—
**L’Algérie en mouvement : un kaléidoscope de contradictions fécondes**
L’Algérie d’aujourd’hui ressemble à ces mosaïques de zellige que Salima Filali s’emploie à dépoussiérer : un assemblage de fragments disparates, où chaque pièce, prise isolément, semble anodine, mais dont la juxtaposition révèle une image d’ensemble à la fois chaotique et porteuse d’une étrange cohérence. Les dix actualités compilées ici dessinent les contours d’un pays en tension entre trois forces majeures : une volonté de modernisation économique, une quête identitaire enracinée dans le passé, et une jeunesse en quête de sens, tiraillée entre l’attrait du local et l’appel du global.
Ce qui frappe d’emblée, c’est l’absence de linéarité. L’Algérie ne suit pas un récit unique, mais superpose des temporalités contradictoires. Elle négocie des partenariats avec les États-Unis pour booster sa filière oléagineuse (un secteur agricole stratégique) tout en restructurant son économie autour du rail – une infrastructure héritée de l’ère coloniale, réinvestie comme symbole de souveraineté industrielle. Elle mise sur l’innovation médicale (IA diagnostique au CHU d’Oran) tout en célébrant des artisans comme Salima Filali, gardienne d’un savoir-faire millénaire. Elle forme des jeunes via le Dispositif d’Aide à l’Insertion Professionnelle (DAIP) tout en laissant prospérer des « sandwicheries » informelles sur les bords d’autoroutes, nouvelles cathédrales d’une économie de survie.
Derrière cette apparente cacophonie se cache une logique systémique : celle d’un État qui tente de concilier impératifs géopolitiques, pressions sociales et héritages historiques, sans toujours y parvenir. L’Algérie est un pays où l’on parle de blockchain pour lutter contre les faux diplômes (en Tunisie voisine) tout en recrutant massivement des jeunes dans la fonction publique – une stratégie de court terme qui rappelle les « emplois-parkings » des années 1980. Un pays où l’on inaugure des autoroutes construites par des entreprises chinoises (dernier tronçon de l’Est-Ouest) tout en laissant des PME locales se débattre dans l’informel.
Cette revue de presse propose d’explorer ces tensions à travers trois prismes : l’économie comme champ de bataille géopolitique, la jeunesse algérienne entre désillusion et réinvention, et l’identité nationale comme enjeu de survie. Car l’Algérie n’est pas seulement un pays en transition – c’est un laboratoire où se jouent, en accéléré, les dilemmes de tout un continent.
—
**1. L’ÉCONOMIE ALGÉRIENNE : ENTRE SOUVERAINETÉ ET DÉPENDANCES INVISIBLES**
**Le rail, ou l’art de recycler l’histoire coloniale**
Mais cette stratégie révèle une contradiction fondamentale : l’Algérie veut diversifier son économie tout en restant prisonnière de ses ressources naturelles. Les partenariats avec les États-Unis sur les oléagineux (huile de tournesol, soja) ou avec la Chine sur les infrastructures ne font que déplacer le curseur de la dépendance, sans la supprimer. Pire : en misant sur le rail pour exporter ses matières premières, l’Algérie reproduit le schéma colonial du « pipeline économique » – extraire, transporter, vendre – sans nécessairement développer une industrie de transformation locale.
**La sécurité alimentaire : un pari risqué sur l’autosuffisance**
Résultat : l’Algérie oscille entre deux modèles – l’autosuffisance rêvée et la dépendance assumée – sans parvenir à trancher. La question n’est pas technique, mais politique : jusqu’où l’État est-il prêt à sacrifier la stabilité sociale (via les subventions) pour une souveraineté alimentaire incertaine ?
**La dette, ce fantôme qui hante les économies africaines**
La vraie question n’est pas de savoir si l’Algérie doit s’endetter, mais pour quoi faire. Endetter pour construire des autoroutes (comme avec la Chine) ou pour former des ingénieurs en IA (comme au CHU d’Oran) ? La réponse déterminera si l’Algérie restera un pays rentier ou deviendra une économie de la connaissance.
—
**2. LA JEUNESSE ALGÉRIENNE : ENTRE EMPLOI-PARKING ET RÉVOLUTION SILICIEUSE**
**Le DAIP, ou l’illusion de l’insertion professionnelle**
Le cas de Stellantis Algérie, qui prépare l’assemblage de véhicules en CKD (Complete Knock Down) à Oran, montre que l’industrie peut créer des emplois qualifiés. Mais ces initiatives restent marginales face à l’ampleur du chômage. La vraie solution ? Désacraliser la fonction publique et encourager les PME, comme le font certaines start-up africaines citées dans les actualités (celles qui aident à formaliser les petites entreprises).
**L’économie informelle : le vrai visage de l’innovation algérienne**
Le paradoxe ? L’État algérien, qui criminalise parfois l’informel, en dépend pour éviter une explosion sociale. La solution ne serait-elle pas de légaliser et encadrer ces initiatives, plutôt que de les réprimer ?
**La diaspora, ce réservoir de compétences sous-exploité**
Pourtant, la diaspora algérienne est un atout majeur :
– Financier : les transferts d’argent représentent près de 2 milliards de dollars par an.
– Intellectuel : des milliers d’ingénieurs, médecins et entrepreneurs algériens travaillent à l’étranger.
– Culturel : elle pourrait servir de pont avec l’Afrique subsaharienne, où l’Algérie cherche à étendre son influence.
—
**3. IDENTITÉ NATIONALE : ENTRE RÉSISTANCE CULTURELLE ET MODERNITÉ IMPOSÉE**
**Le zellige, ou l’art de résister par l’esthétique**
Cette dynamique se retrouve dans d’autres domaines :
– La langue : la promotion du tamazight, désormais langue officielle, face à l’hégémonie de l’arabe et du français.
– La gastronomie : la redécouverte des plats traditionnels (comme la chakhchoukha ou le couscous) dans un contexte de mondialisation alimentaire.
– L’architecture : la réhabilitation des médinas et des ksour, contre l’urbanisme bétonné des années 1970.
Mais cette résistance culturelle