L’Algérie, le Maroc et la Tunisie engagent une course contre la montre pour sécuriser leurs ressources hydriques. Selon Jeune Afrique, les trois pays du Maghreb misent sur le dessalement de l’eau de mer pour faire face à des sécheresses récurrentes qui menacent leur sécurité alimentaire et leur stabilité économique. En Algérie, cette stratégie s’accompagne d’investissements massifs et d’une réorganisation des infrastructures, mais elle soulève aussi des défis techniques et financiers.
Une réponse à l’urgence climatique
L’Algérie compte actuellement 11 stations de dessalement en service, avec une capacité totale de près de 2,5 millions de mètres cubes par jour. D’ici 2025, le gouvernement prévoit d’en ajouter neuf autres, portant la capacité à 4,5 millions de mètres cubes quotidiens. Parmi les projets les plus ambitieux figure l’usine de Cap Djinet, dans la wilaya de Boumerdès, dont la capacité devrait atteindre 500 000 mètres cubes par jour. Ces infrastructures visent à couvrir 40 % des besoins en eau potable des zones côtières d’ici 2030, selon les projections officielles.
Un modèle économique sous tension
Cependant, ces contrats soulèvent des questions sur la souveraineté hydrique. Certains experts, cités par Jeune Afrique, estiment que l’Algérie dépend trop des technologies étrangères, notamment pour la maintenance des membranes d’osmose inverse, un composant clé du processus de dessalement. Le pays tente de développer une filière locale, avec des entreprises comme Sonatrach et Sonelgaz qui investissent dans la recherche et la formation d’ingénieurs spécialisés.
L’agriculture, parent pauvre du dessalement
Pour pallier ce déséquilibre, le gouvernement envisage de connecter les stations de dessalement aux réseaux d’irrigation via des pipelines. Un projet pilote est en cours dans la wilaya d’Oran, où une partie de l’eau dessalée sera acheminée vers les périmètres agricoles de la plaine de la Macta. Cette initiative, si elle est généralisée, pourrait soulager les agriculteurs, mais elle se heurte à des contraintes logistiques et à des coûts de transport élevés.
Des défis environnementaux et sociaux
Par ailleurs, la concentration des usines sur le littoral aggrave les inégalités territoriales. Les wilayas du Sud, comme Adrar ou Tamanrasset, restent dépendantes des forages et des transferts d’eau depuis le Nord, une situation qui alimente les tensions locales. Le gouvernement a annoncé un plan pour étendre le dessalement aux zones désertiques, mais les coûts prohibitifs et les contraintes techniques freinent sa mise en œuvre.
Une course régionale aux enjeux stratégiques
Pour l’Algérie, le dessalement s’inscrit dans une stratégie plus large de diversification des ressources hydriques. Le pays explore aussi le recyclage des eaux usées et la modernisation des réseaux pour réduire les pertes, estimées à 30 % dans certaines villes. Ces efforts s’accompagnent d’une campagne de sensibilisation pour promouvoir une consommation plus sobre, notamment dans l’agriculture, où des techniques d’irrigation goutte-à-goutte sont progressivement déployées.
Reste que le succès de cette transition dépendra de la capacité de l’Algérie à concilier urgence climatique, contraintes économiques et équité territoriale. Dans un contexte de tensions régionales et de dépendance aux énergies fossiles, le dessalement apparaît comme une solution nécessaire, mais non suffisante. Les prochaines années seront décisives pour évaluer si cette technologie peut réellement garantir la sécurité hydrique du pays.