Revue de presse : Arts Algérie, Transition énergétique Algérie, Archéologie Algérie…

**L’Algérie à l’épreuve de ses propres mythes**

Ce qui frappe d’emblée, c’est l’absence de fil conducteur apparent. D’un côté, des signaux de modernisation (transition énergétique, numérisation des universités, investissements étrangers) ; de l’autre, des reculs autoritaires (arrestation de Boualem Sansal) et des dépendances stratégiques (dépendance aux hydrocarbures, flirt avec la Russie). Pourtant, ces contradictions ne sont pas le fruit du hasard. Elles révèlent une société en tension entre trois forces : l’État rentier, qui cherche à perpétuer son modèle en achetant la paix sociale ; les élites technocratiques, qui misent sur les réformes pour éviter l’effondrement ; et les contre-pouvoirs culturels et intellectuels, qui tentent de briser l’étouffoir.

**Le silence et la censure : l’art comme champ de bataille**

Cette répression culturelle contraste avec les découvertes archéologiques récentes, comme ce jeu de plateau médiéval trouvé dans un hammam marocain. L’archéologie, en Algérie, est un champ miné : elle doit à la fois célébrer le passé préislamique (comme les vestiges romains de Timgad) et éviter de froisser les sensibilités religieuses. Le culte du Bœuf, évoqué dans les recherches sur l’Alcéphale, renvoie à des pratiques païennes que l’islam officiel a toujours cherché à effacer. L’Algérie est-elle prête à assumer son pluralisme historique, ou préfère-t-elle une histoire monolithique, expurgée de ses contradictions ?

La réponse se trouve peut-être dans le traitement réservé aux arts. Si Sansal est muselé, d’autres formes de résistance émergent : le street art à Alger, les collectifs de cinéma indépendant, ou même la musique chaâbi, qui continue de porter les doléances populaires. L’art algérien, aujourd’hui, est un baromètre de la santé démocratique du pays.

**Énergie et dépendance : le piège des hydrocarbures**

Les annonces récentes – investissements émiratis, priorité donnée à la transition dans les télécoms, contrats avec Pertamina pour le transport des hydrocarbures – révèlent une stratégie en trois temps :
1. Maximiser les revenus des hydrocarbures (en signant des contrats avec l’Indonésie ou en attirant les capitaux du Golfe).
2. Diversifier les sources de revenus (via les énergies renouvelables et la numérisation).
3. Éviter les réformes structurelles (comme la fin des subventions énergétiques, politiquement explosives).

Le problème ? Cette approche est intenable. Les Émirats, qui investissent massivement au Maghreb, ne le font pas par philanthropie : ils cherchent à sécuriser leur approvisionnement énergétique et à étendre leur influence. Quant à la transition énergétique, elle reste un vœu pieux tant que l’Algérie n’aura pas rompu avec sa rente pétrolière. Le pays est en train de reproduire le schéma vénézuélien : une économie de rente qui s’effondre lentement, sans alternative crédible.

**Diplomatie algérienne : entre panafricanisme et realpolitik**

D’un côté, elle se présente comme le champion du panafricanisme, défendant les causes des peuples opprimés (Sahara occidental, Palestine). De l’autre, elle entretient des relations étroites avec des régimes autoritaires (Russie, Émirats) et ferme les yeux sur les violations des droits de l’homme chez ses partenaires (comme en Libye ou au Mali). L’escale des navires russes à Alger en est l’illustration : officiellement, il s’agit d’une « coopération militaire ». En réalité, c’est une alliance de circonstance entre deux pays qui cherchent à contrer l’influence occidentale.

Le soutien de l’ONU au plan marocain d’autonomie pour le Sahara occidental est un camouflet pour Alger, qui soutient le Polisario depuis des décennies. Cette défaite diplomatique révèle les limites du discours algérien : quand les intérêts économiques (gazoducs, investissements) entrent en conflit avec les principes, c’est toujours l’argent qui l’emporte.

**Éducation et universités : la fabrique des illusions**

Problème n°1 : la massification sans qualité.
L’Algérie compte aujourd’hui plus de 1,5 million d’étudiants, mais les universités sont sous-équipées, les enseignants sous-payés, et les débouchés professionnels quasi inexistants. Le diplôme algérien ne vaut plus grand-chose sur le marché du travail, ce qui explique la fuite des cerveaux vers l’Europe ou le Canada.

Problème n°2 : la politisation des savoirs.
Les réformes éducatives (comme la nouvelle rentrée scolaire) sont souvent des mesures cosmétiques, destinées à calmer les revendications étudiantes. La numérisation des universités, présentée comme une révolution, se heurte à la réalité d’un pays où l’accès à Internet reste inégal et où les coupures d’électricité sont fréquentes.

Problème n°3 : l’absence de vision.
L’Algérie forme des ingénieurs, des médecins, des juristes… mais pas des citoyens critiques. L’université algérienne est un moule à conformisme, où la pensée critique est découragée. Résultat : une jeunesse diplômée, mais désillusionnée, qui se tourne vers l’exil ou le secteur informel.

**Travaux publics et transports : le mirage de la modernité**

1. Une logique de contrôle social.
Les transports guidés (métro, tram) permettent de désengorger les villes et de réduire les risques de protestations populaires (comme celles du Hirak). Un peuple qui circule est un peuple moins enclin à se révolter.

2. Une logique de dépendance.
Les contrats avec des entreprises étrangères (Pertamina, entreprises allemandes pour les frégates) montrent que l’Algérie n’a plus les moyens de ses ambitions. Le pays est devenu un marché captif pour les multinationales, qui profitent de sa manne pétrolière sans transférer de technologies.

Le cas de Béjaïa, où plusieurs projets de transport sont prévus pour 2026, est emblématique. La ville, poumon économique de l’Est algérien, souffre d’un sous-investissement chronique. Les projets annoncés sont-ils réalistes, ou s’agit-il de promesses électorales ?

**Environnement : l’Algérie face à son propre désert**

Les exemples étrangers (comme le parc national vietnamien de Cần Giờ, vitrine du bas carbone) sont cités en exemple, mais sans réelle volonté de les imiter. L’Algérie a les moyens de devenir un leader des énergies renouvelables (avec son ensoleillement exceptionnel et ses vastes étendues désertiques), mais elle préfère importer des solutions clés en main (comme les investissements émiratis) plutôt que de développer une industrie locale.

La question environnementale est aussi une question sociale.** Les pénuries d’eau, les coupures d’électricité et la pollution industrielle alimentent le mécontentement populaire. **Si l’Algérie ne prend pas ce virage, elle risque une crise humanitaire dans les prochaines décennies.

**Santé et journalisme : le miroir brisé de la société**

1. La santé est un enjeu politique.
Admettre l’ampleur de l’épidémie de diabète (qui touche près de 15 % de la population) reviendrait à reconnaître l’échec des politiques publiques en matière d’alimentation et de prévention.

2. Le journalisme algérien est sous contrôle.
Les interviews de médecins (comme Rachid Malek) sont autorisées tant qu’elles restent techniques. Dès qu’elles deviennent critiques (sur les pénuries de médicaments, la corruption dans les hôpitaux), les lignes rouges sont franchies. Le journalisme d’investigation en Algérie est un sport de combat.

3. La société algérienne refuse de voir ses propres maux.
L’obésité est souvent perçue comme un problème « de riches », alors qu’elle touche surtout les classes populaires,

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