Cette semaine, El Watan a révélé une pénurie criante d’infrastructures sportives dans les communes de la wilaya d’Alger. Selon le quotidien, seules 12 des 57 communes disposent de salles de sport municipales accessibles au public. Les autres dépendent d’équipements privés ou scolaires, souvent réservés aux établissements éducatifs ou aux clubs affiliés à la Fédération algérienne de sport.
Les chiffres cités par El Watan montrent que les communes les plus peuplées, comme Bab El Oued, Hussein Dey ou El Madania, n’ont aucune salle municipale dédiée aux sports collectifs ou à la musculation. Les habitants doivent se tourner vers des salles privées, dont les tarifs varient entre 3 000 et 8 000 dinars par mois, un coût inaccessible pour une partie de la population. À titre de comparaison, la commune de Kouba, qui compte près de 100 000 habitants, ne possède qu’une seule salle municipale, saturée dès 18 heures.
Le manque d’infrastructures touche particulièrement les jeunes et les femmes. D’après une enquête menée par l’Office national de la jeunesse en 2024, 68 % des Algérois âgés de 15 à 29 ans déclarent ne pas avoir accès à un espace sportif proche de leur domicile. Pour les femmes, la situation est encore plus marquée : seules 3 salles municipales sur les 12 existantes proposent des créneaux horaires réservés, souvent limités à quelques heures par semaine.
La Direction de la jeunesse et des sports (DJS) d’Alger a reconnu ces lacunes dans un rapport publié en mars 2025. Le document souligne que 80 % des équipements sportifs de la wilaya sont concentrés dans les quartiers centraux, comme Hydra ou El Biar, laissant les périphéries et les zones densément peuplées sans alternatives. La DJS a annoncé un plan de construction de 15 nouvelles salles d’ici 2027, mais aucun calendrier précis n’a été communiqué.
Sur le terrain, les conséquences sont visibles. À Bab El Oued, des habitants ont transformé des parkings et des terrains vagues en espaces improvisés pour le football ou la musculation, faute de structures adaptées. « On joue entre les voitures, avec des risques d’accidents. La mairie nous a promis une salle depuis trois ans, mais rien n’a bougé », témoigne Karim, 22 ans, étudiant en informatique. À El Harrach, une association locale a lancé une pétition pour réclamer l’aménagement d’un ancien entrepôt en salle polyvalente, sans réponse des autorités.
Les communes concernées invoquent des contraintes budgétaires et foncières. La mairie de Hussein Dey, par exemple, a expliqué à El Watan que les terrains disponibles étaient soit trop petits, soit déjà affectés à d’autres projets, comme des logements sociaux. Pourtant, des solutions existent. À Boumerdès, la commune de Corso a reconverti un ancien bâtiment administratif en salle de sport en 2023, avec un budget de 12 millions de dinars, financé en partie par des sponsors locaux.
Le Pass’Sport, lancé par le ministère de la Jeunesse et des Sports en 2024 pour subventionner l’accès aux salles privées, n’a pas résolu le problème. Selon Beur FM, le dispositif, initialement ouvert à tous, a été restreint aux 16-25 ans en 2025, excluant les adultes et les seniors. De plus, les salles partenaires sont souvent éloignées des quartiers populaires, limitant son impact.
Les experts pointent aussi un problème de gouvernance. « Les communes attendent des financements de l’État, mais elles pourraient mobiliser des fonds locaux ou des partenariats public-privé. À Oran, la salle du Complexe sportif Ahmed Zabana a été rénovée grâce à une collaboration avec une entreprise pétrolière », explique Samir Benkaci, consultant en gestion des infrastructures sportives.
Pour les habitants, la priorité reste l’accès à des espaces sûrs et abordables. « Une salle municipale, ce n’est pas un luxe. C’est un moyen de lutter contre la sédentarité, le stress, et même la délinquance chez les jeunes », estime Fatima, mère de deux adolescents à El Madania. À Alger, où l’espace urbain est saturé, la question des salles de sport dépasse le simple cadre sportif : elle interroge la capacité des institutions à répondre aux besoins concrets de la population.