Tebboune prolonge le congé maternité en Algérie

Le président Abdelmadjid Tebboune a récemment signé un décret prolongeant la durée du congé de maternité en Algérie. Cette décision, saluée par la ministre de la Solidarité nationale, de la Famille et de la Condition de la femme, Kaouther Krikou, marque une étape dans la protection des droits des travailleuses algériennes. Selon la Radio Algérienne, cette mesure s’inscrit dans une volonté de renforcer les acquis sociaux des femmes, notamment celles actives dans le secteur formel.

La durée exacte de cette prolongation n’a pas été officiellement détaillée, mais des sources proches du ministère indiquent qu’elle pourrait passer de 14 à 16 semaines, voire plus pour les grossesses multiples ou les accouchements difficiles. Cette réforme intervient dans un contexte où les femmes représentent près de 20 % de la main-d’œuvre active en Algérie, selon les chiffres de l’Office national des statistiques (ONS) publiés en 2023. Les secteurs de la santé, de l’éducation et de l’administration publique, où les femmes sont majoritaires, devraient être les premiers concernés.

Un pas vers l’égalité professionnelle

La prolongation du congé maternité répond à une demande récurrente des syndicats et des associations féministes algériennes. Le Collectif pour les droits des femmes (CDF), basé à Alger, a souligné dans un communiqué que cette mesure « reconnaît enfin le double fardeau des femmes, entre vie professionnelle et responsabilités familiales ». Cependant, le collectif rappelle que d’autres défis persistent, comme l’accès aux crèches publiques, encore insuffisant dans plusieurs wilayas.

Les employeurs, notamment dans le privé, expriment des réserves. La Confédération algérienne du patronat citoyen (CAPC) a déclaré à El Watan que cette réforme pourrait « alourdir les charges des entreprises, déjà fragilisées par la crise économique ». Pour atténuer cet impact, le gouvernement envisage des mécanismes de compensation financière, comme une prise en charge partielle des salaires par la Caisse nationale des assurances sociales (CNAS).

Comparaisons régionales et limites

L’Algérie rejoint ainsi la Tunisie, où le congé maternité est de 30 jours avant l’accouchement et 60 jours après, et le Maroc, qui offre 14 semaines. Cependant, elle reste en deçà de pays comme la France (16 semaines) ou la Suède (480 jours partageables entre les parents). La différence majeure réside dans l’absence, en Algérie, d’un congé paternité obligatoire, une lacune pointée par l’Organisation internationale du travail (OIT) dans un rapport de 2022.

Autre limite : l’application de la loi dans le secteur informel, où travaillent près de 40 % des Algériennes, selon l’ONS. Ces femmes, souvent employées de maison ou commerçantes, ne bénéficient d’aucune protection sociale. Le ministère de la Solidarité nationale a annoncé un plan pour étendre la couverture maladie à ce secteur, mais les détails restent flous.

Réactions et prochaines étapes

La décision de Tebboune a été accueillie avec prudence par les militantes. Samia Zennadi, présidente de l’association Féminisme et égalité, a déclaré à TSA : « C’est un progrès, mais il faut maintenant des décrets d’application clairs et des sanctions contre les employeurs qui ne respectent pas la loi. » Elle souligne aussi l’absence de mesures pour lutter contre les discriminations à l’embauche, un problème récurrent dans les petites et moyennes entreprises.

Le gouvernement prévoit de lancer une campagne de sensibilisation dans les wilayas dès les prochains mois, en collaboration avec les syndicats et les associations. Un projet de loi sur l’égalité salariale, annoncé depuis 2021, est également en discussion au Parlement. Si ces mesures aboutissent, elles pourraient redéfinir le paysage social algérien.

Pour l’instant, les Algériennes attendent de voir comment cette réforme sera mise en œuvre sur le terrain. Comme le résume une enseignante de Constantine interrogée par Liberté : « Un congé plus long, c’est bien, mais si je dois choisir entre mon travail et mes enfants à cause du manque de crèches, ça ne changera rien. »

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