Alger et Rabat transforment la Méditerranée en terrain d’affrontement diplomatique, plaçant Rome dans une position inconfortable. Cette semaine, le magazine Courrier international révèle que l’Italie, traditionnellement proche des deux pays, subit les conséquences d’un équilibre rompu. Les tensions entre l’Algérie et le Maroc, exacerbées par la question du Sahara occidental et la course aux alliances énergétiques, contraignent le gouvernement italien à naviguer entre deux feux.
Rome coincée par les contrats gaziers
Selon Courrier international, les autorités italiennes évitent soigneusement toute prise de position sur le Sahara occidental, sujet de discorde entre Alger et Rabat. Pourtant, les pressions s’accentuent. En 2023, le Maroc a menacé de revoir ses partenariats avec les pays européens soutenant l’autodétermination du Sahara, une position défendue par l’Algérie. Rome, qui a toujours adopté une ligne neutre, se retrouve désormais sommée de clarifier sa position.
La diplomatie italienne en quête de solutions
Les entreprises italiennes paient le prix de cette tension. ENI, qui opère en Algérie depuis les années 1980, a vu certains de ses projets au Maroc gelés. À l’inverse, des sociétés marocaines ont reporté des investissements en Italie, invoquant un manque de soutien politique. « L’Italie ne peut pas se permettre de perdre l’un ou l’autre de ses partenaires », confie un diplomate italien sous couvert d’anonymat à Courrier international.
Alger et Rabat durcissent leurs positions
De son côté, le Maroc multiplie les gestes pour isoler l’Algérie. En avril 2026, Rabat a obtenu le soutien de la Ligue arabe pour son plan d’autonomie, une première depuis des années. Le roi Mohammed VI a également renforcé les liens avec la France et les États-Unis, deux alliés traditionnels de l’Algérie, compliquant davantage la position italienne.
L’Italie cherche une issue
En Algérie, les autorités insistent sur la nécessité de respecter le droit international. « L’Italie doit comprendre que la stabilité en Méditerranée passe par le respect des résolutions de l’ONU », a déclaré un haut responsable du ministère des Affaires étrangères à l’APS. À Rabat, on exige une position claire : « La neutralité n’est plus une option », a affirmé un conseiller du palais royal au Financial Times.
Les enjeux économiques en jeu
Les deux pays nord-africains savent jouer de leur poids économique. En 2025, l’Algérie a menacé de réduire ses exportations de gaz vers l’Europe si les pays du continent soutenaient le Maroc sur le Sahara. Une menace prise au sérieux à Rome, où le gouvernement craint une nouvelle crise énergétique.
Une équation impossible pour Rome
Pour l’Algérie, cette crise est une opportunité de renforcer son influence en Méditerranée. En maintenant la pression sur l’Italie, Alger envoie un message clair : toute tentative de rapprochement avec Rabat sera perçue comme une trahison. À l’inverse, le Maroc mise sur son alliance avec les États-Unis et la France pour affaiblir la position algérienne.
Vers une escalade ou une désescalade ?
Pour l’Algérie, la priorité reste la défense de la cause sahraouie, quitte à isoler diplomatiquement le Maroc. À Rabat, on mise sur la patience : « L’Italie finira par comprendre que le Maroc est un partenaire incontournable », confie un diplomate marocain à Jeune Afrique.
Dans ce jeu d’échecs méditerranéen, l’Italie n’a pas encore trouvé sa case. Et le temps presse.