Cette semaine, le ministère des Ressources en Eau et de l’Environnement a officiellement lancé une campagne nationale de sensibilisation au tri sélectif des déchets. L’annonce, relayée par El Watan le 14 octobre 2025, marque une étape concrète dans la mise en œuvre de la Stratégie nationale de gestion des déchets (SNGD) adoptée en 2023. Pour la première fois, l’Algérie déploie une initiative à l’échelle du pays visant à structurer la collecte et le recyclage des ordures ménagères.
Un dispositif progressif dans 12 wilayas pilotes
La campagne cible dans un premier temps 12 wilayas, dont Alger, Oran, Constantine, Annaba et Sétif. Selon les précisions fournies par le ministère, chaque commune concernée recevra des conteneurs distincts pour le verre, le plastique, le papier et les déchets organiques. Les centres de tri, déjà opérationnels dans certaines zones comme Boumerdès et Tipaza, seront étendus à l’ensemble des wilayas pilotes d’ici fin 2026. « L’objectif est de recycler 30 % des déchets ménagers d’ici 2030, contre moins de 5 % actuellement », a déclaré un responsable du ministère à El Watan.
Les autorités misent sur des partenariats avec des entreprises locales pour assurer la logistique. La Société nationale des déchets ménagers (SONADE) a signé des contrats avec des recycleurs privés, comme l’entreprise Eco-Jem à Blida, spécialisée dans la transformation des bouteilles en plastique en granulés réutilisables. « Nous avons besoin d’une filière industrielle intégrée. Le tri à la source est la première étape », explique un cadre de la SONADE.
Sensibilisation et sanctions en préparation
La campagne inclut des ateliers dans les écoles, des spots télévisés et des affiches dans les transports publics. Le ministère a également annoncé la création d’une application mobile, DzTri, pour informer les citoyens sur les points de collecte et les consignes de tri. « Les Algérois recevront des sacs poubelles de couleurs différentes dès novembre », précise un communiqué officiel.
En parallèle, le gouvernement prépare un décret imposant des amendes aux ménages et commerces ne respectant pas les règles de tri. Les montants, encore en discussion, pourraient varier entre 5 000 et 50 000 dinars. « Les sanctions ne sont pas une fin en soi, mais un levier pour changer les comportements », souligne un expert en gestion des déchets interrogé par Liberté.
Des défis logistiques et culturels
Malgré ces avancées, le projet se heurte à plusieurs obstacles. Dans les quartiers informels, comme ceux de Bab Ezzouar ou de Hussein Dey, l’accès aux conteneurs reste limité. « Les camions de collecte ne passent pas dans les ruelles étroites », déplore un habitant de Bourouba. Par ailleurs, la méconnaissance des règles de tri persiste. Une étude menée en 2024 par l’Agence nationale des déchets (AND) révélait que 60 % des Algériens ignoraient la signification des couleurs des poubelles.
Autre enjeu : la corruption dans la gestion des déchets. En 2023, un scandale avait éclaté à Tlemcen, où des employés municipaux étaient accusés de revendre des déchets recyclables à des ferrailleurs. « Il faut un contrôle strict des flux pour éviter les détournements », estime un membre de l’ONG Zéro Déchet Algérie.
Un modèle inspiré de l’étranger
L’Algérie s’inspire de pays comme le Maroc, où le tri sélectif est obligatoire depuis 2020, ou la Tunisie, qui recycle 20 % de ses déchets grâce à des coopératives locales. Le ministère a d’ailleurs signé un accord avec l’Agence française de développement (AFD) pour financer la formation de 500 agents municipaux. « Nous adaptons les bonnes pratiques, mais avec nos réalités », explique un conseiller du ministre.
Les entreprises étrangères montrent aussi un intérêt croissant. Veolia, déjà présente en Algérie via des contrats de gestion de l’eau, a proposé un partenariat pour moderniser les centres de tri. « L’Algérie a un potentiel énorme. Le plastique représente 15 % des déchets, soit 1,2 million de tonnes par an », indique un rapport de la Banque mondiale.
Prochaines étapes
D’ici 2027, le tri sélectif devrait être généralisé à l’ensemble des 58 wilayas. Le gouvernement prévoit également la construction de cinq nouvelles usines de recyclage, dont une à Ghardaïa pour traiter les déchets électroniques. « C’est un projet ambitieux, mais réalisable si les moyens sont mobilisés », analyse un économiste spécialisé dans l’environnement.
Pour les citoyens, l’enjeu est double : participer activement au tri et exiger des infrastructures adaptées. Comme le résume un militant écologiste : « Le succès de cette campagne dépendra de notre capacité à transformer une contrainte en habitude. »