Algérie accusée de déstabiliser le Sahel par le Mali

Cette semaine, les tensions entre l’Algérie et le Mali ont atteint un nouveau palier avec des accusations directes portées par Bamako contre Alger. Dans un communiqué publié mardi, le gouvernement malien a pointé du doigt « l’ombre déstabilisatrice » de l’Algérie derrière une récente attaque terroriste sur son territoire. Selon le ministre malien de la Défense, Sadio Camara, des « preuves tangibles » lieraient des groupes armés actifs dans le nord du Mali à des soutiens logistiques en Algérie. Ces allégations, relayées par le site d’information L-Post, s’inscrivent dans un contexte de rupture diplomatique entre les deux pays depuis le coup d’État de 2020 au Mali.

Les accusations maliennes ne sont pas isolées. Le Maroc, par la voix du média Hespress Français, a récemment alimenté la polémique en opposant la « stabilité » de Rabat à la « controversée » posture d’Alger dans la région. Le quotidien marocain affirme que l’Algérie serait « en perte de crédibilité » face à la montée des groupes jihadistes au Sahel, une thèse reprise par le site lareleve.ma, qui accuse directement Alger et le Front Polisario de « soutien actif » à des organisations terroristes. Ces déclarations interviennent alors que le Mali, sous la junte dirigée par Assimi Goïta, a rompu ses accords militaires avec la France et s’est rapproché de la Russie, notamment via le groupe Wagner.

Du côté algérien, les réactions officielles se font attendre. Le ministère des Affaires étrangères n’a pas encore réagi aux accusations maliennes, mais des sources proches des services de renseignement algériens, citées par L’Algérie Aujourd’hui, qualifient ces allégations de « manœuvre de diversion ». Le général Saïd Chanegriha, chef d’état-major de l’Armée nationale populaire (ANP), avait pourtant évoqué en avril un « choix stratégique et rationnel » pour l’Algérie dans sa gestion des crises sahéliennes, sans nommer explicitement le Mali. Selon lui, l’Algérie privilégie une « approche globale » combinant sécurité aux frontières, coopération régionale et lutte contre les trafics illicites.

Sur le terrain, la situation reste tendue. Le Mali accuse l’Algérie de ne pas contrôler efficacement sa frontière sud, longue de plus de 1 300 kilomètres, où transiteraient armes et combattants. Alger, de son côté, dénonce une « instrumentalisation » de la menace terroriste par Bamako pour justifier son isolement diplomatique. La crise s’inscrit dans un cadre plus large de rivalités régionales, où le Maroc et l’Algérie s’affrontent par médias interposés. Le site The Conversation analyse cette fracture géopolitique comme le résultat d’une « compétition pour l’influence au Sahel », où chaque acteur cherche à imposer son narratif.

Les conséquences de ces tensions pourraient être lourdes pour la stabilité régionale. L’Allemagne a récemment émis une alerte à ses ressortissants en Algérie après des attentats-suicides à Blida, rappelant que la menace terroriste reste une réalité. Par ailleurs, le Maroc a annoncé en 2022 la création d’une région militaire à sa frontière avec l’Algérie, une décision perçue comme une réponse aux exercices militaires conjoints menés par Alger et d’autres pays du Maghreb. Selon Middle East Eye, ces manœuvres reflètent une « escalade des préparatifs militaires » entre les deux voisins.

Pour l’Algérie, ces accusations interviennent à un moment délicat. Le pays renforce ses partenariats sécuritaires, comme en témoigne la visite récente de Laurent Nuñez, coordinateur national du renseignement français, qui a relancé la coopération entre Paris et Alger. Selon Le JDD, cette reprise des échanges vise à « stabiliser les flux migratoires et lutter contre le terrorisme », mais elle pourrait aussi être interprétée comme un signe de méfiance envers les nouvelles alliances du Mali.

Dans ce contexte, l’Algérie se retrouve au cœur d’un jeu d’alliances complexes. D’un côté, elle maintient des relations étroites avec la Russie et la Chine, comme le souligne le Centre d’Études Stratégiques de l’Afrique, qui prévoit un renforcement des liens sino-africains en 2025. De l’autre, elle doit composer avec les critiques de ses voisins et des puissances occidentales, qui lui reprochent son manque de transparence dans la gestion des crises sahéliennes.

Pour l’heure, aucune médiation n’est en vue. Les experts s’accordent à dire que la crise algéro-malienne pourrait s’aggraver si les deux pays ne parviennent pas à rétablir un dialogue. En attendant, l’Algérie continue de renforcer ses dispositifs de sécurité, notamment dans les wilayas frontalières, tout en maintenant une ligne diplomatique ferme. Comme l’a rappelé le général Chanegriha, « la défense de la souveraineté nationale reste la priorité absolue ».

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