L’Algérie mise 15 gigawatts sur le solaire

L’Algérie accélère sa transition énergétique avec un objectif ambitieux : produire 15 gigawatts d’électricité solaire d’ici 2035. Annoncée cette semaine par le Centre de Développement des Energies Renouvelables (CDER), cette stratégie s’inscrit dans un plan national visant à diversifier le mix énergétique du pays. Pour les entrepreneurs locaux et la diaspora algérienne, cette annonce représente une opportunité majeure, tant en termes d’investissement que de création d’emplois dans le secteur des énergies vertes.

Un tournant énergétique sous pression

La demande électrique en Algérie a atteint un nouveau record cette semaine, selon les données de Sonelgaz. Le géant public de l’électricité, déjà sous tension, doit composer avec une croissance annuelle de la consommation estimée à 8 %. Face à cette pression, le gouvernement mise sur les énergies renouvelables pour réduire la dépendance aux hydrocarbures, qui représentent encore 90 % des exportations. Le ministre de l’Énergie, Mohamed Arkab, a réaffirmé récemment que le solaire photovoltaïque et l’éolien deviendraient des piliers de la production nationale.

Le CDER précise que les 15 gigawatts prévus en 2035 incluront des centrales solaires de grande envergure, comme celle de Hassi R’Mel, ainsi que des projets décentralisés pour alimenter les zones rurales. « L’Algérie dispose d’un ensoleillement exceptionnel, avec un potentiel de 3 000 heures d’ensoleillement par an », souligne le directeur du CDER, Noureddine Yassaa. Ce gisement naturel, combiné à des politiques incitatives, pourrait attirer des investisseurs étrangers et nationaux.

Des opportunités pour les entrepreneurs

Pour les startups et les PME algériennes, la filière solaire offre plusieurs leviers de croissance. Le marché local, estimé à plus de 2 milliards de dollars en 2025 selon El Watan, couvre à la fois la production de panneaux, leur installation et leur maintenance. Des entreprises comme Enie ont déjà saisi cette opportunité en développant des unités de fabrication de composants photovoltaïques. « Nous avons doublé notre capacité de production depuis 2023 et visons 500 mégawatts par an d’ici 2027 », indique un responsable de l’entreprise.

La diaspora algérienne, forte de compétences en ingénierie et en gestion de projets, peut jouer un rôle clé dans ce secteur. Des initiatives comme le fonds « Algeria Green Energy » visent à faciliter les investissements transfrontaliers. « Les entrepreneurs de la diaspora ont un avantage : ils connaissent à la fois les besoins du marché algérien et les standards internationaux », explique un expert en énergie basé à Paris. Des projets pilotes, comme les fermes solaires dans le sud du pays, pourraient être montés en partenariat avec des investisseurs locaux.

Des défis à surmonter

Malgré ce potentiel, des obstacles persistent. Le manque de cadres juridiques stables et la lenteur des procédures administratives freinent l’arrivée de nouveaux acteurs. « Les appels d’offres pour les grandes centrales sont rares et les délais d’obtention des autorisations peuvent s’étendre sur plusieurs années », déplore un entrepreneur basé à Alger. Par ailleurs, le réseau électrique national, encore dépendant des énergies fossiles, devra être modernisé pour absorber l’intermittence des énergies renouvelables.

Les banques locales peinent aussi à financer les projets solaires à long terme. « Les taux d’intérêt restent élevés pour les PME, et les garanties demandées sont souvent disproportionnées », souligne un directeur de banque à Oran. Pour contourner ce problème, certains entrepreneurs se tournent vers des partenariats avec des institutions internationales, comme la Banque africaine de développement, qui a récemment accordé un prêt de 200 millions de dollars à Sonatrach pour des projets solaires.

Un modèle à suivre pour l’Afrique

L’ambition algérienne s’inscrit dans une dynamique régionale. Le pays pourrait devenir un hub pour les technologies vertes en Afrique du Nord, à l’instar du Maroc avec son parc Noor. « L’Algérie a l’avantage d’une main-d’œuvre qualifiée et d’une position géographique stratégique », note un analyste de la Banque mondiale. Des pays comme la Tunisie et la Libye observent de près les avancées algériennes pour ajuster leurs propres plans énergétiques.

Les entrepreneurs algériens ont donc une carte à jouer. Les niches sont nombreuses : fabrication de kits solaires pour les ménages, développement de solutions de stockage d’énergie, ou encore formation des techniciens spécialisés. Le gouvernement a annoncé des exonérations fiscales pour les entreprises actives dans les énergies renouvelables, mais leur application reste inégale.

À retenir pour les entrepreneurs
Les 15 gigawatts de solaire prévus en 2035 représentent un marché de 2 milliards de dollars. Les opportunités se concentrent sur la production locale, l’installation et la maintenance. La diaspora peut investir via des fonds dédiés ou des partenariats avec des acteurs locaux.

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