Le port d’El Hamdania relancé entre Chine et France

Le projet du port en eaux profondes d’El Hamdania, transféré récemment à Boumerdès, suscite une compétition entre investisseurs chinois et français. Selon El Watan, cette relocalisation stratégique place l’Algérie au centre d’un enjeu logistique majeur pour la Méditerranée occidentale.

Le ministère des Transports algérien a confirmé le déplacement du site initial de Cherchell vers la wilaya de Boumerdès, à une soixantaine de kilomètres à l’est d’Alger. Ce changement répond à des contraintes techniques identifiées lors des études préliminaires, notamment la profondeur naturelle insuffisante des fonds marins à Cherchell. Le nouveau site, situé près de la zone industrielle de Cap Djinet, offre des conditions géographiques plus favorables pour un port de transbordement de classe mondiale.

Un investissement estimé à 3,3 milliards de dollars

Le projet, dont le coût est évalué à 3,3 milliards de dollars, prévoit la construction de 23 postes à quai sur une superficie de 1 000 hectares. Les capacités annoncées atteindraient 6,5 millions de conteneurs EVP et 25,7 millions de tonnes de vrac. Ces chiffres positionneraient El Hamdania parmi les cinq premiers ports méditerranéens, aux côtés de Tanger Med et Valence.

La China Harbour Engineering Company (CHEC) et le groupe français CMA CGM figurent parmi les principaux candidats. La CHEC, déjà impliquée dans la construction du port de Cherchell, propose un modèle clé en main incluant le financement, la construction et l’exploitation. CMA CGM, premier armateur français et troisième mondial, mise sur son expertise en logistique portuaire et son réseau de lignes maritimes.

Enjeux économiques et géopolitiques

Le port d’El Hamdania s’inscrit dans la stratégie algérienne de diversification économique et de réduction de la dépendance aux hydrocarbures. Le ministre des Transports, Kamel Beljoud, a souligné lors d’une conférence de presse que ce projet « renforcera la position de l’Algérie comme hub régional pour le commerce entre l’Afrique, l’Europe et l’Asie ».

La compétition sino-française reflète les dynamiques géopolitiques en Méditerranée. La Chine, via sa Belt and Road Initiative, cherche à sécuriser des points d’ancrage pour ses routes commerciales. La France, quant à elle, voit dans ce projet une opportunité de renforcer ses liens économiques avec l’Algérie, son premier partenaire commercial en Afrique.

Défis techniques et environnementaux

Le transfert du site à Boumerdès impose de nouveaux défis. Les études d’impact environnemental, menées par le Centre national d’études et de recherches pour l’aménagement du territoire (CNERAT), mettent en lumière la nécessité de protéger les écosystèmes marins locaux, notamment les herbiers de posidonie. Le ministère de l’Environnement a exigé l’intégration de mesures de compensation écologique dans les offres des investisseurs.

Sur le plan technique, la construction d’un port en eaux profondes à Cap Djinet nécessitera des travaux de dragage importants et la stabilisation des sols. Les experts du Port Autonome d’Alger (PAA) estiment que ces opérations pourraient prolonger le calendrier initial de trois à cinq ans.

Réactions des acteurs locaux

Les autorités de la wilaya de Boumerdès ont accueilli favorablement ce projet, qui devrait générer entre 5 000 et 7 000 emplois directs et indirects. Le wali, Mohamed Bouderbali, a déclaré à la presse locale que « ce port dynamisera l’économie régionale et attirera des industries de transformation ».

Les associations de pêcheurs de la région expriment cependant des inquiétudes. Le président de la coopérative de Cap Djinet, Rachid Meziane, a souligné que « les travaux pourraient perturber les zones de pêche et menacer nos moyens de subsistance ». Des négociations sont en cours pour mettre en place des zones de pêche protégées et des programmes de reconversion professionnelle.

Calendrier et prochaines étapes

Le gouvernement algérien prévoit de lancer l’appel d’offres international d’ici la fin de l’année. Les candidats auront trois mois pour soumettre leurs propositions techniques et financières. La sélection du partenaire stratégique devrait intervenir au premier trimestre 2026, avec un début des travaux prévu pour la mi-2026.

Le Premier ministre, Nadir Larbaoui, a insisté sur la transparence du processus. « Nous appliquerons strictement les critères de sélection définis par la loi sur l’investissement de 2022, qui privilégie les projets créateurs d’emplois et de valeur ajoutée locale », a-t-il déclaré lors d’une réunion du Conseil des ministres.

Implications pour le commerce algérien

Le port d’El Hamdania pourrait réduire les coûts logistiques pour les exportateurs algériens. Actuellement, près de 60 % du commerce extérieur algérien transite par des ports étrangers, notamment Marseille et Valence. Selon une étude de la Banque mondiale, cette dépendance coûte à l’Algérie environ 1,2 milliard de dollars par an en frais de transbordement et de stockage.

Les secteurs des phosphates, des produits agricoles et des matériaux de construction seraient les premiers bénéficiaires. Le groupe Sonatrach envisage déjà d’utiliser le port pour ses exportations de GNL et de produits pétrochimiques, actuellement limitées par les capacités des ports existants.

Concurrence régionale

Le projet algérien entre en compétition directe avec les ports marocains et tunisiens. Tanger Med, premier port africain, traite actuellement 9 millions de conteneurs par an. Le port de Radès en Tunisie, en cours d’extension, vise une capacité de 1 million de conteneurs d’ici 2027.

Les analystes du cabinet Drewry Maritime Advisors estiment que la Méditerranée occidentale pourrait absorber deux à trois grands ports supplémentaires d’ici 2035. « La réussite d’El Hamdania dépendra de sa capacité à attirer les lignes maritimes et à développer des zones logistiques performantes », indique leur dernier rapport.

Perspectives pour les investisseurs

Les entreprises algériennes pourraient tirer parti de ce projet pour développer des activités de sous-traitance. La Fédération algérienne des entreprises (FAE) a identifié plusieurs segments porteurs : la maintenance navale, la logistique portuaire et les services aux armateurs.

Pour les investisseurs étrangers, le port représente une porte d’entrée vers le marché africain. La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), entrée en vigueur en 2021, offre des opportunités pour les entreprises cherchant à s’implanter en Afrique du Nord. La Chine et la France, déjà bien positionnées sur le continent, pourraient utiliser El Hamdania comme base pour leurs opérations africaines.

Rôle des institutions financières

La Banque africaine de développement (BAD) et la Banque européenne d’investissement (BEI) ont exprimé leur intérêt pour le financement partiel du projet. La BAD a proposé un prêt de 500 millions de dollars pour les infrastructures connexes, tandis que la BEI étudie un financement de 300 millions d’euros pour les équipements portuaires.

Le ministre des Finances, Laaziz Faid, a précisé que « l’État algérien prendra en charge 40 % du coût total, le reste étant financé par des partenariats public-privé et des prêts internationaux ». Cette approche vise à limiter l’endettement public tout en garantissant la viabilité économique du projet.

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