Revue de presse : Irrigation Algérie, Droits des femmes Algérie, Société civile Algérie…

**L’Algérie en mouvement : un kaléidoscope de souverainetés fragmentées**

L’Algérie contemporaine se donne à voir comme un pays en tension permanente entre deux forces : d’un côté, une volonté affichée de souveraineté multidimensionnelle – alimentaire, énergétique, culturelle, militaire –, et de l’autre, une société civile et des institutions qui peinent à articuler ces ambitions avec les réalités du terrain. Les dix domaines d’actualité ici rassemblés dessinent moins un portrait cohérent qu’une mosaïque où chaque pièce semble obéir à sa propre logique, tout en étant reliée aux autres par des fils invisibles, parfois contradictoires.

Ce qui frappe d’emblée, c’est l’omniprésence de l’État comme acteur central, qu’il s’agisse de lancer des programmes d’irrigation, de réguler les copropriétés, de négocier des partenariats énergétiques ou de célébrer la mémoire de l’émir Abdelkader à Oxford. Pourtant, cette centralité étatique cache mal les fractures : entre le discours souverainiste et les dépendances structurelles (hydrocarbures, armement russe), entre les ambitions culturelles et la précarité des archives, entre la formation de milliers d’étudiants à l’étranger et le sous-emploi des diplômés locaux. L’Algérie de 2025 est un pays qui court après son propre récit, tout en butant sur les limites de ses infrastructures, de ses lois et de ses mentalités.

**Souveraineté alimentaire : l’irrigation comme miroir des dépendances**

Le Salon international de l’agriculture et des machines agricoles (SIAM) 2026 place la souveraineté fourragère au cœur de ses priorités, tandis qu’une étude est lancée pour transférer les eaux du barrage de Beni Haroun vers Biskra. Ces annonces s’inscrivent dans une stratégie plus large de sécurisation des ressources, après des décennies de dépendance aux importations de blé et de lait. Pourtant, derrière les discours, se profile une réalité plus complexe.

D’abord, la coopération avec le Niger – pays en proie à une instabilité chronique – révèle une contradiction géopolitique : comment concilier souveraineté et partenariats avec des États fragiles ? Ensuite, l’irrigation elle-même est un enjeu de pouvoir. Les barrages algériens, comme celui de Beni Haroun, sont souvent critiqués pour leur gestion opaque, leur impact environnemental et leur inefficacité relative. Les transferts d’eau, s’ils peuvent soulager des régions arides comme Biskra, risquent aussi de creuser les inégalités entre wilayas, voire de raviver des tensions locales.

Enfin, cette quête de souveraineté agricole bute sur un paradoxe : l’Algérie, malgré ses vastes terres cultivables, reste dépendante des engrais et des semences importées. La souveraineté fourragère, si elle se réalise, ne sera qu’une victoire partielle tant que le pays n’aura pas résolu ses goulots d’étranglement logistiques et technologiques. Ici, la souveraineté se heurte à la réalité d’une économie encore largement extravertie.

**Droits des femmes et société civile : entre célébrations et silences assourdissants**

L’actualité des droits des femmes en Algérie est un mélange de symboles forts et de non-dits. D’un côté, l’UNICEF recrute pour des programmes dédiés à l’enfance, l’UNESCO décerne un prix pour l’éducation des filles, et une cérémonie célèbre la Semaine arabe des sourds – autant d’initiatives qui suggèrent une attention croissante aux questions de genre et d’inclusion. De l’autre, le silence persiste sur les violences conjugales, les mariages précoces ou l’accès limité des femmes aux postes de décision.

Ce décalage entre le discours et la réalité est encore plus frappant quand on le met en perspective avec les autres domaines. Par exemple, la numérisation des manuscrits à Adrar ou la coopération entre bibliothèques algériennes et tchèques (société civile) montrent une volonté de préserver le patrimoine culturel. Pourtant, ces initiatives restent marginales face à l’ampleur des défis : combien de femmes ont accès à ces archives ? Combien de jeunes filles des zones rurales bénéficient réellement des programmes de l’UNESCO ?

Le cas de Nabil Djedouani, réalisateur et archiviste, est emblématique. Son combat pour sauver les films algériens de l’oubli rappelle que la mémoire est un enjeu politique. Mais qui décide de ce qui doit être sauvé ? Les archives, comme les droits des femmes, sont souvent l’objet de luttes de pouvoir entre l’État, les conservateurs et les modernistes. En Algérie, la société civile avance, mais toujours sous le regard vigilant – et parfois répressif – des institutions.

**Immobilier et urbanisme : la loi contre l’anarchie, ou l’anarchie contre la loi ?**

L’actualité immobilière algérienne est un concentré de tensions entre régulation et informel. Les copropriétaires condamnés pour avoir installé des climatisations sans autorisation, les syndics dont 70 % des contrats ne respectent pas la loi, et la résistance des habitants face à la location touristique (Airbnb, Booking) révèlent un secteur en crise.

Ces problèmes ne sont pas anodins : ils reflètent une urbanisation chaotique, où la loi est souvent contournée par nécessité ou par intérêt. Les climatisations illégales, par exemple, sont une réponse pragmatique à la canicule, mais elles posent des questions sur la gestion des réseaux électriques – déjà fragiles. De même, la résistance aux locations touristiques montre une méfiance envers un modèle économique perçu comme déstabilisateur pour les quartiers résidentiels.

Derrière ces conflits se cache une question plus large : celle de la propriété et du droit. En Algérie, l’immobilier est un secteur où se croisent héritages coloniaux (les biens vacants), réformes post-indépendance (la loi sur les copropriétés) et pressions démographiques. Les tensions actuelles sont le symptôme d’un système qui n’a pas su – ou voulu – s’adapter. Résultat : la loi est soit ignorée, soit instrumentalisée, et l’État peine à imposer son autorité.

**Énergie et défense : la souveraineté à l’épreuve des alliances**

L’Algérie se présente comme une « terre d’opportunités pour les investissements étrangers », notamment dans les énergies renouvelables, tandis que Sinopec obtient l’agrément pour investir dans les hydrocarbures à Hassi Berkane-Nord. Ces annonces s’inscrivent dans une stratégie de diversification économique, mais elles révèlent aussi une dépendance persistante aux hydrocarbures – et, par extension, aux partenariats étrangers.

Le cas de la défense est encore plus révélateur. L’Algérie, traditionnellement proche de la Russie pour ses équipements militaires, semble chercher à diversifier ses alliances, notamment face à la guerre en Ukraine et aux tensions au Sahel. Le titre « Gaz, armement et Sahara occidental : pourquoi Alger ne peut plus se contenter de Moscou » résume bien cette nouvelle donne. Pourtant, cette diversification a un coût : elle oblige l’Algérie à négocier avec des partenaires aux intérêts divergents (Chine, Turquie, pays du Golfe), tout en maintenant une posture souverainiste.

Ces contradictions sont flagrantes quand on les met en parallèle avec les universités algériennes. Plus de 2 000 étudiants algériens sont formés en Russie, un pays dont l’Algérie dépend militairement. Comment concilier cette dépendance avec une souveraineté affichée ? La réponse est peut-être dans la création de la Chaire émir-Abdelkader à Oxford, qui montre une volonté de projeter une image de puissance culturelle et intellectuelle – un soft power qui compense les limites du hard power.

**Sport et culture : l’exception algérienne en quête de reconnaissance**

Le sport algérien est en pleine effervescence. Le ministre de la Jeunesse et des Sports annonce la création d’une cellule pour diagnostiquer les infrastructures, tandis que des athlètes comme Mohamed Harat brillent à l’international. Pourtant, derrière ces succès se cachent des défis structurels : manque de moyens, corruption, et une gouvernance souvent critiquée.

Le cas de Hifi, qui s’exile à Paris, est symptomatique. Beaucoup de talents algériens quittent le pays pour trouver de meilleures conditions d’entraînement, révélant un paradoxe : l’Algérie produit des champions, mais ne parvient pas à les retenir. Ce phénomène rappelle celui des étudiants formés à l’étranger (Russie, France, etc.) et qui, une fois diplômés, peinent à trouver un emploi à la hauteur de leurs compétences.

La culture, elle, est un autre terrain de bataille. Le lancement d’un programme de formation par apprentissage à Marrakech (et non en Algérie) ou la fin de formation de 500 jeunes à Brazzaville montrent que le pays peine à valoriser ses propres talents. Pourtant, des initiatives comme celle de Nabil Djedouani prouvent qu’il existe une demande pour une culture algérienne accessible et préservée. Le problème ? Ces initiatives restent marginales, faute de soutien institutionnel fort.

**Bourse d’Alger : la transparence comme mirage ?**

La Bourse d’Alger est en pleine mutation. Les IPO (introductions en Bourse) se multiplient, les entreprises sont soumises à de nouvelles règles de transparence, et le président de la Cosob, Abdelhakim Berrah, affirme que le marché est « en phase d’alimentation ». Pourtant, ces annonces cachent mal les faiblesses structurelles du système financier algérien.

D’abord, la Bourse d’Alger reste minuscule comparée à ses voisines maghrébines (Maroc, Tunisie). Ensuite, la transparence promise se heurte à une culture du secret, héritée des décennies de gestion étatique de l’économie. Enfin, les IPO, si elles se multiplient, risquent de profiter surtout aux grandes entreprises publiques ou aux groupes proches du pouvoir, creusant les inégalités.

Cette situation rappelle celle de l’immobilier : la loi existe, mais son application est aléatoire. Dans les deux cas, l’État tente de moderniser des secteurs clés, mais se heurte à des résistances internes (corruption, clientélisme) et à un manque de confiance des acteurs privés.

**Universités et mémoire : l’Algérie entre héritage et projection**

L’inauguration de la Chaire émir-Abdelkader à Oxford est un symbole fort. Elle montre une volonté de réinscrire l’Algérie dans l’histoire globale, en mettant en avant des figures comme l’émir Abdelkader, fondateur de l’État algérien moderne. Pourtant, cette reconnaissance internationale contraste avec les défis internes des universités algériennes.

Plus de 2 000 étudiants algériens sont formés en Russie, tandis que les universités locales souffrent de sous-financement, de surcharge et d’un manque de débouchés pour les diplômés. Ce paradoxe est révélateur : l’Algérie investit dans la formation à l’étranger, mais peine à offrir des perspectives à ses jeunes sur place. Résultat, la fuite des cerveaux se poursuit, privant le pays de ses forces v

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