Annaba lutte contre les fuites d’eau potable

Les rues d’Annaba résonnent depuis plusieurs semaines du bruit des pelleteuses et des équipes de maintenance déployées par l’Algérienne des Eaux (ADE). La ville, confrontée à des pertes importantes dans son réseau de distribution, a lancé une opération de grande envergure pour colmater les fuites d’eau potable. Selon El Watan, qui a relayé l’information récemment, près de 30 % de l’eau produite dans la wilaya s’échappe avant d’atteindre les robinets des habitants.

Les chiffres avancés par les responsables locaux sont alarmants. Sur les 120 000 mètres cubes d’eau distribués quotidiennement, environ 36 000 mètres cubes se perdent dans le sol en raison de canalisations vétustes ou endommagées. Ces pertes, qui s’accumulent depuis des années, ont poussé les autorités à agir en urgence. Le directeur de l’ADE à Annaba, Mohamed Benkhedda, a confirmé que des équipes spécialisées travaillent jour et nuit pour identifier et réparer les fuites, priorisant les zones les plus touchées comme les quartiers de Sidi Amar, El Bouni et le centre-ville.

Un réseau vieillissant et des défis logistiques

Les conditions climatiques aggravent la situation. Les fortes pluies, fréquentes dans la région, provoquent des affaissements de sol qui endommagent les canalisations enterrées. En 2023, une étude menée par le ministère des Ressources en Eau avait déjà pointé du doigt le taux élevé de pertes dans plusieurs wilayas côtières, dont Annaba. Le rapport soulignait que sans une rénovation urgente, les fuites pourraient atteindre 40 % d’ici 2027.

Des solutions provisoires et des projets à long terme

Cependant, ces solutions ne suffiront pas à résoudre le problème de fond. Le wali d’Annaba, Abdelkader Zoukh, a annoncé en septembre dernier le lancement d’un plan de rénovation du réseau sur cinq ans, avec un budget estimé à 12 milliards de dinars. Ce projet, financé par l’État et des partenaires internationaux, prévoit le remplacement de 150 kilomètres de canalisations et l’installation de capteurs intelligents pour détecter les fuites en temps réel. Les travaux, qui doivent débuter en 2025, cibleront d’abord les axes les plus critiques, comme la route de Constantine et l’avenue de l’Indépendance.

La mobilisation des citoyens et des acteurs locaux

Les entreprises locales ne sont pas en reste. Plusieurs usines de la zone industrielle d’Annaba ont accepté de réduire leur consommation d’eau pendant les heures de pointe, en échange d’une tarification préférentielle. Cette collaboration entre le secteur public et privé pourrait servir de modèle pour d’autres wilayas confrontées aux mêmes défis.

Un enjeu national

Le ministère des Ressources en Eau a reconnu que la gestion de l’eau était l’un des défis majeurs des prochaines années. Dans une déclaration récente, le ministre, Arezki Berraki, a insisté sur la nécessité d’investir dans les infrastructures et les technologies de pointe pour réduire les pertes. « L’Algérie dispose de ressources suffisantes, mais il faut moderniser notre réseau pour les exploiter efficacement », a-t-il déclaré.

Vers une gestion plus durable

Les experts soulignent toutefois que ces mesures ne suffiront pas sans une prise de conscience collective. « La rénovation des infrastructures est indispensable, mais elle doit s’accompagner d’un changement de comportement », estime Fatima Zohra, ingénieure en hydraulique à l’université Badji Mokhtar d’Annaba. « L’eau est une ressource précieuse, et sa gestion doit devenir une priorité pour tous. »

À Annaba, les premiers résultats des travaux en cours se font déjà sentir. Dans certains quartiers, la pression de l’eau a augmenté, et les coupures sont moins fréquentes. Mais les habitants savent que le combat contre les fuites est loin d’être terminé. « On voit que les choses bougent, mais il faut que ça dure », confie un commerçant du centre-ville. « L’eau, c’est la vie, et on ne peut pas se permettre de la gaspiller. »

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