La Banque mondiale alerte sur le numérique en Algérie

La pandémie de Covid-19 a révélé les fractures numériques en Algérie, mettant en lumière les retards accumulés dans la transformation digitale du pays. Selon World Bank Blogs, la région Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA), dont fait partie l’Algérie, a dû accélérer ses réformes pour éviter un effondrement économique et social. Pourtant, les défis restent immenses, notamment en matière d’infrastructures, d’accès aux services et de compétences.

Un bond forcé vers le numérique

Les entreprises algériennes ont également subi les conséquences de ce retard. Les PME, qui représentent 90 % du tissu économique, ont peiné à s’adapter aux outils numériques. Le rapport souligne que seules 15 % des entreprises algériennes disposaient d’un site web avant la pandémie, contre 50 % en moyenne dans les pays émergents. Cette faiblesse a limité leur capacité à commercialiser leurs produits et à maintenir leurs chaînes d’approvisionnement.

L’administration algérienne en retard

Quelques initiatives ont toutefois émergé. Le gouvernement a lancé en 2020 une plateforme de télédéclaration fiscale, mais son adoption reste limitée en raison d’un manque de sensibilisation et de formation. Les fonctionnaires, souvent peu familiarisés avec les outils numériques, peinent à accompagner les usagers. La Banque mondiale recommande une refonte globale des processus, couplée à des campagnes de formation massives pour les agents publics.

Les compétences numériques, un enjeu clé

Les universités et les centres de formation professionnelle sont pointés du doigt. Leurs programmes, jugés obsolètes, ne répondent pas aux besoins du marché. La Banque mondiale suggère une collaboration renforcée entre le secteur privé et les établissements d’enseignement pour adapter les cursus aux réalités économiques. Elle propose également des partenariats avec des plateformes internationales comme Coursera ou Udemy pour offrir des formations en ligne accessibles.

Un appel à l’investissement public et privé

En Algérie, les projets existent, mais leur mise en œuvre traîne. Le déploiement de la fibre optique, annoncé depuis plusieurs années, reste inachevé. Les opérateurs télécoms, comme Algérie Télécom, peinent à couvrir l’ensemble du territoire. La Banque mondiale recommande de simplifier les procédures administratives pour attirer les investisseurs étrangers, notamment dans les secteurs des fintechs et des technologies vertes.

Les risques d’un statu quo

Les inégalités sociales pourraient également se creuser. Les populations les plus vulnérables, déjà fragilisées par la crise, seraient les premières victimes d’un système numérique à deux vitesses. La Banque mondiale rappelle que l’accès à internet est devenu un droit fondamental, au même titre que l’éducation ou la santé. Négliger cet aspect reviendrait à marginaliser une partie de la population.

Des pistes pour l’avenir

Le deuxième levier concerne l’inclusion financière. L’Algérie compte encore une large part de la population non bancarisée, ce qui limite l’accès aux services en ligne. La promotion des solutions de paiement mobile, comme celles proposées par Djezzy ou Mobilis, pourrait faciliter l’intégration des petits commerçants et des artisans dans l’économie numérique.

Enfin, le rapport insiste sur l’importance de la cybersécurité. Avec l’augmentation des transactions en ligne, les risques de fraude et de piratage se multiplient. L’Algérie doit se doter d’un cadre juridique solide et former des experts capables de protéger les données des citoyens et des entreprises. La création d’un centre national de cybersécurité, sur le modèle de ceux existant en Europe, est évoquée comme une priorité.

La pandémie a agi comme un révélateur des faiblesses du système algérien, mais elle a aussi ouvert une fenêtre d’opportunité. En accélérant sa transformation numérique, l’Algérie pourrait non seulement surmonter la crise actuelle, mais aussi poser les bases d’une économie plus résiliente et inclusive. Les recommandations de la Banque mondiale offrent une feuille de route, à condition que les autorités passent des discours aux actes.

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