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**L’Algérie, ou l’art de danser sur un volcan éteint (mais toujours chaud)**
L’Algérie contemporaine ressemble à ces fresques murales des années 1970, où le tracteur socialiste côtoie le dromadaire, où le satellite artificiel surplombe la zaouïa. Les actualités de ces dernières semaines dessinent un pays en tension permanente entre trois forces : l’héritage révolutionnaire, la modernisation autoritaire, et les fractures sociales que ni l’une ni l’autre ne parviennent à résorber. Derrière les annonces triomphales (5G, IA, métros étendus) et les célébrations mémorielles (Takfarinas, Othmane Bali), se cache une réalité plus trouble : celle d’un système qui oscille entre surenchère technocratique et nostalgie identitaire, sans jamais trancher.
Cette revue de presse n’est pas un simple inventaire. C’est une radiographie des fils rouges qui relient ces domaines en apparence disjoints : la quête de légitimité d’un État post-Bouteflika, la financiarisation des ressources naturelles, la guerre des récits entre presse officielle et contre-pouvoirs, et l’émergence d’une jeunesse qui refuse de choisir entre le local et le global. Plongeons dans ces contradictions, où chaque domaine éclaire les autres comme les facettes d’un même diamant – brut, imparfait, mais étincelant.
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**1. Le Football, ou l’Algérie comme soft power en kit**
Le football algérien est un miroir grossissant des ambitions et des limites du pays. Trois actualités résument cette schizophrénie :
– Mbappé et Zidane sous le même maillot ? L’hypothèse, lancée par des médias algériens, relève moins du réalisme sportif que d’une stratégie de branding national. Après le fiasco de la CAN 2023, l’Algérie cherche à se repositionner comme une puissance footballistique, non par ses performances, mais par son capital symbolique : Zidane (l’enfant de la diaspora, icône mondiale) et Mbappé (le métis franco-algérien, futur Ballon d’Or) incarnent une Algérie désethnicisée, globalisée, bankable. Le message est clair : « Nous ne sommes pas seulement un pays de pétrole, mais un réservoir de talents planétaires. »
– L’Arabie saoudite et sa chasse aux jeunes talents : Pendant ce temps, les Saoudiens débauchent les meilleurs joueurs algériens (Mahrez, Slimani) avec des salaires indécents. Ce n’est pas qu’une question de sport : c’est une guerre économique et culturelle. L’Arabie, comme le Qatar avant elle, utilise le football pour acheter de la légitimité et détourner l’attention de ses crimes (Yémen, droits humains). L’Algérie, elle, se retrouve dans la position inconfortable du vendeur de matière première humaine – comme elle l’est pour le gaz ou les dattes.
– Riyad Mahrez, du « joueur inconnu » au héros de la Premier League : Son parcours est un conte moderne algérien – celui du gamin de Sarcelles qui réussit à Manchester. Mais c’est aussi une illustration des inégalités : Mahrez est une exception, pas une règle. En Algérie, le football reste un ascenseur social en panne pour 99% des jeunes. Les académies privées (comme celle de Belouizdad) forment des joueurs pour l’export, pas pour le championnat local, où les infrastructures sont vétustes et les salaires misérables.
Fil rouge : Le football algérien est un laboratoire des tensions entre nationalisme sportif, capitalisme prédateur et diaspora. Il révèle une Algérie qui veut exister sur la scène mondiale sans assumer les réformes structurelles qui le permettraient.
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**2. La Presse : Entre Culte du Secret et Guerre des Récits**
La presse algérienne est un champ de bataille où s’affrontent trois forces :
1. L’État et ses relais (comme El Moudjahid ou APS), qui martèlent un récit de stabilité retrouvée (5G, métros, IA) tout en censurant les sujets qui fâchent (chômage, corruption, Sahara Occidental).
2. Les contre-pouvoirs numériques (médias en ligne comme TSA ou Algerie Eco), qui grignotent l’espace médiatique avec des enquêtes sur le narcotrafic (Amine Kessaci) ou les échecs économiques.
3. La diplomatie parallèle (comme dans l’affaire du Polisario à Kampala), où l’Algérie se retrouve isolée après avoir parié sur un soutien inconditionnel au Front Polisario.
Cas d’école : L’affaire Amine Kessaci, ce policier franco-algérien devenu symbole de la lutte contre le narcotrafic. Son histoire est exemplaire :
– Pour l’État algérien, c’est un héros qui incarne la légitimité républicaine face aux trafics.
– Pour les médias indépendants, c’est un alibi : on célèbre un homme seul pour ne pas parler des réseaux mafieux qui gangrènent le pays (notamment dans l’Ouest, où les trafics de cannabis financent des clans politiques).
– Pour la diaspora, c’est une figure de réconciliation – un enfant de l’immigration qui « rentre au pays » pour le servir.
Contradiction majeure : L’Algérie veut contrôler le récit national (via une presse muselée) tout en exportant une image moderne (via des influenceurs, des joueurs de foot, des start-up). Mais cette stratégie se heurte à deux réalités :
– Les réseaux sociaux (Facebook, TikTok) sont devenus des contre-pouvoirs incontrôlables, où les Algériens discutent librement de corruption, de chômage, de répression.
– La diplomatie algérienne est de plus en plus perçue comme rigide (sur le Sahara Occidental, sur la Libye), alors que le Maroc avance ses pions (accords avec Israël, reconnaissance du Sahara par les États-Unis).
Fil rouge : La presse algérienne est le thermomètre d’un régime schizophrène, qui veut à la fois moderniser son image et étouffer toute critique. Le résultat ? Un décalage croissant entre le discours officiel et la réalité vécue par les citoyens.
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**3. L’Industrie et l’Agriculture : Le Piège des Ressources Naturelles**
**L’Industrie : Le Zinc d’Amizour, ou l’éternel retour du "mal hollandais"**
– Le zinc d’Amizour : Le projet d’exploitation (mené par une entreprise chinoise) est controversé car il menace les agriculteurs locaux et les nappes phréatiques. Pourtant, l’État pousse pour une exploitation rapide, au nom de la « souveraineté économique ». Sauf que :
– Les retombées locales seront minimes (peu d’emplois, peu de valeur ajoutée).
– Les Chinois emporteront l’essentiel des profits (comme pour le phosphate de Tébessa).
– L’environnement sera sacrifié (pollution, assèchement des sols).
– Le Mozambique et ses 15% de parts étatiques : L’Algérie observe avec méfiance cette initiative, car elle sait que prendre des parts dans les mines = prendre des risques. Son modèle à elle reste le gaz : on vend la matière première, on ne la transforme pas.
– La « nouvelle ère » minière : Le discours officiel parle de diversification économique, mais dans les faits, l’Algérie reste accro au pétrole (95% des exportations). Les mines ne sont qu’un pansement sur une économie rentière et clientéliste.
**L’Agriculture : Le Lait, ou l’échec de la souveraineté alimentaire**
– Le secteur laitier est un cas d’école de la gabegie algérienne** :
– Subventions mal ciblées : L’État subventionne les grandes laiteries (comme GIPLAIT) plutôt que les petits éleveurs.
– Corruption : Les quotas d’importation sont monnayés par des intermédiaires proches du pouvoir.
– Manque d’investissement : Les fermes modernes sont rares, les techniques archaïques dominent.
– La poudre de lait européenne : L’Algérie est vulnérable aux fluctuations des cours mondiaux. Quand les prix montent (comme en 2022), le pays panique et achète à n’importe quel prix. Quand ils baissent, les éleveurs locaux font faillite.
Fil rouge : L’Algérie est prisonnière de son modèle rentier. Elle vend ses ressources brutes (gaz, minerais, dattes) sans les transformer, et importe des produits finis (lait, médicaments, voitures). Résultat : une économie fragile, dépendante, et inégalitaire.
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**4. Traditions et Modernité : La Guerre des Imaginaires**
L’Algérie est un pays où l’on enterre un chanteur touareg (Othmane Bali) en même temps qu’on inaugure un hôpital high-tech (CHU d’Oran). Cette coexistence entre tradition et modernité n’est pas un hasard : c’est une stratégie politique.
**La Musique comme Résistance Culturelle**
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