Algérie supprime le cursus français dans les écoles privées

Le ministère de l’Éducation nationale a confirmé cette semaine la fin de l’enseignement du cursus français dans les établissements scolaires privés en Algérie. Cette décision, annoncée initialement en octobre 2023 par le quotidien Libération, s’applique désormais à l’ensemble du territoire national, selon des sources officielles contactées par El Watan et L’Expression.

Un cadre légal renforcé
La mesure s’inscrit dans le cadre de la loi n°22-18 du 12 décembre 2022, qui encadre strictement les programmes scolaires en Algérie. Le texte impose aux écoles privées d’adopter exclusivement les programmes nationaux, alignés sur les directives du ministère. « Les établissements privés doivent désormais se conformer aux mêmes référentiels que les écoles publiques, sans exception », a déclaré un responsable du ministère à l’Agence Presse Service (APS). Les écoles concernées avaient jusqu’à la rentrée scolaire 2024-2025 pour se mettre en conformité.

Réactions des acteurs du secteur
Les directeurs d’écoles privées, notamment ceux des établissements francophones, ont exprimé des réserves. « Cette décision complique notre modèle éducatif, surtout pour les familles qui souhaitent une double compétence linguistique », a confié un responsable d’un lycée privé à Alger, sous couvert d’anonymat. Plusieurs parents interrogés par Tout sur l’Algérie estiment que la mesure limite les choix éducatifs, notamment pour les élèves visant des études supérieures en France ou au Canada.

Cependant, les autorités défendent une approche souverainiste. « L’Algérie a le droit de définir ses propres standards éducatifs. Le français reste enseigné comme langue étrangère, mais il ne peut plus être le socle d’un cursus parallèle », a souligné le ministre de l’Éducation nationale, Abdelhakim Belabed, lors d’une intervention à la Radio nationale.

Impact sur les familles et les élèves
La suppression du cursus français touche environ 120 000 élèves scolarisés dans les écoles privées, selon les estimations de l’Office national des statistiques (ONS). Certaines familles envisagent désormais des solutions alternatives, comme les cours de soutien en ligne ou les échanges linguistiques. « Nous avons dû inscrire nos enfants dans une école publique algérienne, mais nous maintenons des cours de français en dehors du système scolaire », explique une mère de famille résidant à Oran.

Les écoles privées, quant à elles, adaptent leurs offres. Plusieurs établissements proposent désormais des programmes bilingues (arabe-français) ou des sections internationales en anglais, conformément aux nouvelles règles. « Nous avons renforcé l’enseignement de l’anglais et des matières scientifiques en arabe pour répondre à la demande », indique un directeur d’école à Constantine.

Un débat linguistique récurrent
Cette décision relance le débat sur la place du français en Algérie. Si la langue reste largement utilisée dans les médias, l’administration et les milieux professionnels, son enseignement a été progressivement réduit ces dernières années. En 2020, le ministère de l’Éducation avait déjà supprimé le français comme langue d’enseignement des matières scientifiques au primaire, au profit de l’arabe.

Pour les défenseurs de la mesure, il s’agit d’une étape nécessaire pour renforcer l’identité nationale. « L’Algérie doit former des citoyens algériens, pas des élèves formatés selon des standards étrangers », affirme un enseignant à l’université d’Alger. À l’inverse, certains universitaires, comme ceux de l’Institut des Lettres et des Langues de Mila, soulignent les risques d’isolement culturel. « Une langue n’est pas seulement un outil, c’est aussi une ouverture sur le monde », rappelle un mémoire publié en avril 2024 par l’université de Mila.

Perspectives pour les écoles privées
Les établissements privés doivent désormais se recentrer sur les programmes algériens, avec la possibilité d’ajouter des modules complémentaires, comme l’anglais ou les technologies de l’information. « Le ministère encourage les écoles privées à innover dans le cadre des programmes nationaux, notamment en intégrant les TIC », précise un rapport de l’ASJP publié en avril 2025.

Certains acteurs du secteur éducatif voient dans cette réforme une opportunité. « C’est l’occasion de repenser notre système éducatif pour le rendre plus compétitif, tout en respectant notre souveraineté », estime un expert en pédagogie interrogé par Algerie Eco. Des partenariats avec des entreprises locales, comme celui signé en mai 2024 entre Henkel Algérie et l’École supérieure algérienne des affaires (ESAA), pourraient aussi offrir de nouvelles voies d’insertion professionnelle aux élèves.

Prochaines étapes
Le ministère de l’Éducation nationale a annoncé des contrôles renforcés pour vérifier la conformité des écoles privées. « Les inspections seront systématiques, et les établissements qui ne respectent pas les directives s’exposent à des sanctions, voire à une fermeture », avertit un communiqué officiel. Par ailleurs, un groupe de travail a été mis en place pour évaluer l’impact de la réforme sur les élèves et proposer des ajustements si nécessaire.

Cette mesure s’inscrit dans une dynamique plus large de révision des programmes scolaires, comme en témoignent les changements annoncés pour la rentrée 2024-2025 par El Watan. Parmi les nouveautés : l’introduction de l’histoire de la révolution algérienne dès le primaire et le renforcement de l’enseignement des sciences en arabe. « L’objectif est de former des générations fières de leur histoire et compétentes dans les matières clés », résume Abdelhakim Belabed.

Pour les familles et les écoles, l’enjeu est désormais de s’adapter à ce nouveau cadre, tout en préservant la qualité de l’enseignement. Une équation complexe, mais qui pourrait, à terme, redéfinir le paysage éducatif algérien.

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