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**L’Algérie face à son miroir brisé : entre modernisation et inertie structurelle**
L’Algérie contemporaine se débat dans un paradoxe qui n’a rien d’original, mais dont l’acuité s’aiguise : celui d’une société en quête de souveraineté technologique, médicale et géopolitique, tout en restant prisonnière de ses propres contradictions internes. Les actualités des dix derniers jours dessinent une cartographie fractale, où chaque domaine – des télécommunications à la santé, en passant par la justice et la sécurité – révèle à la fois des avancées spectaculaires et des blocages systémiques. Ces fils rouges, loin d’être parallèles, s’entrelacent pour former une toile où se jouent les luttes d’influence, les résistances au changement et les espoirs d’une jeunesse en mal de repères.
Ce qui frappe d’emblée, c’est l’absence de récit unifié. L’Algérie n’est plus un État-nation au sens classique, mais un archipel de logiques concurrentes : celle de l’État stratège, qui investit dans les infrastructures (métro, recherche médicale) ; celle des clans, qui protègent leurs rentes (justice, économie) ; et celle d’une société civile fragmentée, tiraillée entre conservatisme religieux et aspirations modernisatrices. Ces tensions ne sont pas nouvelles, mais elles s’exacerbent dans un contexte régional explosif (Sahel, Sahara) et une conjoncture économique tendue (inflation, dépendance aux hydrocarbures).
Pour comprendre cette dynamique, il faut accepter une vérité désagréable : l’Algérie est un pays où les réformes avancent par à-coups, souvent sous la pression des crises, et où les reculs sont tout aussi brutaux. Comme si le système politique, incapable de se réinventer en profondeur, préférait jouer la montre en alternant gestes d’ouverture et verrouillages autoritaires.
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**1. Le numérique : une souveraineté en trompe-l’œil ?**
La question des télécommunications illustre à merveille cette schizophrénie algérienne. D’un côté, l’État tente de reprendre le contrôle d’un secteur dominé par les géants du Net (Google, Meta, etc.) via une taxe sur les GAFAM, présentée comme un moyen de financer les infrastructures numériques. De l’autre, la réduction drastique des droits de douane sur les smartphones (de 17,5 % à 2,5 %) semble contradictoire : comment concilier protectionnisme numérique et libéralisation du marché des terminaux ?
La réponse réside dans une logique de souveraineté sélective. L’Algérie veut maîtriser les données (d’où la taxe sur les GAFAM) tout en facilitant l’accès aux outils (smartphones) pour moderniser son économie. Mais cette approche bute sur deux écueils :
– L’absence de champions locaux : Contrairement à la Turquie ou à l’Inde, l’Algérie n’a pas d’équivalent à Turkcell ou Jio. Les opérateurs nationaux (Djezzy, Mobilis, Ooredoo) restent dépendants de technologies étrangères.
– Le risque de capture par les élites : La baisse des droits de douane pourrait profiter aux importateurs liés au pouvoir, tandis que la taxe sur les GAFAM pourrait être détournée vers des projets pharaoniques sans réel impact social.
Par ailleurs, le débat sur la taxation des mobile money au Sénégal (cité en exemple) rappelle que l’Algérie, où ce secteur est en plein essor, pourrait bientôt être confrontée au même dilemme : taxer les transactions numériques pour renflouer les caisses de l’État, au risque d’étouffer une innovation qui profite surtout aux classes populaires.
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**2. Santé et pharmacie : entre avancées scientifiques et dépendance chronique**
Le secteur médical algérien offre un contraste saisissant. D’un côté, des progrès indéniables :
– La production locale d’un traitement oncologique ciblé, qui réduit la dépendance aux importations.
– L’élection d’un nouveau président à la tête des Oulémas, qui pourrait faciliter l’acceptation de certaines innovations médicales (comme les vaccins à ARN messager, approuvés en Europe).
De l’autre, des failles béantes :
– L’observance thérapeutique catastrophique : un patient chronique sur deux abandonne son traitement, faute de moyens ou de sensibilisation. Ce chiffre reflète une crise plus large du système de santé, où les hôpitaux publics sont sous-financés et les médicaments souvent inaccessibles.
– Le marché du halal pharmaceutique : L’Algérie, pays à majorité musulmane, est un acteur clé de ce marché mondial estimé à 135 milliards d’euros d’ici 2027. Mais cette opportunité économique se heurte à des questions éthiques : comment concilier normes religieuses et exigences scientifiques ? Le risque est de voir émerger une médecine à deux vitesses, où les produits « halal » seraient réservés à une élite, tandis que le reste de la population dépendrait de génériques de qualité douteuse.
Enfin, la recherche médicale algérienne reste marginalisée. L’exemple israélien (boycott des universités) montre que la science est devenue un enjeu géopolitique. Or, l’Algérie, malgré ses ressources, peine à s’imposer comme un pôle d’excellence. Pourquoi ? Parce que la recherche suppose une liberté intellectuelle qui entre en conflit avec le contrôle étatique.
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**3. Sécurité et géopolitique : l’Algérie dans l’œil du cyclone sahélien**
La sécurité est le domaine où les contradictions algériennes sont les plus explosives. Trois actualités résument cette tension :
1. La menace d’AQMI : Abou Oubeida Youcef El Annabi, figure du groupe, a menacé l’Algérie et le Sahel sur France 24. Un coup médiatique qui rappelle que le terrorisme sahélien n’a pas disparu, malgré les opérations militaires.
2. La poudrière frontalière : Les tensions avec le Mali (accusé de soutenir des groupes hostiles à Alger) montrent que l’Algérie est prise en étau entre son rôle de puissance stabilisatrice et les dynamiques chaotiques du Sahel.
3. Les fake news : Un faux article attribué à Jeune Afrique accusant la Côte d’Ivoire d’armer des terroristes au Burkina Faso illustre la guerre informationnelle qui fait rage dans la région.
L’Algérie joue un double jeu :
– À l’intérieur : Elle se présente comme le rempart contre le terrorisme, justifiant ainsi un contrôle accru de la société (surveillance numérique, restrictions des libertés).
– À l’extérieur : Elle tente de peser sur les équilibres régionaux, notamment via son soutien au Polisario (comme le souligne le think tank russe cité dans les actualités). Mais cette stratégie est de plus en plus contestée, y compris par des alliés traditionnels comme la Russie, qui semble désormais pencher en faveur du Maroc.
Le vrai danger ? Que l’Algérie, obnubilée par sa rivalité avec le Maroc, néglige les menaces internes (terrorisme, trafics) et externes (instabilité en Libye, au Niger). Le Sahel est en train de devenir un piège géopolitique pour Alger : plus elle s’y implique, plus elle s’y enlise.
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**4. Justice et économie : la corruption comme système**
La justice algérienne est en ébullition, avec trois affaires emblématiques :
1. Le patrimoine français d’un ex-juge dans le viseur du Parquet national financier : un symbole de la lutte contre la corruption… mais aussi de son hypocrisie, puisque les élites algériennes placent souvent leurs avoirs à l’étranger.
2. Le procès de l’ex-ministre Ali Aoun : accusé de corruption, il incarne la porosité entre pouvoir politique et intérêts économiques.
3. La condamnation de deux anciens Premiers ministres : une première, qui pourrait marquer un tournant… ou un simple règlement de comptes entre clans.
Ces affaires révèlent une vérité crue : la corruption n’est pas un dysfonctionnement du système, mais son carburant. Elle permet de :
– Lubrifier les réseaux clientélistes qui maintiennent le pouvoir en place.
– Contrôler les flux économiques (importations, marchés publics) au profit d’une oligarchie.
– Détourner l’attention des vrais problèmes (chômage des jeunes, dépendance aux hydrocarbures).
L’économie algérienne en est la victime collatérale. L’inflation persiste (malgré les dénégations de Belkacem Boukhrouf), les impôts étouffent les classes moyennes, et la stagnation guette. Pourtant, l’État refuse les réformes structurelles (privatisations, diversification) par peur de perdre le contrôle des leviers économiques.
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**5. Transports et tourisme : modernité vs. clientélisme**
Le secteur des transports est un cas d’école de la schizophrénie algérienne. D’un côté, des investissements massifs :
– 2,6 milliards d’euros pour le ferroviaire, avec des projets ambitieux (tramway de Ouargla, extension du métro d’Alger).
– Un métro dévié pour éviter le terrain d’un général : anecdote révélatrice des priorités du pouvoir. Quand les infrastructures servent les intérêts des clans plutôt que l’intérêt général.
De l’autre, un tourisme qui peine à décoller, malgré des atouts indéniables (patrimoine historique, diversité des paysages). Pourquoi ?
– Le manque d’investissements privés : Les hôteliers et voyagistes étrangers sont découragés par la bureaucratie et l’instabilité juridique.
– La concurrence régionale : La Tunisie et le Maroc attirent davantage de touristes grâce à des politiques plus libérales.
– L’image dégradée : Entre les crises politiques et les restrictions sécuritaires, l’Algérie reste perçue comme un pays difficile d’accès.
Pourtant, des signes d’espoir existent :
– Le Festival du cinéma russe à Alger : un partenariat culturel qui montre que l’Algérie cherche à diversifier ses alliances.
– Le Festival du film arabe d’Oran : une vitrine pour le cinéma algérien, qui commence à se faire une place sur la scène internationale.
Mais ces initiatives restent marginales. Sans une vraie volonté politique de libéraliser le secteur, le tourisme algérien restera un potentiel inabouti.
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**6. Les Algériens de l’étranger : entre instrumentalisations et désillusions**
Les Algériens de la diaspora sont à la fois une richesse et un casse-tête pour le pouvoir. Trois enjeux majeurs :
1. Le conflit du Sahara : Les think tanks russes (et occidentaux) pointent de plus en plus la responsabilité d’Alger dans l’enlisement du conflit, au profit du Maroc. Une accusation qui affaiblit la position algérienne sur la scène internationale.
2. Les relations avec la France : Les « cercles d’influence » (lobbies, médias, réseaux d’affaires) sabot