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**L’Algérie, miroir brisé d’une modernité inachevée**
Ce qui frappe, c’est la coexistence de dynamiques antagonistes. L’Algérie avance, mais en crabe. Elle innove, mais sans toujours en maîtriser les conséquences. Elle se rêve en puissance régionale, mais reste prisonnière de ses vieux démons. Pour comprendre ces tensions, il faut les lire en surimpression, comme les couches d’un palimpseste où se superposent les ambitions et les échecs.
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**Le football, opium du peuple ou laboratoire géopolitique ?**
Pourtant, derrière cette apparente fluidité se cachent des enjeux de pouvoir. La CAN 2024, avec la liste officielle de l’Algérie, est un exercice de communication politique autant que sportive. Le sélectionneur Djamel Belmadi, sous pression après des résultats en demi-teinte, doit composer avec les attentes d’une population pour qui le football est bien plus qu’un loisir : une soupape de décompression sociale, un exutoire face aux difficultés économiques. Baghdad Bounedjah, attaquant star, incarne cette charge symbolique. Son statut d’ »indispensable » n’est pas seulement sportif : il est politique. Dans un pays où le chômage des jeunes dépasse 30 %, le football reste l’un des rares ascenseurs sociaux crédibles.
Mais cette passion a un coût. Les investissements colossaux dans les infrastructures sportives (stades, centres de formation) contrastent avec l’état des hôpitaux ou des universités. Le football algérien est un miroir grossissant des priorités d’un État qui mise sur le spectacle pour détourner l’attention des problèmes structurels. La question n’est pas de savoir si l’Algérie gagnera la CAN, mais ce que cette victoire – ou cette défaite – dira de sa capacité à canaliser les frustrations d’une jeunesse en mal d’horizons.
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**L’énergie solaire : la révolution verte ou le nouveau mirage ?**
Pourquoi, alors, ce retard ? Plusieurs facteurs entrent en jeu :
1. La malédiction des hydrocarbures : Avec 90 % de ses recettes d’exportation dépendantes du pétrole et du gaz, l’Algérie a longtemps négligé les énergies renouvelables. Le solaire est perçu comme une menace pour le modèle économique dominant, pas comme une opportunité.
2. L’absence de cadre juridique clair : Les investisseurs étrangers hésitent à s’engager dans un secteur où les règles du jeu sont floues. La récente ouverture du capital de la Banque de Développement Local (BDL) est un signal positif, mais insuffisant pour attirer les capitaux nécessaires.
3. La bureaucratie : Les projets de silos céréaliers ou d’usines photovoltaïques se heurtent à des lenteurs administratives qui découragent les entrepreneurs. Le lancement d’un silo à Oran, annoncé comme imminent, rappelle que les promesses mettent souvent des années à se concrétiser.
Pourtant, des signes encourageants émergent. La participation de 14 entreprises algériennes au salon TuttoFood en Italie montre une volonté de diversification, même si elle reste timide. L’enjeu n’est pas seulement économique : c’est une question de souveraineté. En réduisant sa dépendance aux importations alimentaires (les céréales, notamment), l’Algérie pourrait libérer des ressources pour investir dans les technologies vertes. Mais pour l’instant, le pays reste prisonnier d’un cercle vicieux : sans diversification, pas de transition énergétique ; sans transition énergétique, pas de diversification.
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**Santé et éducation : les deux mamelles d’une crise systémique**
1. La santé, variable d’ajustement budgétaire : Les hôpitaux publics, sous-financés, peinent à suivre la demande. Les médecins algériens, formés dans des facultés surchargées (comme en témoigne la méconnaissance du métier de pharmacien), fuient vers l’étranger ou le secteur privé. Résultat : une médecine à deux vitesses, où ceux qui en ont les moyens se tournent vers des cliniques privées ou l’étranger, tandis que les autres subissent les défaillances du système.
2. L’éducation, usine à chômage : Plus d’un million de candidats se sont inscrits au concours de recrutement des enseignants, pour quelques milliers de postes. Ce déséquilibre illustre l’échec d’un système éducatif qui produit des diplômés sans débouchés. L’échec scolaire, qualifié de « phénomène inquiétant », est en réalité le symptôme d’une économie qui ne crée pas assez d’emplois qualifiés. Les jeunes Algériens sont pris au piège : soit ils acceptent des emplois précaires, soit ils tentent leur chance à l’étranger, soit ils se tournent vers l’économie informelle.
La santé et l’éducation sont les deux piliers d’une société qui aspire à la modernité, mais qui reste prisonnière de ses archaïsmes. Le marché pharmaceutique halal, présenté comme une opportunité, est en réalité un leurre : il répond à une demande religieuse et culturelle, mais ne résout pas les problèmes structurels du système de santé. De même, les concours de recrutement massifs sont une soupape de sécurité sociale, mais ils ne créent pas de richesse. Ils ne font que reporter le problème.
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**Cinéma et soft power : l’Algérie peut-elle exporter ses rêves ?**
1. Un cinéma sous perfusion étatique : Les subventions publiques sont indispensables à la production, mais elles imposent des contraintes narratives. Les films algériens qui percent à l’international (comme ceux de Kaouther Ben Hania, tunisienne mais représentante de l’Afrique aux Oscars) sont souvent ceux qui échappent aux carcans idéologiques.
2. La diaspora comme relais : Le succès de « Alger » en France montre que le public algérien de l’étranger est un levier essentiel. Mais cette dépendance à la diaspora pose question : le cinéma algérien doit-il se contenter d’un marché de niche, ou peut-il conquérir un public plus large ?
3. La concurrence maghrébine : La Tunisie et le Maroc, avec des industries cinématographiques plus structurées, attirent les talents algériens. Patrice Beaumelle, passé de l’Algérie à la Tunisie, est un symbole de cette fuite des compétences.
Le cinéma algérien a un rôle clé à jouer dans la construction d’un récit national. Mais pour cela, il doit sortir de l’entre-soi. Les Oscars 2026, où l’Afrique sera représentée par une Tunisienne et une Britanno-Nigériane, sont un rappel cruel : l’Algérie, malgré son histoire et son potentiel, peine à exister sur la scène culturelle internationale.
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**Commerce et souveraineté alimentaire : l’Algérie peut-elle nourrir ses ambitions ?**
1. Les silos, symbole d’une souveraineté en construction : Les projets de stockage à Oran et ailleurs visent à réduire les pertes post-récolte (estimées à 20 % pour les céréales). Mais ces infrastructures ne suffiront pas si la production locale ne suit pas. Le colza, présenté comme une alternative, peine à s’imposer face au blé, culture traditionnelle mais peu rentable.
2. Le piège des prix agricoles : L’augmentation des prix des pommes dans l’UE (+4,3 % en un an) rappelle que l’Algérie n’est pas à l’abri des fluctuations du marché mondial. Le modèle de « produire local », vanté en Guadeloupe, se heurte en Algérie à des réalités complexes : manque de terres arables, pénurie d’eau, concurrence des importations subventionnées.
3. La balance commerciale dans le vert : un leurre ? : Les excédents commerciaux récents sont largement dus à la hausse des prix des hydrocarbures. Dès que le baril baisse, le déficit réapparaît. La diversification économique, affichée comme une priorité (avec des initiatives comme IFSA Africa 2026), reste un vœu pieux tant que le pays ne réduit pas sa dépendance au pétrole.
L’Algérie a les moyens de devenir autos