Le ministère du Commerce algérien a annoncé cette semaine le déploiement d’équipes spécialisées pour surveiller le respect de la réglementation dans le secteur du commerce électronique. Cette décision, relayée par Horizons, intervient dans un contexte de croissance rapide du marché numérique, où les transactions en ligne ont dépassé 1,5 milliard de dollars en 2024, selon African Manager. Les autorités cherchent à encadrer un secteur encore marqué par des pratiques informelles et des risques de fraude.
Un marché en expansion, mais peu régulé
L’Algérie compte aujourd’hui des dizaines de plateformes de vente en ligne, allant des géants comme Jumia ou Ouedkniss aux petits commerçants utilisant les réseaux sociaux pour écouler leurs produits. Pourtant, malgré cette dynamique, le cadre légal reste flou. Aucune loi spécifique ne régit le e-commerce, laissant place à des dérives : produits contrefaits, arnaques aux paiements, ou encore non-respect des délais de livraison. « Le développement du commerce en ligne doit être organisé et responsable », avait déclaré en octobre 2025 la ministre déléguée chargée de l’Économie numérique, Leila Abdellatif, lors d’une conférence rapportée par l’APS.
Les équipes de contrôle, composées d’inspecteurs du ministère du Commerce et de représentants des douanes, auront pour mission de vérifier la conformité des sites et des vendeurs. Parmi les critères examinés : l’enregistrement légal des entreprises, la transparence des prix, la qualité des produits, et le respect des droits des consommateurs. Les contrevenants s’exposent à des amendes, voire à la fermeture de leurs plateformes.
Les défis de la digitalisation
Le renforcement des contrôles s’inscrit dans une stratégie plus large visant à structurer l’économie numérique algérienne. En octobre 2025, Horizons révélait que plus de 70 000 utilisateurs avaient adopté le système de paiement mobile DZ Mob Pay, lancé par les opérateurs télécoms algériens. Ce succès montre une appétence croissante pour les solutions financières digitales, mais aussi les limites d’un écosystème encore fragmenté.
Les obstacles sont nombreux. D’abord, la méfiance des consommateurs : beaucoup préfèrent le paiement à la livraison, par crainte des fraudes en ligne. Ensuite, les infrastructures logistiques restent insuffisantes, notamment en dehors des grandes villes comme Alger, Oran ou Constantine. Enfin, les startups algériennes peinent à rivaliser avec les géants internationaux, comme Temu, dont l’enquête au Nigeria – rapportée par Africaradio en février 2026 – illustre les tensions autour des plateformes étrangères.
Vers une loi dédiée ?
Pour l’instant, le gouvernement algérien s’appuie sur des textes existants, comme la loi sur la protection des consommateurs ou le code du commerce, pour encadrer le e-commerce. Mais des voix s’élèvent pour réclamer une législation spécifique, à l’image de ce qui se fait au Maroc ou en Tunisie. « L’absence d’un cadre juridique clair freine l’innovation et expose les acteurs locaux à une concurrence déloyale », explique un expert en économie numérique, contacté sous couvert d’anonymat.
La convention signée en février 2026 entre le ministère de la Formation professionnelle et l’opérateur Djezzy, rapportée par la Radio algérienne, pourrait toutefois ouvrir la voie à des partenariats public-privé pour former les jeunes aux métiers du digital. Une étape nécessaire pour accompagner la transition vers une économie plus connectée.
Un secteur stratégique pour l’Algérie
Avec un marché de 1,5 milliard de dollars et une population jeune et connectée, le e-commerce représente une opportunité pour diversifier l’économie algérienne, encore largement dépendante des hydrocarbures. Mais son développement passera par une régulation stricte, des investissements dans les infrastructures, et une meilleure éducation des consommateurs. Les équipes de contrôle annoncées cette semaine ne sont qu’un premier pas. Le vrai défi sera de concilier croissance et protection des acteurs locaux.