Le groupe algérien Condor a lancé récemment un programme ambitieux visant à créer 300 micro-entreprises spécialisées dans la maintenance technique. Selon Algerie Eco, cette initiative s’inscrit dans une stratégie plus large de développement des compétences locales et de promotion de l’entrepreneuriat dans des secteurs clés de l’économie nationale.
Le programme, baptisé « Condor Maintenance Entrepreneur », cible principalement des jeunes diplômés et des techniciens formés dans les filières de l’électronique, de l’électromécanique et des énergies renouvelables. Les bénéficiaires recevront une formation technique approfondie, ainsi qu’un accompagnement en gestion d’entreprise et en marketing. Condor prévoit également de leur fournir des kits de démarrage comprenant des outils et des équipements de base pour lancer leur activité.
Ce projet s’appuie sur un partenariat avec plusieurs institutions publiques, dont l’Agence nationale de l’emploi (ANEM) et le ministère de la Formation et de l’Enseignement professionnels. D’après les responsables du groupe, l’objectif est double : réduire le chômage des jeunes qualifiés et répondre à la demande croissante en services de maintenance, notamment dans les secteurs de l’électroménager, des télécommunications et des énergies vertes.
Les premières sessions de formation ont déjà débuté dans les wilayas d’Alger, Oran et Constantine, où Condor dispose de centres de formation dédiés. Les participants seront sélectionnés sur la base de critères stricts, incluant leur niveau de qualification, leur motivation et leur projet entrepreneurial. Une fois formés, ils bénéficieront d’un suivi pendant les six premiers mois de leur activité pour assurer la pérennité de leur entreprise.
Ce programme s’inscrit dans une dynamique plus large de soutien à l’économie locale. Condor, qui emploie plus de 12 000 personnes en Algérie, a déjà lancé plusieurs initiatives similaires ces dernières années, notamment dans les domaines de la réparation de smartphones et de l’installation de panneaux solaires. Selon le PDG du groupe, Mourad Altit, cette nouvelle étape vise à « créer une chaîne de valeur locale, où chaque maillon contribue à l’autonomie économique du pays ».
Les autorités algériennes ont salué cette initiative, soulignant son alignement avec les priorités nationales en matière de formation professionnelle et de création d’emplois. Le ministre de la Formation professionnelle, Yacine Merabi, a déclaré que ce type de partenariat public-privé était « essentiel pour adapter les compétences des jeunes aux besoins du marché ». Il a également rappelé que le gouvernement travaillait à la refonte du système de formation professionnelle pour le rendre plus réactif aux évolutions technologiques et industrielles.
Sur le terrain, les réactions sont mitigées. Certains jeunes entrepreneurs expriment leur enthousiasme à l’idée de bénéficier d’un accompagnement concret, tandis que d’autres soulignent les défis persistants, comme l’accès au financement et la concurrence informelle. « C’est une opportunité, mais il faut aussi que les banques jouent le jeu en facilitant l’accès aux crédits », explique Karim, un technicien en électronique de 28 ans qui espère intégrer le programme.
Le secteur de la maintenance en Algérie reste largement dominé par l’informel, avec une multitude de petits réparateurs qui opèrent sans structure légale ni garantie de qualité. Condor espère que son initiative contribuera à professionnaliser ce secteur, en offrant aux clients des services fiables et traçables. Pour ce faire, le groupe envisage de créer une plateforme numérique permettant aux micro-entrepreneurs formés de se connecter avec des clients potentiels, tout en assurant un suivi des interventions.
Cette initiative intervient dans un contexte où l’Algérie cherche à diversifier son économie et à réduire sa dépendance aux hydrocarbures. La formation professionnelle est devenue un enjeu central, avec des investissements croissants dans les filières techniques et industrielles. En 2023, le gouvernement a annoncé la création de 100 nouveaux centres de formation professionnelle à travers le pays, avec un accent particulier sur les métiers de la maintenance, de la robotique et des énergies renouvelables.
Condor n’est pas le seul acteur privé à s’engager dans cette voie. D’autres entreprises algériennes, comme Sonelgaz et Sonatrach, ont également lancé des programmes de formation et d’accompagnement à l’entrepreneuriat, notamment dans les secteurs de l’énergie et des infrastructures. Ces initiatives reflètent une prise de conscience croissante de l’importance de la formation continue et de l’innovation pour soutenir la croissance économique.
Pour les 300 futurs micro-entrepreneurs, ce programme représente une chance de s’insérer dans un marché en pleine expansion. « Nous voulons prouver que la maintenance peut être un métier d’avenir, à condition d’avoir les bonnes compétences et les bons outils », explique un formateur de Condor. Si le projet réussit, il pourrait servir de modèle pour d’autres secteurs, comme l’automobile ou l’agroalimentaire, où les besoins en maintenance sont également importants.
Reste à voir si cette initiative parviendra à surmonter les obstacles structurels qui freinent souvent l’entrepreneuriat en Algérie, comme la lourdeur administrative et les difficultés d’accès au financement. Pour l’heure, Condor mise sur un accompagnement personnalisé et un suivi rigoureux pour maximiser les chances de succès des participants. Une chose est sûre : ce programme marque une étape supplémentaire dans la volonté du pays de faire de la formation professionnelle un levier de développement économique.