Le ministère du Tourisme et de l’Artisanat algérien a annoncé récemment un objectif ambitieux : attirer 1,5 million de visiteurs dans les régions du Sud d’ici 2028. Cette annonce, relayée par Réalités Magazine, s’inscrit dans une stratégie plus large de développement du tourisme saharien, considéré comme un levier économique clé pour les wilayas du Grand Sud.
D’après les données officielles, le Sahara algérien représente près de 80 % du territoire national et abrite des sites classés au patrimoine mondial de l’UNESCO, comme le Tassili n’Ajjer et le parc culturel de l’Ahaggar. Pourtant, malgré ce potentiel, le tourisme dans ces zones reste en deçà des attentes. En 2023, le Sud algérien n’a accueilli que 300 000 visiteurs, selon les chiffres de l’Office national du tourisme (ONT). Le gouvernement table donc sur une multiplication par cinq de ce chiffre en moins de quatre ans.
Pour y parvenir, plusieurs mesures ont été dévoilées. Le ministre du Tourisme, Yacine Hamadi, a évoqué lors d’une conférence de presse en avril 2026 la création de « zones touristiques intégrées » dans les wilayas de Tamanrasset, Adrar, Djanet et Illizi. Ces zones comprendront des infrastructures hôtelières adaptées aux standards internationaux, des pistes améliorées pour les circuits 4×4, et des centres d’interprétation culturelle pour mettre en valeur le patrimoine touareg et les gravures rupestres.
Investissements et partenariats publics-privés
Les autorités misent également sur la simplification des procédures de visa pour les touristes. Depuis 2024, les ressortissants de l’Union européenne, des États-Unis et des pays du Golfe peuvent obtenir un visa électronique en 48 heures, contre plusieurs semaines auparavant. Une mesure qui a déjà porté ses fruits : en 2025, le nombre de touristes français dans le Sud a augmenté de 22 %, selon les douanes algériennes.
Défis logistiques et sécuritaires
La question de la sécurité reste aussi un sujet sensible. Bien que les zones touristiques soient sous surveillance militaire, des incidents isolés ont émaillé les dernières années. En 2023, deux touristes espagnols avaient été brièvement retenus par des trafiquants près de la frontière libyenne avant d’être libérés. « Le risque zéro n’existe pas, mais nous avons renforcé les patrouilles et les contrôles aux points d’entrée », assure le colonel Abdelkader Larbi, porte-parole de la Gendarmerie nationale.
Promotion et image de marque
Les réseaux sociaux jouent aussi un rôle clé. Des influenceurs voyage, comme l’Algérien Mehdi Benaissa ou la Française Léa Camilleri, ont été invités en 2025 à découvrir le Sud et à partager leur expérience sur Instagram et YouTube. Résultat : les recherches Google pour « tourisme Algérie Sahara » ont bondi de 150 % en un an, selon les données de Google Trends.
Retombées économiques locales
« Le tourisme crée des emplois directs et indirects, mais il faut veiller à ce que les bénéfices restent dans les régions », estime Fatima Zohra, économiste à l’Université de Tamanrasset. Pour éviter les dérives, le ministère du Tourisme a instauré en 2025 une taxe de 5 % sur les séjours hôteliers dans le Sud, dont les recettes seront reversées aux communes pour financer des projets sociaux.
Comparaison avec les voisins maghrébins
Pour combler ce retard, l’Algérie mise sur des partenariats avec des tour-opérateurs européens. En 2026, le groupe français Club Med a annoncé l’ouverture d’un village vacances à Timimoun, prévu pour 2028. Une première dans le pays.
Perspectives et ajustements
Le ministère du Tourisme a promis de mettre en place un observatoire des prix d’ici fin 2026 pour réguler le marché. Par ailleurs, un projet de loi sur l’écotourisme est en discussion pour encadrer les activités dans les parcs nationaux et limiter l’impact environnemental.
Avec ces mesures, l’Algérie espère faire du Sahara un pilier de son économie touristique. Reste à savoir si les infrastructures et les services suivront le rythme des ambitions affichées.