—
**L’Algérie à l’épreuve de ses propres mythes**
Cette revue de presse ne se contentera pas de juxtaposer les faits. Elle cherchera les fils rouges qui relient ces actualités en apparence disparates, révélant une Algérie en pleine mutation, mais dont les dynamiques profondes restent prisonnières d’un système où le politique, l’économique et le symbolique s’entremêlent dans une danse aussi fascinante que périlleuse.
—
**La jeunesse, entre innovation et assignation à résidence**
Vetki, ce « Facebook algérien », est symptomatique. Créé par un développeur local, il répond à une demande réelle : celle d’un espace numérique souverain, à l’abri des ingérences étrangères. Mais derrière cette success story se profile une question plus large : pourquoi l’Algérie, qui compte des milliers de talents en informatique, reste-t-elle dépendante des géants américains ou chinois ? La réponse tient en partie à l’absence d’un écosystème entrepreneurial dynamique, étouffé par la bureaucratie et le manque de financements. Le projet Vetki est une exception, pas une règle.
Quant au programme « Emplois des jeunes pour la paix », il s’inscrit dans une logique de greenwashing social : on crée des emplois verts pour occuper une jeunesse en mal de perspectives, tout en évitant de s’attaquer aux racines du chômage structurel. Ces initiatives, souvent financées par des bailleurs internationaux, sont des rustines sur une économie qui peine à se diversifier. La jeunesse algérienne, hyperconnectée et consciente des enjeux globaux, est ainsi cantonnée à des rôles de figurants dans un scénario écrit par d’autres.
—
**Diplomatie algérienne : entre soft power et realpolitik**
Le dégel avec la France – marqué par le retour de l’ambassadeur français et la visite de la ministre des Armées à Sétif – est un exemple frappant. Officiellement, il s’agit de tourner la page des tensions passées. Mais dans les faits, ce rapprochement est dicté par des impératifs économiques (la France a besoin du gaz algérien) et sécuritaires (la lutte contre le terrorisme et les migrations clandestines). L’Algérie, qui se présente comme un acteur indépendant, se retrouve ainsi embarquée dans des alliances de circonstance, où son discours anti-impérialiste se heurte à la realpolitik.
La relation avec le Maroc, quant à elle, reste un abcès de fixation. Les tensions récentes avec les Émirats arabes unis – accusés de soutenir Rabat – montrent que l’Algérie ne conçoit pas sa diplomatie en dehors d’une logique de blocs. Cette approche, héritée de la guerre froide, est de plus en plus anachronique dans un monde multipolaire. Pourtant, le régime algérien y trouve un double avantage : justifier son autoritarisme intérieur par la menace extérieure, et se poser en leader du « Sud global » face à un Occident perçu comme hostile.
—
**Économie : la Bourse d’Alger, ou l’art de la modernisation cosmétique**
La Bourse d’Alger reste un marché marginal, dominé par quelques entreprises publiques et une poignée d’investisseurs institutionnels. L’ouverture du capital de la BDL est une opération symbolique : elle donne l’illusion d’une économie dynamique, alors que les véritables leviers de croissance – l’industrie, l’agriculture, l’innovation – restent sous le contrôle d’une oligarchie liée au pouvoir. Le taux d’intégration nationale, dont l’augmentation est présentée comme une priorité, bute sur la réalité d’une économie rentière, où les hydrocarbures représentent encore 90 % des exportations.
Les projets d’infrastructures à Tizi Ouzou – barrage de Souk N’Tleta, station de dessalement, nouveau CHU – suivent la même logique. Ils sont nécessaires, mais leur réalisation chaotique (le barrage est à l’arrêt malgré 88 % des travaux achevés) montre que l’Algérie peine à passer d’une économie de rente à une économie productive. Les retards s’expliquent par des problèmes de gouvernance, de corruption et de manque de coordination entre les différents acteurs. En somme, l’Algérie construit des infrastructures, mais pas les institutions capables de les faire fonctionner durablement.
—
**Sécurité et contrôle : l’Algérie dans le piège de la coopération avec l’Occident**
La Coupe du monde 2026, où l’Algérie pourra suivre les matchs gratuitement, est un autre exemple de cette dialectique entre ouverture et contrôle. D’un côté, le régime cherche à contenter une population jeune et passionnée de football. De l’autre, il utilise cet événement pour renforcer son image de puissance stable et généreuse. Mais derrière cette générosité se cache une réalité moins reluisante : celle d’un État qui surveille de près les mouvements de sa jeunesse, notamment sur les réseaux sociaux, et qui n’hésite pas à réprimer toute velléité de contestation.
La coopération migratoire avec la France et la Belgique est encore plus révélatrice. Les accords de réadmission des sans-papiers sont présentés comme une victoire diplomatique, mais ils cachent une réalité plus sombre : celle d’une Europe qui externalise sa politique migratoire, et d’une Algérie qui joue le rôle de gendarme pour le compte de l’UE. Le « moratoire » de Gérald Darmanin sur les visas pour les Algériens est une autre illustration de cette relation déséquilibrée, où l’Algérie est à la fois partenaire et cible des politiques européennes.
—
**Médias et Internet : la liberté sous surveillance**
Cette répression s’inscrit dans un contexte plus large : celui d’un État qui a toujours considéré l’information comme un monopole. Les médias publics, aux ordres du pouvoir, sont utilisés pour diffuser la propagande officielle, tandis que les médias privés – souvent liés à des oligarques proches du régime – servent de caution démocratique. Quant à Internet, il est à la fois un espace de liberté et un terrain de surveillance. Les blocages récents, comparés à ceux de l’Iran, montrent que l’Algérie n’hésite pas à couper le réseau pour étouffer les contestations.
L’interpellation de l’ONU sur le « bâillon imposé aux avocats » est un autre signe de cette dérive autoritaire. Le régime algérien, qui se présente comme un champion des droits de l’homme sur la scène internationale, réprime en interne toute velléité de critique. Cette schizophrénie est caractéristique d’un système qui cherche à concilier deux impératifs contradictoires : maintenir son image de puissance respectable, et contrôler sa population par tous les moyens.
—
**Tourisme et patrimoine : l’Algérie vend son histoire, mais oublie son présent**
L’inscription du « parcours de Saint-Augustin » à l’Unesco est un exemple de cette contradiction. D’un côté, le régime cherche à valoriser son patrimoine pour attirer les touristes. De l’autre, il néglige les conditions réelles du tourisme : routes en mauvais état, hébergements insuffisants, visa compliqué. Le tourisme algérien reste ainsi un secteur sous-exploité, où les potentialités sont immenses, mais où les réalisations concrètes se font attendre.
Cette situation reflète une tendance plus large : l’Algérie est riche de son histoire, mais elle peine à construire son avenir. Elle vend son passé – la guerre d’indépendance, les sites romains, le désert – mais elle oublie de préparer l’avenir de sa jeunesse, de moderniser son économie et de démocratiser son système politique.
—
**Synthèse prospective : l’Algérie à la croisée des chemins**
Trois scénarios se dessinent pour l’avenir :
1. Le scénario de la continuité : l’Algérie poursuit sa trajectoire actuelle, entre ouverture contrôlée et repli autoritaire. Elle continue à miser sur ses ressources naturelles et sa