L’Algérie devient un hub industriel pour le géant automobile Stellantis. Samir Cherfan, directeur des opérations pour la région MENA et Afrique du groupe, a déclaré récemment que l’avenir de l’industrie automobile dans le pays était « radieux ». Ses propos, rapportés par El Moudjahid, confirment l’engagement du constructeur à développer ses activités locales, notamment à travers son usine de Rouïba, en partenariat avec l’État algérien.
L’usine de Rouïba, opérationnelle depuis 2014, produit actuellement des modèles comme la Peugeot 208 et la Citroën C3. Selon Cherfan, Stellantis prévoit d’augmenter sa capacité de production et d’élargir sa gamme de véhicules assemblés en Algérie. Le groupe, issu de la fusion entre PSA et Fiat Chrysler, mise sur le marché local et les exportations vers l’Afrique pour justifier cet investissement. « L’Algérie dispose d’un potentiel énorme, avec une demande intérieure croissante et une position géographique stratégique pour desservir le continent », a-t-il souligné.
Le gouvernement algérien, de son côté, encourage cette dynamique. Le ministre de l’Industrie, Ahmed Zeghdar, a rappelé en avril 2025 que le secteur automobile figurait parmi les priorités du plan de relance économique. Les autorités ont d’ailleurs assoupli certaines réglementations pour attirer les investisseurs étrangers, comme la réduction des taxes sur les pièces détachées importées et l’octroi de terrains à des conditions préférentielles.
Malgré ces avancées, des défis persistent. Les professionnels du secteur pointent du doigt la dépendance aux pièces importées, qui représente près de 70 % des coûts de production. « Pour que l’industrie automobile algérienne soit compétitive, il faut développer une filière locale de sous-traitance », explique un expert interrogé par TSA. Stellantis travaille déjà avec des fournisseurs locaux, mais leur nombre reste limité.
Sur le plan social, l’usine de Rouïba emploie plus de 1 200 personnes, selon les chiffres communiqués par le groupe. Stellantis prévoit d’embaucher 300 salariés supplémentaires d’ici 2026, dans le cadre de son plan d’expansion. Ces recrutements ciblent des profils techniques, notamment des ingénieurs et des ouvriers spécialisés, formés en partie dans les centres de formation professionnelle algériens.
Les retombées économiques de ce projet dépassent le cadre de l’emploi. L’Algérie espère réduire ses importations de véhicules, qui ont coûté plus de 2 milliards de dollars en 2024, selon les douanes algériennes. En produisant localement, le pays pourrait économiser des devises et stimuler d’autres secteurs, comme la métallurgie et la plasturgie.
Les ambitions de Stellantis en Algérie s’inscrivent dans une stratégie plus large de développement en Afrique. Le groupe a déjà annoncé des projets similaires au Maroc et en Égypte, mais l’Algérie reste un marché clé en raison de sa taille et de son potentiel. « Nous croyons en ce pays. Les infrastructures sont là, la main-d’œuvre est qualifiée, et la demande est forte », a insisté Cherfan.
Pourtant, certains observateurs restent prudents. Le marché automobile algérien reste dominé par les véhicules d’occasion, qui représentent encore 60 % des ventes. « Il faut un changement des mentalités et des politiques incitatives pour que les Algériens privilégient les voitures neuves produites localement », estime un analyste économique.
Le partenariat entre Stellantis et l’Algérie pourrait aussi servir de modèle pour d’autres secteurs. Le gouvernement mise sur des alliances similaires dans les énergies renouvelables, l’agroalimentaire et les technologies. Si le projet automobile réussit, il pourrait attirer d’autres investisseurs internationaux et accélérer la diversification de l’économie algérienne, encore largement dépendante des hydrocarbures.
En attendant, les Algériens devraient voir de nouveaux modèles sortir des chaînes de production de Rouïba dans les mois à venir. Stellantis a déjà annoncé le lancement prochain de la Peugeot 2008 et de la Fiat Tipo, deux véhicules adaptés aux attentes du marché local. Ces modèles, assemblés en Algérie, devraient être commercialisés à des prix compétitifs, avec des garanties étendues pour rassurer les consommateurs.
L’Algérie, longtemps perçue comme un simple marché de consommation, se positionne désormais comme une plateforme de production régionale. Si les promesses de Stellantis se concrétisent, le pays pourrait bien devenir un acteur incontournable de l’industrie automobile en Afrique du Nord.