Le président algérien Abdelmadjid Tebboune a récemment marqué trois années à la tête de l’État, un mandat marqué par des réformes économiques, des tensions diplomatiques et une volonté affichée de modernisation. Depuis son élection en décembre 2019, dans un contexte post-Hirak, Tebboune a tenté de concilier stabilité politique et transformations structurelles, avec des résultats contrastés.
Réformes constitutionnelles et institutionnelles
Dès son arrivée au pouvoir, Tebboune a engagé une révision constitutionnelle, adoptée par référendum en novembre 2020. La nouvelle Constitution a introduit des limites au nombre de mandats présidentiels, renforcé les pouvoirs du Parlement et créé une Haute Autorité de transparence. Selon Jeune Afrique, ces mesures visaient à répondre aux revendications du Hirak, bien que certains analystes estiment qu’elles n’ont pas suffi à apaiser les critiques sur le manque de pluralisme politique.
Le président a également lancé une refonte du système judiciaire, avec la création d’une Cour constitutionnelle indépendante et la suppression de la Cour suprême. Ces changements, salués par l’Union africaine, restent cependant en phase de mise en œuvre, avec des retards signalés par des observateurs locaux.
Stratégie économique et diversification
Sur le plan économique, Tebboune a mis l’accent sur la réduction de la dépendance aux hydrocarbures. Le gouvernement a accéléré les projets d’énergies renouvelables, avec un objectif de 15 000 MW d’ici 2035. En 2025, le ministre de l’Énergie, Mohamed Arkab, a annoncé des partenariats avec des entreprises européennes pour développer des parcs solaires dans le sud du pays. Cependant, les résultats concrets tardent à se matérialiser, selon des rapports de la Banque mondiale cités par El Watan.
La relance industrielle a également été une priorité, avec des incitations fiscales pour les investisseurs locaux et étrangers. Le secteur automobile a connu un regain d’activité, notamment avec l’usine Renault à Oran, mais les retards dans les infrastructures logistiques freinent encore l’exportation.
Diplomatie et sécurité énergétique
Tebboune a recentré la diplomatie algérienne sur l’Afrique et la Méditerranée. L’Algérie a renforcé ses liens avec le Niger et le Mali, proposant une médiation dans les crises sahéliennes. En 2026, le ministre nigérian des Ressources pétrolières, Ekperikpe Ekpo, a effectué une visite officielle à Alger pour discuter de coopérations gazières, comme l’a rapporté la Radio algérienne. Ces échanges s’inscrivent dans une stratégie plus large de positionnement de l’Algérie comme acteur clé de la sécurité énergétique en Europe et en Afrique.
La guerre en Ukraine a accéléré cette dynamique. L’Algérie, troisième fournisseur de gaz de l’Union européenne, a augmenté ses exportations vers l’Italie et l’Espagne. Le Monde a souligné en avril 2026 que le gouvernement algérien envisageait une sortie progressive des hydrocarbures, tout en accélérant l’électrification des zones rurales. Un projet ambitieux, mais dont le financement reste incertain.
Défis sociaux et critiques
Malgré ces avancées, le bilan de Tebboune est terni par des défis persistants. Le chômage des jeunes reste élevé, à près de 30 % selon les chiffres officiels, et l’inflation a atteint 9 % en 2025. En avril 2026, des députés socialistes à l’Assemblée nationale ont demandé une commission d’enquête sur l’augmentation de la pauvreté depuis 2017, une initiative relayée par France 24. Les inégalités régionales, notamment entre le nord et le sud, continuent de nourrir des tensions sociales.
La gestion de la pandémie de Covid-19 a également laissé des traces. Si la campagne de vaccination a été l’une des plus efficaces du continent, les retards dans la distribution des aides aux entreprises ont aggravé la précarité. Le gouvernement a tenté de compenser avec des subventions ciblées, mais leur impact reste limité, selon des économistes interrogés par TSA.
Réformes fiscales et transparence
En septembre 2025, le gouvernement a présenté le projet de loi de finances (PLF) 2026, introduisant une taxe carbone et un élargissement de la retenue à la source. Ces mesures, détaillées par Le360, visent à élargir l’assiette fiscale et à lutter contre l’évasion. Cependant, leur mise en œuvre suscite des inquiétudes chez les petites entreprises, déjà fragilisées par la crise.
La lutte contre la corruption a été un autre axe du mandat de Tebboune. Plusieurs hauts responsables ont été condamnés, dont des cadres de Sonatrach, mais les observateurs estiment que ces actions restent sélectives. L’OCDE a récemment pointé des lacunes dans les mécanismes de transparence, bien que le Maroc ait été cité en exemple dans son rapport 2026.
Un mandat sous pression
Trois ans après son élection, Abdelmadjid Tebboune doit composer avec des attentes élevées. Les réformes engagées peinent à produire des effets immédiats, et la population reste sceptique face aux promesses de changement. Les prochaines élections législatives, prévues en 2027, seront un test crucial pour évaluer la pérennité de son projet politique.
Pour l’instant, le président mise sur une stabilité retrouvée et une diplomatie proactive pour consolider la place de l’Algérie sur la scène internationale. Mais le défi reste entier : transformer ces avancées en améliorations concrètes pour les Algériens.