L’Algérie mise sur l’hydrogène vert pour son avenir énergétique

L’Algérie accélère ses ambitions dans le domaine des énergies renouvelables, avec un focus particulier sur l’hydrogène vert. Abdallah Khellaf, directeur de recherche au Centre de Développement des Énergies Renouvelables (CDER), a récemment affirmé que le pays « compte dans le marché de l’hydrogène vert », selon une déclaration rapportée par le Portail algérien des énergies renouvelables. Cette prise de position marque une étape clé dans la stratégie nationale visant à diversifier les sources d’énergie et à s’imposer comme un acteur incontournable dans la transition énergétique mondiale.

Le CDER, sous la tutelle du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, joue un rôle central dans cette dynamique. Ses équipes travaillent sur des projets pilotes pour produire de l’hydrogène vert à partir d’énergies solaires et éoliennes, deux ressources abondantes en Algérie. Khellaf a souligné que le pays dispose d’un potentiel solaire exceptionnel, avec un ensoleillement moyen de 2 500 à 3 000 heures par an, ainsi que de vastes zones désertiques propices à l’installation de parcs éoliens. Ces atouts naturels pourraient permettre à l’Algérie de produire de l’hydrogène vert à des coûts compétitifs, un avantage décisif dans un marché en pleine expansion.

L’hydrogène vert, produit par électrolyse de l’eau à partir d’électricité renouvelable, est considéré comme une solution clé pour décarboner les secteurs industriels et les transports. Contrairement à l’hydrogène gris, issu des énergies fossiles, il n’émet pas de CO2 lors de sa production. L’Algérie, déjà premier fournisseur de gaz naturel de l’Europe, voit dans cette technologie une opportunité de prolonger son rôle stratégique sur le marché énergétique européen. Plusieurs pays du continent, dont l’Allemagne et la France, ont d’ailleurs manifesté leur intérêt pour des partenariats avec Alger dans ce domaine.

Les autorités algériennes ont intégré l’hydrogène vert dans leur plan de développement des énergies renouvelables, qui vise à atteindre une capacité de 15 000 mégawatts d’ici 2035. Le ministre de l’Énergie et des Mines, Mohamed Arkab, a récemment indiqué que des études de faisabilité étaient en cours pour identifier les sites les plus adaptés à la production d’hydrogène vert. Parmi les régions envisagées figurent Adrar, Tindouf et Béchar, où les conditions climatiques et géographiques sont optimales. Un projet pilote pourrait être lancé dès 2025, avec l’objectif de produire les premières tonnes d’hydrogène vert d’ici la fin de la décennie.

La coopération internationale sera un levier essentiel pour concrétiser ces ambitions. L’Algérie a déjà engagé des discussions avec plusieurs partenaires européens, notamment dans le cadre du partenariat énergétique euro-méditerranéen. En mai 2026, le ministre des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, a examiné avec la commissaire européenne chargée de la Méditerranée, Teresa Ribera, les modalités d’un renforcement de la coopération dans les énergies renouvelables, incluant l’hydrogène vert. Ces échanges s’inscrivent dans une logique de diversification des relations économiques de l’Algérie, qui cherche à réduire sa dépendance aux hydrocarbures.

Sur le plan scientifique, l’Algérie peut s’appuyer sur des institutions de recherche de premier plan. Le CDER, en collaboration avec l’Agence Thématique de Recherche en Sciences et Technologies (ATRST), mène des travaux sur l’optimisation des procédés de production d’hydrogène vert. Une convention de partenariat a récemment été signée entre l’Entreprise Nationale des Industries Électroniques (ENIE) et l’ATRST pour développer des technologies locales adaptées aux conditions algériennes. Ces initiatives visent à réduire la dépendance aux technologies importées et à créer une filière industrielle nationale.

Les défis restent néanmoins nombreux. La production d’hydrogène vert nécessite des investissements massifs dans les infrastructures, notamment pour le transport et le stockage. Par ailleurs, le coût de l’électrolyse, bien qu’en baisse, reste élevé par rapport aux méthodes traditionnelles. Khellaf a reconnu que l’Algérie devait encore renforcer ses capacités de recherche et développement pour améliorer l’efficacité des procédés et réduire les coûts. Il a également souligné l’importance de former une main-d’œuvre qualifiée, capable de maîtriser les technologies liées à l’hydrogène vert.

L’Algérie n’est pas seule dans cette course. Plusieurs pays africains, comme le Maroc et l’Égypte, ont déjà lancé des projets ambitieux dans ce domaine. Le Maroc, par exemple, a annoncé un plan pour devenir l’un des premiers exportateurs d’hydrogène vert au monde, avec des investissements prévus de plusieurs milliards de dollars. Face à cette concurrence, l’Algérie mise sur ses atouts géographiques et son expérience dans le secteur énergétique pour se positionner comme un partenaire fiable et compétitif.

Les retombées économiques pourraient être significatives. Selon une étude du CDER, le développement d’une filière hydrogène vert pourrait créer des milliers d’emplois directs et indirects, tout en générant des revenus supplémentaires pour l’État. Le secteur pourrait également attirer des investissements étrangers, notamment dans les zones industrielles du sud du pays. Pour y parvenir, les autorités algériennes devront cependant lever les obstacles administratifs et réglementaires qui freinent encore les projets innovants.

L’hydrogène vert représente une opportunité historique pour l’Algérie. En capitalisant sur ses ressources naturelles et son expertise scientifique, le pays pourrait non seulement réduire son empreinte carbone, mais aussi s’imposer comme un acteur clé de la transition énergétique mondiale. Les prochaines années seront décisives pour concrétiser ces ambitions et transformer les promesses en réalités industrielles.

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