Zerhouni place la recherche au cœur du projet algérien

Le professeur Elias Zerhouni a rappelé récemment à Oran que la recherche scientifique constitue l’axe central du développement de l’Algérie. Invité à une conférence organisée par l’université d’Oran, l’ancien directeur des National Institutes of Health (NIH) aux États-Unis a souligné que le pays dispose des ressources humaines et financières pour devenir un acteur scientifique régional. Selon El Watan, qui a couvert l’événement, Zerhouni a insisté sur la nécessité de structurer un écosystème national capable de transformer les idées en innovations industrielles.

Zerhouni, qui a dirigé la recherche médicale américaine pendant huit ans, a cité l’exemple des biotechnologies et des énergies renouvelables comme secteurs prioritaires. Il a évoqué le potentiel des jeunes chercheurs algériens, souvent formés à l’étranger, et la nécessité de les retenir en Algérie. « Nous avons les compétences, mais il faut leur offrir des laboratoires modernes, des budgets stables et une autonomie de gestion », a-t-il déclaré. Le scientifique a également plaidé pour une collaboration renforcée entre les universités, les centres de recherche comme le Centre de Développement des Technologies Avancées (CDTA) et les entreprises publiques telles que SONATRACH ou SAIDAL.

Le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique a annoncé en parallèle une série de mesures pour soutenir cette vision. Parmi elles, la création de cinq nouveaux pôles d’excellence dans les domaines de l’intelligence artificielle, des énergies propres et de la pharmacologie. Ces pôles, prévus pour être opérationnels d’ici 2026, bénéficieront d’un financement de 20 milliards de dinars, selon une source proche du ministère. Zerhouni a salué cette initiative, tout en rappelant que « l’argent seul ne suffit pas : il faut une gouvernance transparente et des évaluations régulières pour éviter les gaspillages ».

L’intervention de Zerhouni intervient dans un contexte où l’Algérie cherche à diversifier son économie, encore largement dépendante des hydrocarbures. Le plan national de recherche 2020-2030, lancé sous la présidence d’Abdelmadjid Tebboune, fixe des objectifs ambitieux : porter la part de la recherche et développement (R&D) à 1,5 % du PIB d’ici 2030, contre 0,5 % actuellement. Pour y parvenir, le gouvernement mise sur des partenariats public-privé, comme celui signé en février 2025 entre Stellantis et l’École Nationale Polytechnique (ENP). Ce partenariat, rapporté par MotorsActu, vise à former des ingénieurs spécialisés dans les véhicules électriques et à développer des prototypes adaptés au marché local.

Cependant, des défis persistent. Les chercheurs algériens pointent régulièrement le manque de moyens matériels et la lenteur des procédures administratives. Une enquête menée en 2024 par le Syndicat National des Enseignants du Supérieur (SNES) révélait que 60 % des laboratoires universitaires fonctionnaient avec des équipements obsolètes. Zerhouni a reconnu ces obstacles, mais a appelé à une « révolution culturelle » dans la gestion de la recherche. « Il faut passer d’une logique de subventions à une logique de projets, avec des appels d’offres compétitifs et des résultats mesurables », a-t-il expliqué.

Sur le plan international, l’Algérie multiplie les collaborations pour accélérer son rattrapage scientifique. En janvier 2025, une délégation tunisienne a visité Alger pour explorer des partenariats dans les technologies de l’information, selon We are Tech. Zerhouni a encouragé ces échanges, tout en mettant en garde contre une dépendance excessive aux transferts de technologie. « Nous devons maîtriser les chaînes de valeur, pas seulement importer des solutions clés en main », a-t-il souligné.

Le message de Zerhouni résonne particulièrement auprès des jeunes diplômés. À l’université d’Oran, où il a pris la parole, des étudiants en master de physique et de chimie ont exprimé leur volonté de contribuer à des projets concrets. « Nous voulons travailler sur des sujets qui ont un impact direct, comme le dessalement de l’eau ou les batteries solaires », a déclaré Amina, 23 ans, étudiante en génie des matériaux. Zerhouni a salué cette dynamique, rappelant que « la science doit servir la société, pas rester confinée dans les publications ».

L’Algérie compte aujourd’hui environ 30 000 chercheurs, selon les chiffres du ministère de l’Enseignement supérieur. Un nombre encore insuffisant pour atteindre les standards des pays émergents, mais en progression constante. Le pays a également enregistré une hausse de 15 % des publications scientifiques indexées entre 2020 et 2024, d’après le rapport Scimago. Zerhouni a appelé à amplifier cette tendance, en ciblant des domaines où l’Algérie peut se différencier, comme l’agronomie saharienne ou la médecine tropicale.

Pour concrétiser cette ambition, le gouvernement a lancé en 2024 le programme « Start-up Nation », qui vise à financer 500 projets innovants d’ici 2027. Les secteurs prioritaires incluent les technologies vertes, la santé numérique et l’industrie 4.0. Zerhouni a insisté sur l’importance de lier ces initiatives aux besoins du marché. « Une start-up qui ne répond pas à une demande réelle ne survivra pas. Il faut des incubateurs solides et des liens étroits avec les industriels », a-t-il précisé.

La conférence de Zerhouni à Oran a également mis en lumière le rôle des diasporas scientifiques. Plusieurs chercheurs algériens expatriés, comme le physicien Noureddine Melikechi, basé aux États-Unis, ont été cités en exemple. Zerhouni a appelé à un « pont permanent » entre ces compétences et les institutions algériennes. « Nous devons créer un statut de chercheur invité, avec des facilités pour ceux qui veulent revenir ponctuellement ou définitivement », a-t-il proposé.

En conclusion de son intervention, Zerhouni a rappelé que la recherche scientifique n’est pas une dépense, mais un investissement. « Chaque dinar consacré à la R&D rapporte trois dinars à moyen terme. C’est une équation simple, mais encore trop peu comprise », a-t-il déclaré. Son plaidoyer rejoint les orientations du président Tebboune, qui a fait de l’innovation un pilier de son programme de relance économique. Reste à savoir si les promesses se traduiront par des actes concrets, dans un pays où les réformes peinent parfois à suivre le rythme des discours.

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