La récente annonce d’un projet de loi sur le logement en Algérie suscite une vive polémique parmi les associations de locataires de logements sociaux. Selon BFM, ces dernières dénoncent une mesure qu’elles qualifient de « chasse aux pauvres », craignant une exclusion des ménages les plus modestes du parc HLM. Le texte, encore en discussion, prévoirait des critères plus stricts pour l’accès et le maintien dans ces habitations, alimentant les craintes d’une précarisation accrue.
Des critères d’éligibilité jugés discriminatoires
Pour les défenseurs des droits au logement, cette mesure risque d’exclure une partie importante des familles actuellement logées en HLM. « Beaucoup de nos adhérents ont des revenus légèrement supérieurs au SNMG, mais restent dans l’incapacité de se loger dans le privé en raison des loyers exorbitants », explique un responsable de l’UNLLS. Les associations soulignent que les prix des loyers dans le secteur privé, notamment dans les grandes villes comme Alger, Oran ou Constantine, peuvent atteindre 50 000 à 100 000 dinars pour un appartement modeste, rendant toute alternative inaccessible.
Un parc HLM déjà sous tension
Les associations dénoncent également un phénomène de sous-occupation des HLM, où des logements initialement attribués à des familles modestes sont parfois occupés par des ménages aux revenus plus élevés. « Il y a effectivement des abus, mais la solution ne peut pas être une éviction massive des locataires », estime un membre de l’Association algérienne pour la défense du droit au logement (AADL). Selon lui, une régularisation progressive, couplée à un renforcement des contrôles, serait plus équitable qu’une mesure brutale.
Les pouvoirs publics défendent une réforme nécessaire
Les promoteurs du texte mettent aussi en avant la création de mécanismes d’accompagnement pour les locataires concernés, comme des aides à la relocation ou des subventions pour l’accès à la propriété. Cependant, ces mesures restent floues et leur mise en œuvre effective est mise en doute par les associations. « On nous promet des solutions, mais sans garanties concrètes. Les précédents programmes de logement ont souvent été mal appliqués », rappelle un représentant de l’UNLLS.
Un débat qui dépasse le logement
Les associations appellent à un moratoire sur le projet de loi et à l’ouverture d’un dialogue avec les parties prenantes. « Nous ne sommes pas contre une réforme, mais elle doit être juste et progressive. Il faut éviter de jeter des familles à la rue sans solution », insiste un militant de l’AADL. Une pétition en ligne, lancée pour demander le retrait du texte, a déjà recueilli plusieurs milliers de signatures.
Quelles alternatives pour les locataires concernés ?
Les associations plaident pour un élargissement de l’offre de logements abordables et une régulation des loyers dans le secteur privé. « L’État doit investir davantage dans la construction de logements sociaux et encadrer les prix pour éviter la spéculation », suggère un expert en urbanisme. Sans ces mesures, la réforme risque de creuser les inégalités et de laisser des milliers de familles sans solution de logement.
La future loi Logement, si elle est adoptée en l’état, pourrait marquer un tournant dans la politique du logement en Algérie. Son impact social et économique sera scruté de près, alors que le pays tente de concilier rigueur budgétaire et justice sociale.