Tebboune relance les relations Algérie-Tunisie par un discours historique

Le président Abdelmadjid Tebboune a marqué un tournant dans les relations entre l’Algérie et la Tunisie lors d’un discours prononcé récemment, selon plusieurs politologues algériens. Ce discours, qualifié d’historique par des analystes cités par Horizons, intervient dans un contexte régional complexe, où les deux pays cherchent à renforcer leur coopération économique et sécuritaire.

Les déclarations de Tebboune ont été interprétées comme une volonté de dépasser les tensions passagères qui ont pu affecter les échanges entre Alger et Tunis. « Ce discours montre une claire intention de l’Algérie de consolider ses liens avec la Tunisie, notamment sur les plans économique et énergétique », a déclaré un expert en relations maghrébines à El Watan. La visite officielle du président tunisien Kaïs Saïed en Algérie en 2023 avait déjà posé les bases d’une relance, mais les observateurs estiment que les propos de Tebboune vont plus loin en proposant des mécanismes concrets.

Parmi les pistes évoquées, la réactivation du projet de gazoduc transsaharien, qui pourrait passer par la Tunisie pour alimenter l’Europe, a retenu l’attention. « L’Algérie dispose des réserves nécessaires, et la Tunisie pourrait jouer un rôle clé dans ce projet, à condition que les deux pays s’accordent sur les termes techniques et financiers », explique un économiste cité par L’Expression. Ce projet, en discussion depuis des années, prend une nouvelle dimension avec la crise énergétique en Europe et la volonté de l’UE de diversifier ses approvisionnements.

Sur le plan sécuritaire, les deux pays partagent des préoccupations communes, notamment face à la situation en Libye. « La stabilité de la Libye est un enjeu crucial pour l’Algérie et la Tunisie, qui subissent les conséquences des flux migratoires et des trafics transfrontaliers », souligne un rapport du Centre africain d’études stratégiques. Les récentes déclarations de Tebboune pourraient ainsi ouvrir la voie à une coordination renforcée entre les services de sécurité algériens et tunisiens, notamment pour lutter contre le terrorisme et la contrebande.

Les échanges commerciaux entre les deux pays restent cependant en deçà de leur potentiel. Selon les chiffres de la Douane algérienne, les exportations algériennes vers la Tunisie ont atteint 1,2 milliard de dollars en 2023, principalement composées de produits énergétiques et de matériaux de construction. « Il y a une marge de progression importante, notamment dans les secteurs de l’agroalimentaire, des technologies et des services », estime un responsable de la Chambre algérienne de commerce et d’industrie. La réouverture prochaine de la frontière terrestre, fermée depuis 2020 pour des raisons sanitaires, pourrait dynamiser ces échanges.

Les réactions en Tunisie ont été globalement positives. Le ministre tunisien des Affaires étrangères, Nabil Ammar, a salué « la volonté commune de renforcer la coopération bilatérale ». Cependant, certains analystes tunisiens appellent à la prudence, soulignant que les défis économiques internes des deux pays pourraient freiner les ambitions. « La Tunisie traverse une crise économique profonde, et l’Algérie doit composer avec la baisse des revenus pétroliers. Les projets communs devront être réalistes », note un économiste tunisien interrogé par Kapitalis.

Du côté algérien, les autorités misent sur cette relance pour positionner le pays comme un acteur central dans la région. « L’Algérie a tout intérêt à renforcer ses liens avec la Tunisie, ne serait-ce que pour contrer l’influence marocaine en Afrique du Nord », analyse un diplomate algérien sous couvert d’anonymat. Cette stratégie s’inscrit dans une dynamique plus large, où l’Algérie cherche à consolider ses partenariats avec les pays voisins, comme en témoignent les récentes visites de Tebboune au Mali et au Niger.

Les prochains mois seront décisifs pour concrétiser ces annonces. Une réunion du Comité mixte algéro-tunisien est prévue dans les semaines à venir pour discuter des projets prioritaires. Parmi les dossiers sur la table : la création d’une zone économique commune, la modernisation des infrastructures frontalières et la coopération dans le domaine des énergies renouvelables. « Si ces projets aboutissent, ils pourraient changer la donne pour les deux pays », estime un expert en géopolitique cité par TSA.

Reste à savoir si cette dynamique résistera aux aléas politiques et économiques. La Tunisie, en pleine transition politique, et l’Algérie, confrontée à des défis sociaux internes, devront maintenir un dialogue constant pour éviter que les tensions régionales ne viennent perturber leur coopération. Pour l’heure, les signaux envoyés par Tebboune laissent entrevoir une nouvelle ère dans les relations entre les deux pays.

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