Le Maroc, souvent présenté comme un modèle régional en matière de digitalisation financière, voit son secteur du paiement mobile marquer le pas. Selon Jeune Afrique, les acteurs de la fintech marocaine peinent à concrétiser les promesses d’inclusion financière portées par les solutions mobiles, malgré un cadre réglementaire favorable et une population largement équipée en téléphones. Cette situation interroge les observateurs algériens, alors que le pays s’apprête à lancer sa propre stratégie de paiement mobile avec le projet DZPay.
Un écosystème freiné par les réticences bancaires
Les banques marocaines, regroupées au sein de l’Association professionnelle des banques (GPBM), ont ainsi obtenu en 2019 un durcissement des règles encadrant les portefeuilles électroniques. Les fintechs doivent désormais obtenir une licence bancaire pour proposer des services comme le crédit ou l’épargne, une exigence jugée disproportionnée par les acteurs du secteur. « Les banques veulent garder le contrôle sur l’argent des Marocains », résume un expert cité par le média.
Des taux de pénétration en deçà des attentes
Plusieurs facteurs expliquent ce retard. D’abord, la méfiance des consommateurs, habitués aux espèces et peu familiarisés avec les outils digitaux. Ensuite, la fragmentation du marché : les opérateurs télécoms et les fintechs ne parviennent pas à s’entendre sur des standards communs, ce qui complique l’interopérabilité des services. Enfin, l’absence de grands acteurs comme M-Pesa, qui a révolutionné le secteur en Afrique de l’Est, limite l’impact des solutions existantes.
L’Algérie face aux mêmes défis
« Les banques algériennes ont tout intérêt à ce que le paiement mobile reste marginal », explique un consultant en fintech basé à Alger. « Elles perçoivent ces solutions comme une concurrence déloyale, alors qu’elles pourraient en être les premières bénéficiaires en élargissant leur base de clients. » Le taux de bancarisation en Algérie, estimé à 50 %, laisse une marge de manœuvre importante pour les solutions mobiles, notamment dans les wilayas du Sud et les zones rurales.
Régulation et interopérabilité, clés du succès
Enfin, l’Algérie pourrait s’inspirer du modèle sénégalais, où la plateforme Wave, lancée en 2021, a conquis 5 millions d’utilisateurs en deux ans grâce à des frais réduits et une simplicité d’utilisation. « Le succès passe par une offre accessible, sécurisée et surtout utile au quotidien », souligne un responsable de la Banque d’Algérie.
Un enjeu d’inclusion et de souveraineté
Le Maroc, malgré ses difficultés, a au moins l’avantage d’avoir lancé la réflexion il y a plus d’une décennie. L’Algérie, en retard, peut encore éviter les écueils de son voisin en misant sur une régulation équilibrée et une collaboration entre banques, opérateurs télécoms et fintechs. « Le paiement mobile n’est pas une menace pour les banques, mais une opportunité de modernisation », conclut un analyste. Reste à savoir si les acteurs algériens sauront en tirer les leçons.