L’amnistie fiscale tunisienne 2025 interroge les entrepreneurs algérie

La Tunisie a lancé en décembre 2024 une amnistie fiscale pour les années 2020 à 2023, offrant aux contribuables la possibilité de régulariser leur situation sans pénalités ni majorations. Selon Tuniscope, cette mesure, valable jusqu’à fin 2025, s’adresse aux particuliers comme aux entreprises, y compris celles détenues par des non-résidents. Les modalités sont claires : déclaration spontanée des revenus non déclarés, paiement de l’impôt dû au taux réduit de 10 %, et exonération totale des pénalités. Une aubaine pour les entrepreneurs tunisiens en délicatesse avec le fisc, mais aussi un signal qui résonne de l’autre côté de la frontière, en Algérie.

Pour les entrepreneurs algériens, cette initiative tunisienne soulève une question récurrente : l’Algérie pourrait-elle emboîter le pas ? La réponse n’est pas simple. Le gouvernement algérien a déjà expérimenté des mesures similaires, comme l’amnistie fiscale de 2020, qui avait permis de récupérer près de 100 milliards de dinars (environ 700 millions d’euros à l’époque) en impôts impayés. Mais depuis, aucune nouvelle opération de ce type n’a été annoncée. Pourtant, le contexte économique actuel, marqué par des tensions sur les recettes fiscales et une économie informelle estimée à plus de 30 % du PIB selon la Banque mondiale, plaide pour une relance de ce mécanisme.

Les entrepreneurs algériens, en particulier ceux de la diaspora, sont directement concernés. Beaucoup détiennent des actifs ou génèrent des revenus en Algérie sans toujours les déclarer, par méconnaissance des procédures ou par crainte d’un système fiscal perçu comme complexe et rigide. Une amnistie fiscale algérienne pourrait les inciter à rapatrier des fonds ou à régulariser leur situation, injectant ainsi des liquidités dans l’économie formelle. En Tunisie, les premières estimations évoquent un afflux de 500 millions de dinars tunisiens (environ 150 millions d’euros) grâce à cette mesure. Un chiffre qui donne une idée du potentiel pour l’Algérie, où les flux financiers de la diaspora dépassent les 2 milliards de dollars par an, selon la Banque d’Algérie.

Mais les obstacles sont nombreux. D’abord, la méfiance envers l’administration fiscale algérienne, souvent pointée du doigt pour son manque de transparence et ses lourdeurs bureaucratiques. Ensuite, l’absence de garantie sur la pérennité de telles mesures : en 2020, l’amnistie avait été suivie d’un durcissement des contrôles, décourageant certains entrepreneurs. Enfin, la question des taux d’imposition reste sensible. En Tunisie, le taux réduit de 10 % a été un argument clé pour attirer les déclarations. En Algérie, où les taux d’imposition sur les sociétés oscillent entre 19 % et 26 %, une réduction temporaire pourrait être nécessaire pour rendre l’amnistie attractive.

Les comparaisons avec la Tunisie ne s’arrêtent pas là. Le pays voisin a aussi simplifié ses procédures pour les non-résidents, permettant aux Tunisiens de l’étranger de régulariser leur situation à distance, via des plateformes en ligne. En Algérie, les démarches restent largement physiques, avec des délais souvent longs et des exigences documentaires complexes. Une modernisation des services fiscaux, comme celle entreprise par la Direction générale des impôts (DGI) avec le lancement du portail « e-DGI » en 2023, pourrait faciliter une éventuelle amnistie. Mais pour l’instant, le système reste en deçà des attentes des entrepreneurs, notamment ceux de la diaspora qui peinent à gérer leurs obligations à distance.

Autre enjeu : la stabilité juridique. En Tunisie, l’amnistie fiscale 2025 s’inscrit dans une loi de finances rectificative, avec des dispositions claires et une durée limitée. En Algérie, les mesures fiscales sont souvent annoncées dans des décrets ou des circulaires, sans toujours bénéficier d’un cadre législatif solide. Cela crée une insécurité pour les entrepreneurs, qui hésitent à s’engager dans des régularisations sans garantie sur le long terme. Pour être efficace, une amnistie fiscale algérienne devrait s’accompagner d’une communication transparente et d’un engagement à ne pas durcir les contrôles après son expiration.

Enfin, il y a la question des secteurs prioritaires. En Tunisie, l’amnistie cible particulièrement les professions libérales, les commerçants et les petites entreprises, des catégories où l’évasion fiscale est élevée. En Algérie, une mesure similaire pourrait se concentrer sur les secteurs informels comme le BTP, le commerce de détail ou les services, qui représentent une part importante de l’économie non déclarée. Mais pour que cela fonctionne, il faudrait aussi des incitations concrètes, comme des facilités de financement ou des allègements de charges pour les entreprises qui sortent de l’ombre.

À l’international, les amnisties fiscales sont souvent perçues comme un moyen de renforcer la confiance entre l’État et les contribuables. En Italie, en Espagne ou au Portugal, ces dispositifs ont permis de récupérer des milliards d’euros tout en encourageant les investissements locaux. En Algérie, où la relation entre les entrepreneurs et l’administration fiscale reste tendue, une telle mesure pourrait être un premier pas vers une fiscalité plus équitable et plus incitative. Mais pour cela, elle doit s’inscrire dans une stratégie plus large de réforme fiscale, incluant la simplification des procédures, la digitalisation des services et une meilleure protection des droits des contribuables.

À retenir pour les entrepreneurs
L’amnistie fiscale tunisienne 2025 rappelle que les régularisations fiscales peuvent être un levier pour les États comme pour les entrepreneurs. En Algérie, une mesure similaire pourrait mobiliser des fonds dormants, surtout ceux de la diaspora, mais elle nécessiterait des garanties sur la transparence et la stabilité des règles. Pour les créateurs d’entreprise, c’est aussi un signal : anticiper les évolutions fiscales et se préparer à des opportunités de régularisation pourrait devenir un atout stratégique.

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