Une réforme attendue depuis dix ans
L’Assemblée populaire nationale a adopté cette semaine le projet de loi sur la gestion, le contrôle et l’élimination des déchets. Porté par le ministère de l’Environnement, ce texte crée enfin un cadre juridique pour transformer le secteur. Depuis 2015, les associations et experts réclamaient une loi pour sortir de l’économie linéaire « extraire-fabriquer-jeter ». En 2025, l’Algérie produit chaque année 13 millions de tonnes de déchets ménagers, dont 70 % finissent en décharge sauvage ou dans la nature. Les entrepreneurs locaux pointaient l’absence de filières de recyclage rentables et la concurrence déloyale des importations illégales de plastiques usagés.
Le nouveau texte impose aux communes un plan de prévention et de gestion des déchets d’ici 2027. Les entreprises de plus de 20 salariés devront trier leurs déchets à la source et financer leur valorisation. Le recyclage de 50 % des déchets plastiques et 30 % des emballages est visé d’ici 2030. Selon le Centre de développement des énergies renouvelables (CDER), ce secteur pourrait générer 50 000 emplois directs et indirects d’ici 2035, avec un chiffre d’affaires potentiel de 2 milliards de dollars par an.
Les opportunités pour les startups et PME
Les entrepreneurs algériens peuvent désormais créer des entreprises dans quatre segments porteurs. D’abord, la collecte et le tri des déchets : l’État subventionnera à 50 % l’achat de camions de collecte et de presses à balles pour les petites structures. Ensuite, le recyclage des plastiques, des métaux et du verre. Trois usines pilotes, dont une à Oran pilotée par EPE BMT, recyclent déjà 12 000 tonnes de plastique par an. Le taux de recyclage national reste inférieur à 5 %, contre 45 % en Tunisie.
Les jeunes diplômés et la diaspora sont particulièrement ciblés. Le ministère a lancé un fonds de garantie de 1 milliard de dinars pour les projets de moins de 50 millions de dinars. Les entrepreneurs de la diaspora peuvent bénéficier de prêts à taux zéro via l’Agence nationale de soutien à l’emploi des jeunes (ANSEJ) et des exonérations fiscales pendant cinq ans. Un incubateur spécialisé, « GreenTech Algeria », ouvre ses portes à Alger en septembre 2025 pour accompagner les porteurs de projets dans la circularité.
Le défi des importations et la lutte contre la fraude
Le texte interdit strictement l’importation de déchets plastiques et de textiles usagés, responsables de pollutions massives à Annaba et Mostaganem. Selon les douanes, 1,2 million de tonnes de plastiques ont été importées illégalement entre 2020 et 2024, sous couvert de « matières premières secondaires ». Les entreprises qui tentent de contourner la loi s’exposent à des amendes pouvant atteindre 200 millions de dinars et à la fermeture administrative.
Pour les entrepreneurs locaux, cette mesure sécurise le marché. « Avant, nos usines de recyclage ne pouvaient pas rivaliser avec le prix des déchets importés », explique Yacine Boukhatem, fondateur de RecyclAlger. Son entreprise emploie 45 personnes et recycle 3 000 tonnes de bouteilles plastiques par an. Le gouvernement a aussi mis en place un système de traçabilité numérique pour suivre les flux de déchets, en collaboration avec Sonatrach et la Compagnie algérienne de navigation (CAN).
La valorisation énergétique en question
Le texte autorise désormais la valorisation énergétique des déchets non recyclables, notamment pour produire de l’électricité. Trois centrales sont prévues : à Alger, Oran et Constantine. Le projet d’Alger, porté par la startup Enerwaste, vise une capacité de 30 MW à partir de 2027. Les entrepreneurs pourront soumissionner pour des contrats de fourniture d’électricité, avec un tarif garanti de 10 dinars par kWh pendant 20 ans.
Cependant, les associations écologistes alertent sur les risques de pollution liés à l’incinération. « Ces centrales doivent respecter les normes européennes, sinon elles aggraveront la crise sanitaire », alerte Fatima Zohra Aït Ouakli, coordinatrice de l’association Algérienne pour la protection de l’environnement. Les entrepreneurs intéressés par ce créneau doivent prévoir des filtres haute performance et des audits indépendants.
La diaspora algérienne au cœur du changement
Les entrepreneurs de la diaspora représentent 30 % des projets déposés dans le cadre du fonds déchets. « Nous avons reçu 200 dossiers en six mois, dont 60 % proviennent de la France et de l’Espagne », indique Dalila Benali, directrice de l’incubateur GreenTech Algeria. Les projets les plus innovants concernent le recyclage des batteries de voitures électriques et la production de biocarburants à partir d’huiles usagées.
Un jeune entrepreneur d’origine algérienne en Allemagne, Karim Belaid, a développé une technologie de pyrolyse pour transformer les pneus usagés en carburant. Son projet, soutenu par l’ANSEJ, sera déployé à Tiaret en 2026 avec 50 emplois prévus. Les entrepreneurs de la diaspora bénéficient d’un accompagnement spécifique : mentorat par des experts internationaux, accès à des salons professionnels et mise en relation avec des investisseurs locaux.
Un secteur encore fragilisé par les lourdeurs administratives
Malgré les avancées, les entrepreneurs dénoncent des freins persistants. Les délais pour obtenir les autorisations d’exploitation s’étendent sur 12 à 18 mois, contre 6 mois en Tunisie. Le manque de décharges contrôlées dans le Sud oblige les transporteurs à parcourir jusqu’à 500 km pour déposer leurs déchets, augmentant les coûts de 30 %. Les associations demandent la création d’une agence nationale dédiée, sur le modèle de l’Agence nationale des déchets en France.
Le ministère de l’Environnement a promis d’accélérer les procédures et de créer des guichets uniques dans chaque wilaya. Pour les entrepreneurs, l’enjeu est de taille : chaque mois de retard coûte entre 50 000 et 200 000 dollars de chiffre d’affaires potentiel.
À retenir pour les entrepreneurs
Les entrepreneurs peuvent accéder à des subventions couvrant jusqu’à 50 % de leurs investissements dans le tri et le recyclage. Les projets de valorisation énergétique bénéficient d’un tarif d’achat garanti de 10 dinars/kWh pendant 20 ans. Les startups de la diaspora obtiennent des prêts à taux zéro et un accompagnement via l’incubateur GreenTech Algeria.
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