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**L’ALGÉRIE, MIROIR BRISÉ D’UNE MODERNITÉ EN QUÊTE DE SENS**
L’Algérie contemporaine se débat dans une tension permanente entre trois forces : l’héritage d’un passé glorifié mais encombrant, les impératifs d’une modernisation technocratique souvent désincarnée, et les aspirations d’une jeunesse en quête de repères. Les actualités de ces dernières semaines, aussi disparates qu’elles puissent paraître, dessinent en creux le portrait d’un pays où chaque domaine d’activité devient un champ de bataille symbolique. Ici, la mémoire et l’innovation s’affrontent comme deux courants contraires dans un même fleuve. Ici, l’État, les élites et les marges populaires jouent une partie d’échecs dont les règles changent en permanence.
Ce qui frappe d’emblée, c’est l’absence de récit unificateur. L’Algérie n’a plus de grand mythe mobilisateur – l’indépendance est un souvenir lointain, le socialisme un slogan vidé de sa substance, l’islam politique une menace contenue mais jamais éradiquée. À la place, une mosaïque de micro-récits : la lutte contre le narcotrafic, la réhabilitation des médinas, la cybersécurité, la musique touarègue, les accords d’Évian revisités… Chacun de ces fragments raconte une Algérie différente, parfois contradictoire. Pourtant, sous cette apparente fragmentation, des lignes de force émergent : une volonté de souveraineté tous azimuts, une obsession pour le contrôle des récits, et une peur viscérale de l’effritement social.
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**SOUVERAINETÉ : LE NOUVEAU MOT D’ORDRE, ENTRE AUTONOMIE ET PARANOÏA**
**1. L’État algérien, architecte d’une forteresse numérique et mémorielle**
Aujourd’hui, le verrouillage prend une forme plus subtile : contrôle des flux d’information plutôt que censure brute. Le cas de Fianso et son film « Barbès, little Algérie » est révélateur. Diffusé sur Netflix, ce long-métrage met en scène la diaspora algérienne de Paris, avec ses trafics, ses rêves brisés et ses solidarités. Une vision crue, loin des clichés touristiques ou des récits officiels. Pourtant, l’Algérie ne l’interdit pas – elle le tolère, comme elle tolère les critiques modérées dans la presse locale, à condition qu’elles ne remettent pas en cause les fondements du système. La souveraineté, ici, passe par une forme de soft power culturel : laisser circuler les récits, mais en encadrer les limites.
Cette logique se retrouve dans la protection du patrimoine manuscrit algérien, évoquée par la ministre de la Culture Malika Bendouda. Les manuscrits, souvent liés à l’islam soufi ou aux sciences médiévales, sont à la fois un trésor national et une arme idéologique. En les institutionnalisant, l’État algérien se pose en gardien de la mémoire, mais aussi en filtre : qui décide quels textes méritent d’être préservés ? Quels savoirs sont « dangereux » ? La même question se pose pour l’archéologie, avec la création de deux structures stratégiques sous l’égide de la Présidence. Le passé n’est pas un musée : c’est un champ de bataille.
**2. L’énergie, ou comment transformer la malédiction des hydrocarbures en bénédiction verte**
Pourtant, cette transition bute sur deux écueils :
– L’endettement public, pointé par Jézabel Couppey-Soubeyran. Comment financer les énergies renouvelables quand la dette extérieure frôle les 50% du PIB ? L’Algérie, contrairement au Maroc, n’a pas osé s’endetter massivement pour ses mégaprojets solaires. Elle préfère jouer la prudence, au risque de prendre du retard.
– La dépendance aux hydrocarbures, qui structure encore 90% des exportations. Le Fonds Chaleur, évoqué dans le bilan 2023 de l’ADEME, montre que des alternatives existent (biomasse, géothermie), mais elles restent marginales. La transition énergétique algérienne est une équation à trois inconnues : écologie, économie, et stabilité sociale.
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**MÉMOIRE ET IDENTITÉ : L’ALGÉRIE ENTRE RÉHABILITATION ET RÉVISIONNISME**
**1. Les fantômes des accords d’Évian et la diplomatie des ombres**
La diplomatie algérienne joue un double jeu :
– Officiellement, elle cherche à normaliser les relations avec Paris, comme en témoigne la visite (imaginaire ?) du « Pape Léon XIV » évoquée par Malika Bendouda – clin d’œil à Saint-Augustin, figure commune aux deux pays.
– Dans l’ombre, elle entretient des réseaux parallèles, comme le suggère l’article sur la « diplomatie parallèle » en Ouganda. L’Algérie n’a pas renoncé à son rôle de puissance régionale, mais elle le fait désormais en coulisses, loin des projecteurs.
**2. L’archéologie et l’urbanisme : réécrire l’histoire par la pierre**
– Imedghassen, ce tombeau numide vieux de 2 500 ans, est présenté comme le « premier monument royal d’Algérie ». Une façon de rappeler que l’histoire algérienne ne commence pas avec l’islam, ni avec la colonisation française, mais avec un royaume berbère indépendant.
– Oscar Niemeyer, l’architecte brésilien qui a dessiné l’université de Constantine, incarne une autre facette de cette réappropriation : le modernisme comme outil de souveraineté. Son « aventure algérienne » (1969-1974) coïncide avec l’ère Boumediene, où l’Algérie se voulait le leader du tiers-monde. Aujourd’hui, la réhabilitation de ses bâtiments est un message : l’Algérie n’a pas peur de la modernité, à condition qu’elle serve le récit national.
Même logique pour Mostaganem et son tourisme écologique. La ville, autrefois port de pêche modeste, se rêve en capitale verte. Le développement durable n’est pas qu’une question environnementale : c’est une stratégie de soft power, pour attirer les investisseurs et redorer l’image du pays.
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**LES MARGES QUI PARLENT : FEMMES, JEUNESSE ET DIASPORA**
**1. Les femmes algériennes, entre avancées légales et résistance culturelle**
Pourtant, deux signaux faibles indiquent un changement :
– La transparence salariale, évoquée dans un article sur la France, commence à être discutée en Algérie. Les jeunes diplômées, de plus en plus nombreuses, refusent de se contenter des miettes du marché du travail.
– Les figures comme Amine Kessaci, fils de l’immigration devenu symbole de la lutte contre le narcotrafic, montrent que la jeunesse algérienne, en France comme en Algérie, cherche des modèles alternatifs. Kessaci incarne une forme de républicanisme algérien : ni islamiste, ni corrompu, ni nostalgique du FLN.
**2. La musique traditionnelle, dernier rempart contre l’uniformisation culturelle**
– La musique comme thérapie : chez les Touaregs, elle sert à soigner les maladies liées aux esprits (les kel essouf). Une pratique qui rappelle que la modernité médicale n’a pas éradiqué les savoirs traditionnels.
– Takfarinas et la fête de l’indépendance : ce chanteur kabyle, connu pour ses textes engagés, est invité à célébrer le 5 juillet. L’État algérien, qui a longtemps réprimé les revendications berbères, tente aujourd’hui de les intégrer – du moins symboliquement.
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**SYNTHÈSE PROSPECTIVE : L’ALGÉRIE À LA CROISÉE DES CHEMINS**
L’Algérie de 2024 est un pays en équilibre instable.