leurs créances clients à un tiers (factor) en échange d’un paiement immédiat, à hauteur de 70 à 90 % de la valeur. Cette solution soulage les problèmes de trésorerie, un fléau récurrent pour les entreprises algériennes. Selon la Fédération algérienne des banques (FAB), le marché de l’affacturage a progressé de 35 % en un an, avec un volume de transactions dépassant 80 milliards de dinars en 2025. Les secteurs du commerce et des services sont les plus actifs. « Les PME qui facturent à 60 ou 90 jours ne peuvent plus attendre. L’affacturage leur donne de l’air », souligne un expert en finance à Oran.
Pourtant, ces alternatives restent insuffisantes face à l’ampleur des besoins. Les banques publiques, comme la BNA ou le Crédit Populaire d’Algérie (CPA), continuent de privilégier les grands comptes. « Les critères d’octroi sont très stricts : garanties personnelles, historique de crédit impeccable, et souvent un lien personnel avec le directeur de l’agence », confie un entrepreneur de Sétif. Résultat : les jeunes pousses et les startups, sans garanties suffisantes, se tournent vers ces solutions non bancaires.
Un autre frein persiste : le manque de visibilité sur ces instruments. Beaucoup d’entrepreneurs ignorent encore que l’affacturage existe ou comment y accéder. « Nous organisons des ateliers à Constantine et Annaba pour expliquer ces mécanismes, mais le retard est énorme », déplore un responsable de la Chambre de commerce de la wilaya. Les banques privées, comme l’ABH ou la BADR, commencent à se positionner sur ce créneau, mais leur offre reste limitée.
Les pouvoirs publics tentent de combler le vide. En 2025, le ministère de l’Industrie a lancé un fonds dédié aux PME, doté de 50 milliards de dinars, accessible via des partenariats avec des sociétés de crédit-bail. « L’objectif est de réduire la dépendance aux banques et d’encourager l’innovation », indique un communiqué du ministère. Parallèlement, la Banque d’Algérie a assoupli certaines règles pour faciliter l’accès à l’affacturage, notamment en réduisant les frais de dossier.
Côté diaspora, ces alternatives ouvrent des opportunités. De nombreux entrepreneurs installés à l’étranger investissent dans des projets locaux via des partenariats avec des sociétés de crédit-bail. « Un entrepreneur basé en France a financé l’achat d’un camion frigorifique à Tlemcen via Algérie Leasing, sans avoir à rapatrier des fonds en Algérie », témoigne un intermédiaire. Ces mécanismes permettent aussi aux investisseurs de la diaspora de limiter les risques liés aux fluctuations du dinar.
À retenir pour les entrepreneurs
Le crédit-bail et l’affacturage ont permis à plus de 15 % des PME algériennes d’accéder à un financement en 2025. Ces solutions restent moins chères que les crédits bancaires classiques, avec des taux d’intérêt compris entre 6 % et 9 % selon les contrats. Les secteurs de la logistique et du commerce sont les plus dynamiques sur ces dispositifs.
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