L’Algérie franchit une étape clé dans la préparation de sa jeunesse aux métiers du numérique. Depuis septembre 2025, 40 nouvelles spécialités liées aux technologies de l’information et de la communication (TIC) sont officiellement intégrées aux programmes de la formation professionnelle, selon une annonce relayée par We Are Tech. Cette initiative, portée par le ministère de la Formation et de l’Enseignement professionnels (MFEP), vise à répondre aux besoins croissants du marché local et à réduire le chômage des jeunes diplômés.
Parmi les spécialités ajoutées figurent des domaines comme le développement web et mobile, la cybersécurité, l’intelligence artificielle, le cloud computing, la data science et l’e-commerce. Ces filières, jusqu’ici peu développées dans le système public algérien, reflètent les priorités du plan gouvernemental « Algérie 5.0 », lancé en 2023 pour accélérer la transition numérique du pays. Le MFEP précise que ces formations seront dispensées dans les 1 200 centres de formation professionnelle répartis sur le territoire national, avec un accent particulier sur les wilayas d’Alger, Oran, Constantine et Sétif, où la demande en compétences digitales est la plus forte.
Un marché en tension
Le secteur du numérique en Algérie connaît une croissance annuelle de 12 % depuis 2020, selon les données de l’Agence nationale de promotion des investissements (ANIREF). Pourtant, les entreprises locales peinent à recruter des profils qualifiés. Une étude menée en 2024 par le cabinet Djezzy Consulting révélait que 68 % des startups algériennes considéraient le manque de compétences techniques comme leur principal frein à l’expansion. « Nous recevons des centaines de CV chaque mois, mais moins de 10 % des candidats maîtrisent les outils modernes comme les frameworks JavaScript ou les solutions cloud AWS », témoigne Amine B., fondateur d’une plateforme de fintech à Alger.
Cette pénurie de talents a des répercussions concrètes : certaines entreprises algériennes externalisent une partie de leur développement logiciel vers la Tunisie ou le Maroc, où les formations en numérique sont plus avancées. « Un développeur full-stack formé en Algérie coûte 30 % moins cher qu’en Europe, mais si nous devons former nous-mêmes nos employés pendant six mois, l’avantage économique disparaît », explique Sarah K., directrice d’une agence digitale à Oran.
Des formations alignées sur les besoins des entreprises
Pour éviter ce décalage, le MFEP a travaillé en étroite collaboration avec des acteurs privés comme Condor Electronics, NCA Rouiba et des incubateurs comme 1000 Startups pour concevoir les nouveaux programmes. « Nous avons identifié les compétences les plus demandées par les employeurs, comme la gestion de bases de données NoSQL ou l’analyse de données avec Python, et les avons intégrées aux cursus », indique un responsable du ministère, cité par El Watan.
Les formations, d’une durée de 6 à 18 mois selon les spécialités, incluront des stages obligatoires en entreprise. Un partenariat avec Microsoft Algérie et Google Developers permettra aux apprenants d’accéder à des certifications internationales, un atout pour leur insertion professionnelle. « Un jeune qui sort d’une formation en cybersécurité avec une certification Cisco peut prétendre à un salaire de 120 000 à 150 000 DA par mois dès son embauche, contre 60 000 DA pour un profil sans certification », souligne un recruteur chez Sofrecom Algérie.
Un impact limité par les infrastructures ?
Malgré ces avancées, des défis persistent. Plusieurs centres de formation professionnelle manquent d’équipements adaptés, notamment dans les wilayas du Sud. « À Adrar ou Tamanrasset, les salles informatiques sont souvent équipées de machines obsolètes, et l’accès à une connexion internet haut débit reste aléatoire », déplore un formateur interrogé par TSA. Le MFEP assure toutefois que 300 centres seront modernisés d’ici fin 2026, avec un budget de 5 milliards de dinars alloué à l’achat de matériel et à la formation des formateurs.
Autre obstacle : la réticence de certaines familles à orienter leurs enfants vers des métiers perçus comme « peu stables ». « Le numérique est encore associé à l’informel dans l’esprit de beaucoup de parents. Ils préfèrent voir leurs enfants devenir fonctionnaires ou ingénieurs traditionnels », note un sociologue spécialiste de l’emploi des jeunes. Pour contrer cette méfiance, le ministère a lancé une campagne de sensibilisation dans les lycées, mettant en avant des success stories comme celle de Yassir, la licorne algérienne valorisée à plus d’un milliard de dollars.
Opportunités pour la diaspora et les investisseurs
Cette réforme ouvre des perspectives pour la diaspora algérienne, notamment les professionnels du numérique installés à l’étranger. Plusieurs entrepreneurs basés en France, au Canada ou aux Émirats arabes unis ont déjà manifesté leur intérêt pour créer des écoles de coding ou des bootcamps en Algérie. « Nous envisageons d’ouvrir un campus à Alger en partenariat avec des universités locales pour former des développeurs en 9 mois, avec un modèle inspiré des écoles comme 42 ou Le Wagon« , confie Karim M., cofondateur d’une edtech franco-algérienne.
Les investisseurs étrangers pourraient également y trouver leur compte. « L’Algérie a le potentiel pour devenir un hub régional de services numériques, à condition de former suffisamment de talents. Les entreprises européennes cherchent à externaliser des tâches comme le développement d’applications ou la maintenance de systèmes, et l’Algérie offre un rapport qualité-prix très compétitif », analyse un consultant chez McKinsey Middle East.
À retenir pour les entrepreneurs
Les 40 spécialités numériques intégrées à la formation professionnelle représentent une opportunité pour les startups et PME algériennes de recruter des profils locaux formés aux dernières technologies. Les entreprises qui souhaitent embaucher des talents fraîchement diplômés peuvent se rapprocher des centres de formation pour proposer des stages ou des contrats d’alternance. Par ailleurs, les investisseurs dans l’edtech ou les services digitaux ont tout intérêt à surveiller l’évolution de ce vivier de compétences, notamment dans les wilayas où les infrastructures seront modernisées d’ici 2026.
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