Les freelances algériens peuvent désormais recevoir et payer à l’international grâce à des cartes bancaires virtuelles adossées au Mobile Money. Cette avancée, relayée récemment par Fathom Journal, marque une étape pour les travailleurs indépendants et les startups du pays, souvent bloqués par les restrictions bancaires traditionnelles.
Le système repose sur des partenariats entre opérateurs de Mobile Money (comme Djezzy Cash, Mobilis Money ou Ooredoo Money) et des fintechs africaines ou internationales. Ces dernières émettent des cartes virtuelles, utilisables sur des plateformes comme PayPal, Stripe ou Wise, après un dépôt en dinars convertis via le Mobile Money. Selon Fathom Journal, certaines solutions permettent même des retraits en devises ou des paiements en ligne sans compte bancaire classique.
Pour les freelances algériens, cette option contourne deux obstacles majeurs : l’impossibilité d’ouvrir un compte en devises pour les particuliers et les délais des virements internationaux via les banques locales. En 2023, une étude de la Banque d’Algérie révélait que seulement 12 % des transactions transfrontalières des petites entreprises passaient par le système bancaire formel, le reste utilisant des canaux informels ou des proches à l’étranger.
Les limites restent toutefois importantes. Les plafonds de transaction varient selon les opérateurs (entre 50 000 et 200 000 DZD par mois pour Djezzy Cash, par exemple), et les frais de conversion peuvent atteindre 3 à 5 % du montant. De plus, certaines plateformes comme Upwork ou Fiverr n’acceptent pas encore ces cartes, obligeant les freelances à recourir à des intermédiaires.
Un levier pour la diaspora et les startups tech
Pour les startups algériennes, notamment dans le numérique, cette solution offre une alternative aux comptes offshore souvent utilisés pour payer des outils comme AWS, Google Cloud ou des abonnements logiciels. Yassir, la licorne algérienne, avait d’ailleurs évoqué en 2024 les difficultés de ses équipes à accéder à des services payants en devises, malgré son statut de « unicorn ».
Risques et cadre légal flou
Autre risque : la volatilité du dinar. Les freelances qui reçoivent des dollars ou des euros via ces cartes subissent une double conversion (devise → dinar → devise), avec des pertes potentielles. Un développeur algérien interrogé par Tout sur l’Algérie estime ainsi perdre « entre 5 et 10 % de [ses] revenus » à cause des frais et des taux de change.
Comparaison avec les voisins maghrébins
En Algérie, les solutions alternatives restent donc dominées par des acteurs informels ou des fintechs étrangères. Flouci, une startup algérienne, avait tenté en 2022 de lancer une carte prépayée pour les freelances, mais le projet a été bloqué par la Banque d’Algérie pour « non-conformité ».
Ce que disent les freelances
Les plateformes de freelancing, elles, restent prudentes. Malt, une marketplace européenne, a récemment ajouté une option pour les paiements via Mobile Money, mais avec des restrictions pour les utilisateurs algériens. Upwork, en revanche, n’a pas encore intégré ces solutions, obligeant les freelances à recourir à des comptes intermédiaires à l’étranger.
À retenir pour les entrepreneurs
Les cartes virtuelles adossées au Mobile Money offrent une solution temporaire pour les freelances algériens, mais avec des limites légales et financières. Les entrepreneurs doivent comparer les frais et les plafonds des opérateurs avant de choisir, et anticiper les risques de change. Pour les startups, cette option peut faciliter l’accès aux outils internationaux, mais un cadre légal clair reste nécessaire pour pérenniser le modèle.
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