Le sénateur français Bruno Retailleau, président du groupe Les Républicains au Sénat, est accusé par des sources patronales françaises d’avoir fait perdre des centaines de millions d’euros à des entreprises tricolores en Algérie. Selon un article publié récemment par DIA Algérie, ses prises de position hostiles envers Alger auraient poussé les autorités algériennes à geler ou retarder plusieurs projets d’investissement franco-algériens. Une situation qui aggrave les tensions entre les deux pays, déjà fragilisées par les divergences sur les questions migratoires et mémorielles.
Des contrats suspendus, des opportunités perdues
D’après DIA Algérie, qui cite des responsables d’entreprises françaises implantées en Algérie, plusieurs dossiers d’investissement ont été bloqués depuis le début de l’année 2025. Parmi les secteurs touchés figurent l’énergie, les infrastructures et les technologies. Un dirigeant d’une filiale algérienne d’un groupe français du CAC 40 a confié sous couvert d’anonymat que « les discussions avec les ministères algériens sont devenues plus lentes, voire inexistantes ». Il précise que « certains appels d’offres, où nous étions favoris, ont été attribués à des concurrents turcs ou chinois ».
Le montant des pertes est estimé à plusieurs centaines de millions d’euros, selon les mêmes sources. Parmi les projets concernés, un contrat de modernisation d’une centrale électrique dans l’Est du pays, initialement prévu pour être attribué à une entreprise française, aurait été reporté sine die. Un autre dossier, portant sur la construction d’un complexe hospitalier à Oran, aurait été confié à un consortium turc après des mois de négociations infructueuses avec des partenaires français.
Retailleau, cible des critiques en Algérie et en France
Bruno Retailleau est devenu une figure controversée dans les relations franco-algériennes. En mars 2025, il avait demandé la remise en cause des accords migratoires entre les deux pays, qualifiant l’Algérie de « pays qui ne joue pas le jeu » dans la lutte contre l’immigration irrégulière. Ses déclarations avaient provoqué une réaction ferme d’Alger, qui avait convoqué l’ambassadeur de France pour protester contre ce qu’elle considérait comme une « ingérence inacceptable ».
En France, certains milieux économiques ont également critiqué les positions du sénateur. Un responsable de la Chambre de commerce franco-algérienne (CCFA) a déclaré à DIA Algérie que « les déclarations politiques ne devraient pas pénaliser les entreprises, qui sont les premières victimes de ces tensions ». Il a ajouté que « les investisseurs français en Algérie sont déjà confrontés à un environnement complexe, et ce genre de polémiques ne fait qu’aggraver les choses ».
Alger mise sur d’autres partenaires
Face à ces blocages, les autorités algériennes semblent se tourner vers d’autres partenaires internationaux. Ces derniers mois, plusieurs accords ont été signés avec des entreprises turques, chinoises et russes, notamment dans les secteurs de l’énergie et des infrastructures. Un responsable du ministère algérien de l’Industrie a récemment déclaré à l’APS que « l’Algérie reste ouverte aux investissements étrangers, mais dans le respect de sa souveraineté et de ses intérêts stratégiques ».
Cette réorientation s’inscrit dans une stratégie plus large de diversification des partenariats économiques, déjà observable depuis plusieurs années. En 2024, la Chine est devenue le premier fournisseur de l’Algérie, devant la France, tandis que la Turquie a renforcé sa présence dans les secteurs du BTP et de la défense.
La coopération sécuritaire, seul domaine préservé
Malgré ces tensions économiques, la coopération sécuritaire entre la France et l’Algérie reste active. En février 2026, le secrétaire d’État français à l’Intérieur, Laurent Nuñez, a annoncé la relance d’une « coopération sécuritaire de très haut niveau » entre les deux pays. Selon Le Monde, cette collaboration porte notamment sur la lutte contre le terrorisme et la criminalité organisée, avec des échanges réguliers entre les services de renseignement.
Cette exception sécuritaire contraste avec les difficultés rencontrées dans les autres domaines. Un diplomate français en poste à Alger a confié sous anonymat que « les relations franco-algériennes sont entrées dans une phase de méfiance mutuelle, où chaque geste est interprété comme une provocation ». Il a ajouté que « la France doit faire preuve de prudence si elle veut préserver ses intérêts économiques en Algérie ».
Les entreprises françaises cherchent des solutions
Face à ces obstacles, certaines entreprises françaises tentent de s’adapter. Plusieurs groupes ont choisi de renforcer leurs partenariats avec des acteurs locaux pour contourner les blocages administratifs. D’autres misent sur des projets dans des secteurs moins sensibles, comme les énergies renouvelables ou l’agroalimentaire, où la concurrence internationale est moins forte.
Un responsable d’une PME française spécialisée dans les énergies vertes a expliqué à DIA Algérie que « les autorités algériennes restent ouvertes aux projets qui correspondent à leurs priorités, comme la transition énergétique ». Il a ajouté que « les entreprises qui proposent des solutions concrètes et respectueuses des règles locales ont encore des opportunités ».
Un climat politique tendu
Les relations entre Paris et Alger sont également affectées par des divergences politiques et mémorielles. En 2024, la question de la restitution des archives coloniales et des biens culturels avait déjà provoqué des tensions. Plus récemment, les déclarations de Bruno Retailleau sur les accords migratoires ont ravivé les polémiques.
Du côté algérien, le président Abdelmadjid Tebboune a rappelé à plusieurs reprises que « les relations avec la France doivent être fondées sur le respect mutuel et la non-ingérence ». Lors d’un discours en avril 2025, il avait souligné que « l’Algérie ne tolérera aucune atteinte à sa souveraineté, qu’elle soit politique ou économique ».
Vers une reprise des échanges ?
Malgré ce contexte difficile, certains observateurs estiment qu’une reprise du dialogue est possible. Un expert en relations internationales, interrogé par TSA, a déclaré que « les deux pays ont intérêt à surmonter leurs différends, car leurs économies sont complémentaires ». Il a ajouté que « la France reste un partenaire historique de l’Algérie, et les entreprises françaises ont encore un rôle à jouer dans le développement du pays ».
Pour l’instant, aucune rencontre officielle n’est prévue entre les dirigeants des deux pays. Cependant, des contacts discrets entre diplomates et hommes d’affaires pourraient permettre de désamorcer certaines tensions. En attendant, les entreprises françaises en Algérie continuent de naviguer dans un environnement incertain, où les décisions politiques pèsent lourdement sur leurs activités.