L’usine chinoise ultramoderne relance l’automobile algérienne

L’Algérie s’apprête à accueillir une usine automobile chinoise « ultramoderne » sur son territoire, un projet qui pourrait redynamiser un secteur en difficulté depuis des années. Selon TSA-Algérie, cette annonce marque une étape significative dans la stratégie industrielle du pays, après l’échec des précédents partenariats locaux et étrangers.

Le ministre de l’Industrie, Ahmed Zeghdar, a confirmé récemment que les négociations avec le constructeur chinois étaient en phase finale. L’usine, dont la localisation n’a pas encore été officiellement dévoilée, devrait produire des véhicules électriques et thermiques pour le marché local et africain. « Ce projet s’inscrit dans la volonté de l’État de diversifier l’économie et de réduire la dépendance aux importations », a déclaré Zeghdar lors d’une intervention télévisée.

Un secteur en quête de relance
L’industrie automobile algérienne a connu plusieurs tentatives infructueuses ces dernières années. Des partenariats avec des constructeurs comme Renault ou Volkswagen n’ont pas abouti aux résultats escomptés, en raison de contraintes logistiques, financières et réglementaires. En 2023, le gouvernement avait suspendu les importations de véhicules neufs pour encourager la production locale, une mesure qui a provoqué des pénuries et des tensions chez les concessionnaires.

Selon les données du Centre national du registre du commerce (CNRC), le nombre d’immatriculations de véhicules neufs a chuté de 60 % entre 2019 et 2024. Les constructeurs locaux, comme SNVI ou Mercedes-Benz Algérie, peinent à répondre à la demande, malgré des capacités de production limitées. « L’arrivée d’un acteur chinois pourrait combler ce vide, à condition que le transfert de technologie soit effectif », explique un expert du secteur, cité par El Watan.

Un partenariat sous conditions
Le projet chinois suscite à la fois espoir et scepticisme. Les autorités algériennes insistent sur l’obligation d’intégrer une part importante de composants locaux dans la production. « Nous exigeons un taux d’intégration de 30 % dès la première année, puis 50 % d’ici trois ans », a précisé le ministre de l’Industrie. Cette condition vise à stimuler les sous-traitants locaux et à créer des emplois durables.

Cependant, des observateurs soulignent les risques liés à la dépendance technologique. « Les Chinois ont l’habitude de travailler avec leurs propres fournisseurs. Il faudra un cadre juridique strict pour éviter que l’usine ne devienne une simple usine de montage », avertit un économiste interrogé par Liberté. Le gouvernement a d’ailleurs annoncé la création d’une commission de suivi, composée de représentants des ministères concernés et des industriels locaux.

Impact sur l’emploi et la formation
L’usine devrait générer entre 3 000 et 5 000 emplois directs et indirects, selon les premières estimations. Le ministre du Travail, Youcef Cherfa, a indiqué que des programmes de formation seraient mis en place en collaboration avec des écoles techniques et des universités. « Nous allons former des ingénieurs et des techniciens spécialisés dans les nouvelles technologies automobiles », a-t-il déclaré.

Des entreprises locales, comme Condor Electronics ou la Société algérienne de fabrication de batteries (SAFB), pourraient bénéficier de ce projet. « Nous sommes prêts à fournir des composants électroniques et des solutions énergétiques pour les véhicules électriques », affirme un responsable de Condor, contacté par l’APS.

Un marché africain en ligne de mire
L’Algérie vise également l’exportation vers les pays africains, où la demande en véhicules neufs est en croissance. « Le marché africain représente une opportunité majeure. Avec cette usine, nous pourrions devenir un hub régional », estime un analyste du cabinet BMI Research. Le pays a déjà signé des accords commerciaux avec plusieurs pays du continent, notamment dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).

Cependant, la concurrence sera rude. Des pays comme le Maroc, avec son usine Renault de Tanger, ou l’Afrique du Sud, avec ses usines Toyota et Volkswagen, dominent déjà le marché. « L’Algérie devra offrir des avantages fiscaux et logistiques pour attirer les investisseurs et les clients », souligne un rapport de la Banque africaine de développement (BAD).

Réactions des acteurs locaux
Les concessionnaires automobiles, durement touchés par la suspension des importations, accueillent favorablement l’annonce. « C’est une bonne nouvelle, mais il faudra que les prix restent compétitifs », déclare un responsable de la Chambre nationale des concessionnaires automobiles (CNCA). Les consommateurs, eux, espèrent une baisse des prix et une diversification de l’offre.

Du côté des syndicats, les attentes sont fortes en matière de conditions de travail. « Nous veillerons à ce que les emplois créés respectent les normes sociales et salariales algériennes », affirme un représentant de l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA).

Prochaines étapes
Le gouvernement prévoit de finaliser l’accord avec le partenaire chinois d’ici la fin de l’année. Une fois signé, les travaux de construction de l’usine pourraient débuter rapidement, avec une mise en production prévue pour 2026. « Nous visons une capacité initiale de 50 000 véhicules par an, avec une montée en puissance progressive », indique une source proche du dossier.

En parallèle, les autorités travaillent sur un nouveau cadre réglementaire pour l’industrie automobile, incluant des incitations fiscales pour les investisseurs et des mesures de protection du marché local. « L’objectif est de créer un écosystème industriel durable, pas seulement une usine », résume un haut responsable du ministère de l’Industrie.

Ce projet, s’il aboutit, pourrait marquer un tournant pour l’économie algérienne, en réduisant la facture des importations et en positionnant le pays comme un acteur clé de l’industrie automobile en Afrique. Reste à savoir si les promesses seront tenues et si les défis logistiques et technologiques seront surmontés.

Laisser un commentaire