Algérie vise 12 000 tonnes de poissons d’eau douce en 2024

L’Algérie compte porter sa production de poissons d’eau douce à 12 000 tonnes en 2024, selon des données révélées par Maghreb Émergent. Ce chiffre marque une étape dans la stratégie nationale de développement de l’aquaculture, un secteur encore en retrait face aux besoins croissants en protéines animales. Les autorités misent sur cette filière pour réduire la dépendance aux importations et renforcer la sécurité alimentaire.

Un secteur en expansion malgré des défis structurels

Les contraintes sont multiples : manque d’infrastructures adaptées, difficultés d’accès aux alevins de qualité et coûts élevés des aliments pour poissons. Les opérateurs privés, qui représentent une part croissante de la production, soulignent aussi des lenteurs administratives dans l’obtention des autorisations. Pourtant, le ministère de la Pêche et des Productions halieutiques a lancé plusieurs programmes pour dynamiser le secteur, notamment des subventions à l’investissement et des partenariats avec des centres de recherche comme l’Institut national de la recherche halieutique (INRH).

Sécurité alimentaire et réduction des importations

Le gouvernement mise aussi sur l’aquaculture pour créer des emplois en milieu rural, où les opportunités économiques sont limitées. Des projets pilotes ont été lancés dans des wilayas comme Sétif, Médéa ou Tissemsilt, avec des résultats encourageants. À Sidi Bel Abbès, une ferme aquacole a réussi à produire 1 500 tonnes de tilapias en 2023, un record pour la région. Ces initiatives pourraient servir de modèle pour d’autres zones, à condition que les financements suivent.

Des obstacles techniques et environnementaux

L’environnement joue également un rôle clé. Les sécheresses récurrentes réduisent le niveau des barrages, ce qui menace la disponibilité des sites d’élevage. Dans le sud, où les ressources en eau sont plus rares, les projets d’aquaculture doivent s’adapter à des conditions extrêmes. Des techniques comme l’aquaponie, qui combine élevage de poissons et culture de plantes, sont testées pour optimiser l’utilisation de l’eau, mais leur déploiement à grande échelle prendra du temps.

Un marché local en attente de diversification

Les transformateurs jouent aussi un rôle dans cette transition. Des entreprises comme la Société nationale des produits de la mer (SNPM) commencent à intégrer des poissons d’eau douce dans leurs gammes de produits surgelés. Cette diversification pourrait aider à stabiliser les prix et à réduire la pression sur les espèces marines surexploitées.

Vers une autonomie progressive

Les partenariats internationaux pourraient accélérer cette dynamique. Des pays comme la Chine ou la Norvège, leaders mondiaux en aquaculture, ont déjà manifesté leur intérêt pour des collaborations avec l’Algérie. Un accord signé en 2023 avec la Norvège prévoit des transferts de technologie et des formations pour les éleveurs algériens. Ces échanges pourraient aider à moderniser une filière encore largement artisanale.

L’enjeu est de taille : réduire la dépendance aux importations tout en préservant les ressources naturelles. Si l’Algérie parvient à structurer son secteur aquacole, elle pourrait non seulement améliorer son autonomie alimentaire, mais aussi créer des milliers d’emplois dans des régions souvent négligées. Les prochains mois seront décisifs pour savoir si les objectifs fixés pour 2024 sont réalistes, ou s’ils resteront un vœu pieux.

Laisser un commentaire