Le président Abdelmadjid Tebboune a annoncé récemment une refonte du système de formation professionnelle en Algérie, marquant une nouvelle étape dans la politique gouvernementale visant à adapter les compétences locales aux besoins du marché du travail. Cette initiative, présentée lors d’un conseil des ministres, s’inscrit dans le cadre des réformes économiques et sociales engagées depuis 2020.
Selon l’Agence Presse Service (APS), Tebboune a souligné la nécessité de « moderniser les filières de formation pour répondre aux exigences des secteurs stratégiques », notamment l’industrie, les technologies de l’information et les énergies renouvelables. Le chef de l’État a insisté sur l’importance de rapprocher les centres de formation des entreprises, afin de faciliter l’insertion professionnelle des jeunes diplômés.
Une plateforme nationale pour les métiers en tension
Le ministère de la Formation et de l’Enseignement Professionnels (MFEP) a lancé cette semaine une plateforme numérique destinée à recenser les besoins en main-d’œuvre qualifiée dans les secteurs prioritaires. D’après El Watan, cette plateforme permettra aux entreprises de signaler leurs besoins en compétences, tandis que les centres de formation adapteront leurs programmes en conséquence. Les secteurs de la santé, de la construction et des technologies numériques figurent parmi les premiers concernés.
Le MFEP a également annoncé la création de partenariats avec des entreprises publiques et privées pour développer des formations en alternance. « L’objectif est de réduire le décalage entre les diplômes délivrés et les attentes des employeurs », a déclaré le ministre de la Formation professionnelle, Kaouther Krikou, dans une déclaration à la Radio Algérienne.
Des centres de formation rénovés et équipés
Plusieurs centres de formation professionnelle à travers le pays ont bénéficié de rénovations et d’équipements modernes. À Alger, le Centre de Formation Professionnelle (CFP) de Bab Ezzouar a été doté de laboratoires spécialisés dans les énergies renouvelables, en collaboration avec la société Sonelgaz. À Oran, le CFP de Sidi Chami a inauguré un atelier dédié à la maintenance industrielle, en partenariat avec l’entreprise nationale Sonatrach.
Ces investissements s’accompagnent d’une augmentation des capacités d’accueil. Selon Liberté, le nombre de places dans les centres de formation professionnelle devrait passer de 300 000 à 500 000 d’ici 2027, avec une attention particulière portée aux wilayas du Sud, où les besoins en main-d’œuvre qualifiée sont croissants.
Un défi pour les formateurs et les apprenants
Malgré ces avancées, des défis persistent. Les syndicats des formateurs professionnels ont exprimé des préoccupations quant à la qualité des formations dispensées. « Il ne suffit pas d’équiper les centres, il faut aussi former les formateurs aux nouvelles technologies et aux méthodes pédagogiques modernes », a déclaré un responsable du Syndicat National des Formateurs Professionnels (SNFP) à TSA.
Par ailleurs, les jeunes Algériens restent souvent réticents à s’orienter vers les filières professionnelles, préférant les études universitaires, perçues comme plus prestigieuses. Pour inverser cette tendance, le MFEP a lancé des campagnes de sensibilisation dans les lycées et les médias, mettant en avant les débouchés concrets offerts par les métiers techniques.
Des partenariats internationaux pour renforcer les compétences
L’Algérie a également signé des accords avec plusieurs pays pour renforcer son système de formation professionnelle. Un partenariat avec l’Allemagne, via la Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit (GIZ), vise à développer des programmes de formation dans les métiers de l’industrie et de l’artisanat. De même, la France a proposé une coopération dans le domaine des énergies renouvelables, avec des échanges de formateurs et d’apprenants.
Ces collaborations internationales s’ajoutent aux efforts locaux pour améliorer l’employabilité des jeunes. Selon le ministre Krikou, « ces partenariats permettront d’introduire des standards internationaux dans nos formations et d’ouvrir des opportunités à l’étranger pour nos diplômés ».
Un impact attendu sur l’économie nationale
Les réformes en cours devraient avoir un impact significatif sur l’économie algérienne. En réduisant le chômage des jeunes et en répondant aux besoins des entreprises, le gouvernement espère stimuler la croissance et diversifier l’économie, encore largement dépendante des hydrocarbures.
Les secteurs de la construction, des technologies de l’information et des énergies vertes sont particulièrement ciblés. Selon une étude récente du Centre National d’Études et d’Analyses pour la Population et le Développement (CENEAP), ces filières pourraient créer plus de 200 000 emplois d’ici 2030 si les formations sont adaptées aux besoins du marché.
Les prochaines étapes
Le gouvernement prévoit d’organiser des assises nationales sur la formation professionnelle d’ici la fin de l’année, rassemblant les acteurs publics, privés et les partenaires internationaux. Ces assises devraient permettre d’évaluer les progrès réalisés et d’ajuster les stratégies en fonction des retours du terrain.
Pour les jeunes Algériens, cette refonte du système de formation professionnelle représente une opportunité de se former aux métiers d’avenir et de contribuer activement au développement du pays. Reste à voir si ces mesures parviendront à convaincre une jeunesse souvent sceptique quant aux promesses des réformes.