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**L’Algérie, ou l’art de danser sur un volcan institutionnel**
L’Algérie contemporaine ressemble à ces villes en perpétuelle reconstruction, où les grues côtoient les ruines, où les discours modernisateurs masquent mal les fractures d’un système qui oscille entre verrouillage autoritaire et velléités d’ouverture. Les actualités des dix derniers jours, loin d’être un simple agrégat d’informations disparates, dessinent les contours d’une nation en équilibre précaire : un État qui investit massivement dans les infrastructures tout en muselant les voix dissidentes, qui promeut la transition énergétique mais peine à diversifier son économie, qui se pose en puissance régionale tout en voyant son influence contestée sur la scène internationale.
Ce qui frappe, c’est la coexistence de dynamiques apparemment contradictoires. D’un côté, une Algérie qui se rêve en hub économique et militaire, multipliant les annonces de réhabilitation de stades, de projets routiers ou de partenariats avec la Chine (via le système CIPS). De l’autre, une Algérie qui se crispe sur ses lignes rouges : répression des minorités LGBTQIA+, contrôle accru des télécommunications, méfiance vis-à-vis des ex-militaires recrutés par des puissances étrangères. Comme si le pays était tiraillé entre deux temporalités : celle, lente et bureaucratique, de l’État profond, et celle, accélérée, des réformes imposées par la nécessité économique.
Cette schizophrénie n’est pas nouvelle. Elle rappelle les années 1990, où l’Algérie, en pleine guerre civile, tentait de se présenter comme un partenaire fiable pour les investisseurs étrangers. Aujourd’hui, la menace n’est plus celle des groupes armés, mais celle d’un effondrement économique si le pays ne parvient pas à sortir de sa dépendance aux hydrocarbures. D’où cette frénésie de projets – stades, routes, start-up – qui ressemble à une fuite en avant. Mais une fuite en avant contrôlée, où chaque avancée est accompagnée d’un rappel à l’ordre : l’État reste le maître du jeu.
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**Infrastructures : le béton comme réponse à la crise de légitimité**
Les annonces de réhabilitation de stades et de projets routiers à Alger ne sont pas anodines. Dans un pays où le chômage des jeunes dépasse les 30%, où la colère sociale gronde depuis les manifestations du Hirak, les infrastructures jouent un rôle à la fois économique et symbolique. Elles sont la preuve tangible que l’État agit, qu’il ne se contente pas de gérer la rente pétrolière. Mais elles sont aussi un moyen de canaliser les énergies : en occupant les jeunes sur des chantiers, en créant des emplois précaires dans le BTP, l’État algérien reproduit une vieille recette des régimes autoritaires – celle du pain et des jeux, version XXIe siècle.
Pourtant, ces projets posent question. Qui en profite vraiment ? Les entreprises locales, souvent liées à l’armée ou aux oligarques proches du pouvoir, ou les multinationales étrangères, comme Bouygues (dont la filiale télécoms vient d’être victime d’une cyberattaque) ? La mort de Jean Bergougnoux, ancien patron d’EDF, rappelle que l’Algérie a longtemps été un terrain de jeu pour les grands groupes français. Aujourd’hui, c’est la Chine qui avance ses pions, via des partenariats comme celui du système de paiement CIPS. L’Algérie est-elle en train de troquer une dépendance (celle à la France) contre une autre (celle à la Chine) ?
Derrière ces questions se cache une réalité plus sombre : l’Algérie construit, mais pour qui ? Les stades réhabilités serviront-ils à distraire une jeunesse désœuvrée, ou à accueillir des événements internationaux qui légitimeront le régime ? Les routes flambant neuves mèneront-elles vers des zones économiques dynamiques, ou vers des villes fantômes, comme ces projets immobiliers dont les prix s’effondrent (voir plus bas) ?
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**Économie : la transition énergétique, ou l’illusion du changement**
L’Algérie se targue d’avoir franchi un cap dans sa transition énergétique, selon l’Agence allemande du commerce et de l’investissement. Pourtant, un coup d’œil aux classements régionaux suffit à tempérer l’enthousiasme : la Tunisie devance l’Algérie dans le domaine, et le Maroc, malgré ses tensions politiques, reste un modèle en matière d’énergies renouvelables. Pourquoi ce retard ?
La réponse tient en un mot : hydrocarbures. L’Algérie, cinquième exportateur mondial de gaz, a bâti son économie sur la rente pétrolière. Or, la transition énergétique suppose de sortir de cette dépendance – ce que le pays n’a jamais vraiment voulu faire. Les annonces de diversification (solaire, hydrogène vert) restent des effets d’annonce tant que Sonatrach, le géant pétrolier national, conserve son monopole. Pire : les recettes des hydrocarbures servent encore à financer les projets d’infrastructures, créant une boucle perverse où la transition énergétique est subordonnée à… la poursuite de l’exploitation des énergies fossiles.
Autre paradoxe : l’Algérie veut attirer les investisseurs étrangers, mais les textes d’application pour l’accès des start-up aux marchés publics tardent à être publiés. Comment croire à une économie ouverte quand les mêmes oligarques contrôlent les secteurs clés ? Quand le ministère des Armées peut bloquer le recrutement d’ex-militaires par des États étrangers (une mesure qui vise sans doute à empêcher des pays comme les Émirats ou la Turquie de débaucher des cadres algériens) ?
La transition énergétique algérienne ressemble à ces chantiers pharaoniques : impressionnante sur le papier, mais ralentie par les lourdeurs bureaucratiques et les intérêts en place.
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**Immobilier : le miroir brisé de la crise sociale**
L’immobilier algérien est un cas d’école des dysfonctionnements du pays. Les prix baissent, mais les ventes plongent. L’activité repart, mais les prix remontent. Comment expliquer ces mouvements erratiques ?
La réponse tient en trois facteurs :
1. La spéculation : Les promoteurs, souvent proches du pouvoir, ont construit des logements bien au-delà des besoins réels, créant des bulles spéculatives.
2. La défiance : Les Algériens, échaudés par les scandales de corruption (comme celui des « logements sociaux » jamais livrés), préfèrent garder leur argent sous le matelas plutôt que d’investir dans l’immobilier.
3. L’inflation : Le dinar algérien s’effondre face au dollar, rendant les matériaux de construction (souvent importés) de plus en plus chers.
Résultat : un marché à deux vitesses. D’un côté, les classes aisées achètent des biens haut de gamme à Alger ou Oran. De l’autre, les classes populaires s’entassent dans des logements insalubres, quand elles ne sont pas carrément sans abri. Le ministère de la Santé, qui lance des campagnes de vaccination et des dispositifs préventifs pour l’été 2026, sait pertinemment que ces inégalités se traduisent par des crises sanitaires récurrentes.
L’immobilier algérien est le symptôme d’une économie malade : un secteur qui devrait être un moteur de croissance est devenu un boulet, révélateur des inégalités et de la corruption.
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**Droits humains : le retour de la répression ciblée**
L’Algérie a toujours eu un rapport ambigu avec les droits humains. Officiellement, le pays se présente comme un État de droit, signataire de toutes les conventions internationales. Dans les faits, la répression est sélective, mais impitoyable.
Les dernières actualités en témoignent :
– Les LGBTQIA+ sont visés par une « augmentation alarmante » des restrictions, selon les ONG. L’Algérie, qui criminalise l’homosexualité, durcit son arsenal répressif au nom de la « moralité publique ».
– Boualem Sansal, l’écrivain franco-algérien, voit son procès en appel confirmé. Critique du régime, il est un symbole de la répression contre les intellectuels.
– Les médias sont sous surveillance, comme en Hongrie (où les restrictions contre la presse sont pointées du doigt), mais avec une particularité algérienne : le contrôle passe autant par la censure que par l’autocensure.
Cette répression n’est pas un hasard. Elle coïncide avec une période de tensions économiques et sociales. Le régime, sentant la colère monter, préfère verrouiller le débat plutôt que de risquer une nouvelle explosion comme celle du Hirak. Mais cette stratégie a un coût : elle isole l’Algérie sur la scène internationale (où les critiques contre les atteintes aux droits humains se multiplient) et elle étouffe la société civile, privant le pays de ses forces vives.
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**Télécommunications et cybersécurité : l’État espion**
Les télécoms algériens sont un autre terrain de bataille. Bouygues Telecom, victime d’une fuite de données, rappelle que les opérateurs sont des cibles privilégiées des cyberattaques. Mais en Algérie, la menace ne vient pas seulement des hackers : elle vient aussi de l’État.
Le gouvernement algérien a toujours surveillé de près les télécommunications. La récente réunion du gouvernement, qui a évoqué la « téléphonie mobile » aux côtés des stupéfiants et de l’enseignement coranique, en dit long sur la paranoïa sécuritaire du régime. Dans un pays où les réseaux sociaux ont joué un rôle clé dans le Hirak, le contrôle d’Internet est une priorité.
Pourtant, cette obsession sécuritaire a un effet pervers : elle freine l’innovation. Les start-up, censées être le fer de lance de la diversification économique, peinent à accéder aux marchés publics. Comment développer une économie numérique quand l’État voit d’abord les télécoms comme un outil de surveillance ?
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**Géopolitique : l’Algérie, puissance régionale en quête de légitimité**
Sur la scène internationale, l’Algérie joue un jeu subtil. Le pays se présente comme un acteur incontournable du Maghreb, multipliant les rencontres avec le Tchad ou les réunions au Caire. Pourtant, son influence est contestée.
Deux dossiers le montrent :
1. Le Sahara occidental : Le soutien de l’ONU au plan d’autonomie marocain est un camouflet pour l’Algérie, qui soutient le Polisario. Alger a beau protester, sa diplomatie peine à contrer l’offensive marocaine.
2. La question palestinienne : L’Algérie a toujours été un soutien indéfectible de la cause palestinienne. Pourtant, la remise en cause de l’accord d’association entre Israël et l’UE (au cœur des discussions au Luxembourg) montre que les positions algériennes sont de plus en plus marginalisées.
Cette perte d’influence s’explique par deux facteurs :
– L’affaiblissement économique : Un pays dépendant à 90% des hydrocarbures ne peut pas prétendre jouer un rôle majeur sur la scène internationale.
– **L’iso