En octobre 2019, la chute de Abdelaziz Bouteflika marquait le début d’un mouvement de contestation sans précédent en Algérie. Pourtant, trois ans plus tard, la « révolution » proclamée par les manifestants de la Hirak n’a pas encore produit les transformations économiques attendues par les entrepreneurs et la diaspora.
Selon L’Expression, les revendications initiales de 2019 portaient sur la fin du système politique hérité de l’ère Bouteflika, mais les attentes des jeunes et des acteurs économiques incluaient aussi une refonte des structures économiques jugées sclérosées. Le magazine rappelle que les manifestations massives du Hirak avaient exprimé un rejet global de la classe dirigeante, sans pour autant aboutir à un nouveau modèle économique. Les espoirs soulevés par l’arrivée de figures comme Abdelmadjid Tebboune au pouvoir en décembre 2019, après la démission forcée de Bouteflika, se sont heurtés à une réalité économique toujours marquée par les mêmes blocages.
Le secteur privé algérien, déjà fragilisé par des décennies de contrôle étatique, n’a pas bénéficié d’une libéralisation accélérée. Les entrepreneurs locaux, en particulier les jeunes porteurs de projets, attendent toujours des réformes structurelles pour accéder à des financements, une administration moins pesante et un climat des affaires plus attractif. L’absence de nouvelles mesures incitatives récentes laisse perplexes ceux qui espéraient une dynamique de création d’entreprises après le soulèvement.
Un exemple concret reste l’accès au crédit bancaire, condition sine qua non pour le développement des PME. Malgré les discours sur la promotion de l’entrepreneuriat, les banques algériennes, majoritairement publiques, continuent de privilégier les grands groupes liés à l’État. Les jeunes entrepreneurs peinent à obtenir des prêts sans garanties solides, un problème récurrent souligné par les rapports économiques locaux. La Banque d’Algérie, dirigée par Salah Eddine Taleb, n’a pas non plus assoupli ses règles en faveur des startups, malgré les appels répétés des associations professionnelles.
Côté diaspora, les transferts financiers restent une bouée de sauvetage pour l’économie nationale. Selon la Banque mondiale, les envois de fonds des Algériens de l’étranger s’élevaient à plus de 2 milliards de dollars en 2020, un chiffre qui stagne depuis. Or, ce potentiel pourrait être mieux exploité si les entrepreneurs de la diaspora avaient des garanties leur permettant d’investir directement dans des projets locaux. Pour l’instant, les facilités fiscales et les partenariats restent limités, freinant une contribution plus active au développement économique.
Les institutions algériennes, comme le ministère de l’Industrie et des Mines ou la Chambre nationale du commerce (CACI), promettent régulièrement des simplifications administratives. Pourtant, les délais pour créer une entreprise ou obtenir un agrément restent parmi les plus longs du Maghreb. Les entrepreneurs algériens dénoncent une bureaucratie persistante, qui étouffe l’initiative privée depuis des décennies.
Sur le plan social, la situation n’est pas plus encourageante. Le taux de chômage des jeunes, qui avait dépassé 29 % en 2020 selon l’ONS, reste un frein majeur à l’innovation. Les secteurs porteurs comme les technologies, l’agroalimentaire ou les énergies renouvelables n’ont pas reçu l’impulsion nécessaire pour absorber cette main-d’œuvre. Les startups algériennes, malgré leur dynamisme relatif, peinent à passer à l’échelle faute de soutien financier et réglementaire.
Face à ce constat, certains entrepreneurs algériens se tournent vers l’étranger pour monter leurs projets. Les plateformes numériques, comme celles dédiées aux freelances, permettent à une partie de la jeunesse de contourner les blocages locaux. Mais cette fuite des talents prive l’Algérie de ressources précieuses, sans compter le manque à gagner fiscal pour l’État.
À retenir pour les entrepreneurs
Le taux de chômage des jeunes en Algérie s’élevait à 29 % en 2020, selon l’ONS. Les transferts de la diaspora représentent un apport annuel de plus de 2 milliards de dollars, mais leur impact reste limité par le manque d’incitations à l’investissement local. Les délais administratifs pour créer une entreprise dépassent toujours les 30 jours en moyenne.
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