Cheba Zoulikha trente ans après son silence

Trente ans après sa disparition, Cheba Zoulikha reste une figure incontournable de la musique chaouie. Son absence a laissé un vide que les nouvelles générations peinent à combler, malgré les hommages et les reprises récentes. El Watan a consacré un article à cette icône, rappelant son rôle dans la préservation et la modernisation du patrimoine musical des Aurès.

Cheba Zoulikha, de son vrai nom Zoulikha Maamar, est née en 1954 à Khenchela. Elle a marqué les années 1970 et 1980 par des chansons qui mêlaient tradition et modernité. Ses textes, souvent poétiques, parlaient d’amour, de résistance et de la beauté des paysages aurésiens. Des titres comme « Ya Lili », « Aâla Chouia » ou « El Harraz » sont encore fredonnés aujourd’hui, preuve de leur intemporalité.

Sa disparition en 1993, dans des circonstances jamais totalement élucidées, a plongé le monde artistique algérien dans le deuil. Selon El Watan, certains proches évoquent une mort liée à des problèmes de santé, tandis que d’autres évoquent des pressions politiques. Aucune enquête officielle n’a jamais abouti, laissant planer le mystère.

Pourtant, son héritage ne s’est pas éteint. En novembre 2023, une chorale algérienne a repris « Bachtola », un classique du rock chaoui, en hommage à Djo Sabri, un autre monument de la musique aurésienne. Arab News FR a rapporté cet événement, soulignant l’émotion des spectateurs. La performance a montré que la musique de Cheba Zoulikha continue d’inspirer, même parmi les jeunes artistes.

Beihdja Rahal, une autre grande figure de la musique algérienne, a récemment déclaré à L’Algérie Aujourd’hui que la transmission était devenue sa priorité. Elle a souligné l’importance de préserver des voix comme celle de Cheba Zoulikha, dont l’œuvre reste un pont entre les générations. Rahal a également critiqué le manque de soutien institutionnel pour les archives musicales, un problème récurrent en Algérie.

Les Aurès, région natale de Cheba Zoulikha, restent un foyer de création musicale. Des festivals comme celui de Batna ou de Khenchela mettent régulièrement à l’honneur le chaoui, mais rares sont les artistes capables de rivaliser avec l’impact de la « Rose des Aurès ». Les jeunes talents, comme la chanteuse Amel Zen ou le groupe Numidas, tentent de perpétuer cet héritage, mais le manque de visibilité et de moyens limite leur rayonnement.

En 2023, une pétition a circulé pour demander la création d’un musée dédié à Cheba Zoulikha à Khenchela. Soutenue par des associations culturelles locales, cette initiative vise à préserver ses costumes, ses partitions et ses enregistrements. Jusqu’à présent, aucune réponse officielle n’a été donnée par les autorités. Pourtant, un tel lieu pourrait attirer des touristes et des chercheurs, tout en redonnant à la chanteuse la place qu’elle mérite dans l’histoire culturelle algérienne.

Les hommages à Cheba Zoulikha ne se limitent pas à l’Algérie. En France, des collectifs comme les Zoufris Maracas, cités par Ouest-France en octobre 2024, intègrent des sonorités chaouies dans leurs compositions. Leur leader a expliqué que ces influences leur permettaient de « proposer une lecture du monde » à travers la musique. Ces collaborations montrent que l’héritage de Cheba Zoulikha dépasse les frontières.

Malgré tout, son nom reste moins connu que ceux d’autres icônes algériennes comme Cheb Khaled ou Cheikha Rimitti. Les médias algériens évoquent rarement son œuvre, et les jeunes générations la découvrent souvent par hasard, via des reprises ou des vidéos partagées sur les réseaux sociaux. Pourtant, son influence sur la musique chaouie est indéniable. Des artistes comme Djo Sabri ou Aïssa Djermouni, qu’elle a côtoyés, ont reconnu son talent et son audace.

En 2025, trente-deux ans après sa disparition, une question persiste : pourquoi Cheba Zoulikha n’a-t-elle pas reçu les hommages officiels qu’elle mérite ? Aucune rue, aucune école ne porte son nom. Aucune émission spéciale n’a été diffusée à la télévision algérienne. Pourtant, son œuvre continue de résonner, preuve que la mémoire populaire n’a pas besoin de validation institutionnelle pour survivre.

Les Aurès, terre de montagnes et de légendes, gardent en elles l’âme de Cheba Zoulikha. Ses chansons, gravées dans la mémoire collective, rappellent que la musique est un langage universel. Trente ans après son silence, son héritage reste vivant, porté par ceux qui refusent de l’oublier.

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