Freelances algériens ouvrent des comptes non-résidents

Les freelances algériens, en particulier ceux travaillant pour des clients internationaux, cherchent de plus en plus à ouvrir des comptes bancaires non-résidents. Cette tendance s’explique par les difficultés rencontrées pour recevoir des paiements en devises étrangères via les banques locales, mais aussi par la volonté de sécuriser leurs revenus dans un contexte économique marqué par des restrictions de change.

Selon une enquête menée récemment par le cabinet de conseil Finance Algérie, près de 60 % des freelances algériens actifs sur des plateformes comme Upwork, Fiverr ou Malt déclarent avoir rencontré des obstacles pour encaisser leurs paiements en dollars ou en euros. Les banques algériennes, soumises à une réglementation stricte sur les mouvements de devises, imposent souvent des délais de traitement longs, des frais élevés ou des justificatifs complexes pour les transferts internationaux. Certains freelances rapportent même des blocages temporaires de fonds, sans explication claire.

Face à cette situation, plusieurs solutions émergent pour contourner ces contraintes. Les comptes non-résidents, proposés par des banques étrangères ou des fintechs, deviennent une alternative prisée. Parmi les options les plus citées figurent les comptes multidevises de Wise (anciennement TransferWise), Revolut ou Payoneer, qui permettent de recevoir et de convertir des devises sans passer par le système bancaire algérien. Ces plateformes offrent également des cartes de débit internationales, utiles pour régler des dépenses professionnelles ou personnelles à l’étranger.

Cependant, l’ouverture d’un compte non-résident n’est pas sans défis. Les freelances algériens doivent souvent fournir des preuves de revenus, un justificatif de domicile à l’étranger (même temporaire) et, dans certains cas, un numéro d’identification fiscale d’un autre pays. Les fintechs comme Wise ou Revolut acceptent généralement les passeports algériens, mais certaines banques traditionnelles, notamment en Europe, peuvent refuser les demandes en raison des risques liés aux sanctions internationales ou aux régulations anti-blanchiment.

Un autre obstacle concerne la fiscalité. Les revenus perçus via des comptes non-résidents restent soumis à l’impôt en Algérie, mais leur déclaration peut s’avérer complexe. Selon Me Samir Benamara, avocat spécialisé en droit fiscal, « les freelances doivent déclarer l’intégralité de leurs revenus, y compris ceux perçus à l’étranger, sous peine de sanctions. Cependant, la Direction générale des impôts (DGI) n’a pas encore clarifié les modalités de déclaration pour les comptes ouverts hors du pays. » Certains professionnels optent pour des montages hybrides, en déclarant une partie de leurs revenus en Algérie tout en conservant une épargne en devises à l’étranger.

La diaspora algérienne joue un rôle clé dans cette dynamique. De nombreux freelances basés en Algérie collaborent avec des membres de leur famille ou des associés à l’étranger pour ouvrir des comptes bancaires non-résidents. Par exemple, un développeur web algérien peut utiliser le compte d’un cousin installé en France ou au Canada pour recevoir ses paiements, avant de transférer les fonds vers l’Algérie via des canaux informels ou des plateformes comme Western Union. Cette pratique, bien que répandue, expose les freelances à des risques juridiques et financiers, notamment en cas de contrôle des changes.

Les autorités algériennes semblent conscientes de ces enjeux. En 2024, la Banque d’Algérie a annoncé un assouplissement des règles pour les transferts liés aux activités freelances, permettant aux banques locales de traiter plus rapidement les virements en devises pour les travailleurs indépendants. Cependant, ces mesures restent limitées et ne couvrent pas tous les cas de figure. « Les banques algériennes sont encore réticentes à faciliter les flux de devises pour les freelances, par crainte de non-conformité avec les régulations de la Banque d’Algérie », explique un responsable de la Banque Extérieure d’Algérie (BEA), sous couvert d’anonymat.

Pour les freelances algériens, le choix d’un compte non-résident dépend de plusieurs critères : la facilité d’ouverture, les frais de transaction, la possibilité de convertir des devises et la sécurité des fonds. Wise et Revolut sont souvent plébiscités pour leur simplicité et leurs tarifs compétitifs, tandis que Payoneer est privilégié par ceux qui travaillent avec des plateformes de freelancing comme Upwork, qui propose des intégrations directes avec ce service. Les banques traditionnelles, comme HSBC Expat ou BNP Paribas International, offrent une plus grande stabilité mais exigent des dépôts minimums élevés et des justificatifs plus stricts.

Les risques ne sont pas négligeables. Les comptes non-résidents peuvent être gelés en cas de suspicion de fraude ou de non-respect des régulations locales. De plus, les freelances algériens doivent veiller à ne pas enfreindre les lois sur le contrôle des changes, sous peine de sanctions pénales. « Un freelance qui reçoit des paiements sur un compte étranger sans les déclarer en Algérie s’expose à des amendes, voire à des poursuites pour évasion fiscale », avertit Me Benamara.

Malgré ces défis, le recours aux comptes non-résidents continue de croître. Une étude menée par StartupBRICS, un média spécialisé dans l’innovation en Afrique, révèle que 40 % des freelances algériens interrogés en 2025 utilisent désormais un compte bancaire à l’étranger, contre seulement 15 % en 2022. Cette tendance reflète une adaptation aux contraintes du marché local, mais aussi une volonté de s’intégrer davantage dans l’économie numérique mondiale.

À l’étranger, des initiatives émergent pour accompagner les freelances algériens. Des incubateurs comme Algeria Venture ou DZ Startup organisent des ateliers sur la gestion des paiements internationaux et la fiscalité des revenus freelances. Ces structures conseillent notamment aux entrepreneurs de diversifier leurs sources de revenus et de se former aux outils de gestion financière pour limiter les risques.

Pour les entrepreneurs et les créateurs d’entreprise en Algérie, cette évolution pose plusieurs questions. D’abord, celle de la pérennité des revenus en devises dans un contexte de restrictions monétaires. Ensuite, celle de la compétitivité face à des freelances d’autres pays, comme le Maroc ou la Tunisie, où les régulations bancaires sont plus souples. Enfin, celle de l’accès aux financements : les banques algériennes sont encore peu enclines à accorder des prêts aux freelances, perçus comme des profils à risque.

À retenir pour les entrepreneurs
Les freelances algériens privilégient les comptes non-résidents pour sécuriser leurs paiements internationaux, malgré les risques juridiques et fiscaux. Les solutions comme Wise ou Payoneer offrent des alternatives, mais nécessitent une déclaration rigoureuse des revenus en Algérie. Les restrictions bancaires locales poussent à une adaptation rapide, avec un impact sur la compétitivité des travailleurs indépendants.

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