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**L’Algérie à l’épreuve de sa propre narration**
Ces dix domaines d’actualité, loin d’être des îlots isolés, dessinent les contours d’une Algérie tiraillée entre trois forces contradictoires : l’impératif de développement économique, la quête d’une identité postcoloniale et la persistance d’un système de gouvernance autoritaire. Examiner ces dynamiques ensemble, c’est saisir comment l’Algérie tente de concilier l’inconciliable – et pourquoi elle échoue souvent.
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**1. L’économie algérienne : entre souveraineté affichée et dépendances persistantes**
**Les travaux publics, ou l’illusion de la maîtrise du territoire**
Le ministre des Travaux publics, Djellaoui, insiste sur la « préparation anticipée des projets » – une formule qui sonne comme un aveu. Anticiper, c’est reconnaître que l’Algérie a longtemps réagi dans l’urgence, comme en témoignent les retards chroniques des grands chantiers (autoroute Est-Ouest, métro d’Alger). La modernisation des infrastructures est moins un choix qu’une course contre la montre : celle d’un État qui craint de perdre le contrôle de son propre territoire face aux défis démographiques et climatiques.
**La banque et les devises : le contrôle comme substitut à la confiance**
Pourtant, cette obsession du contrôle trahit une faiblesse : l’Algérie n’a pas réussi à créer un écosystème bancaire attractif. Les entreprises préfèrent encore le cash ou les circuits parallèles, faute de confiance dans les institutions. Le durcissement des règles à l’aéroport (déclaration des devises, justificatifs) ne fera qu’accentuer cette défiance, surtout si les contrôles sont perçus comme arbitraires.
Contradiction majeure : l’Algérie veut attirer les investissements étrangers (via des partenariats comme celui annoncé avec la France en technologie), mais elle multiplie les barrières bureaucratiques. Comment concilier ouverture et contrôle ? La réponse algérienne semble être : en jouant sur les deux tableaux, sans trancher.
**Les importations : le mythe de la substitution impossible**
La contribution sur « l’intégration industrielle » dénonce les « artifices comptables » – une critique implicite des politiques de substitution aux importations qui, depuis les années 1980, ont surtout servi à enrichir une caste d’importateurs proches du pouvoir. L’Algérie importe des usines clés en main (voitures, médicaments, électronique) sans jamais maîtriser la chaîne de valeur. Résultat : une dépendance accrue aux devises, et donc une vulnérabilité aux chocs externes (baisse des prix du pétrole, crises géopolitiques).
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**2. Culture et identité : célébrer le patrimoine, effacer l’histoire**
**Le tourisme et les arts : vitrine ou alibi ?**
Pourtant, cette célébration du patrimoine contraste avec l’étouffement des voix dissidentes. L’arrestation de Boualem Sansal à l’aéroport d’Alger – sans motif clair – rappelle que la culture en Algérie reste un champ miné. Sansal, écrivain critique du régime et de l’islam politique, est persona non grata depuis des années. Son interpellation envoie un message clair : la culture est tolérée tant qu’elle sert la narration officielle.
Le Festival panafricain d’Alger, présenté comme un « moment charnière de la décolonisation », est symptomatique de cette instrumentalisation de l’histoire. En 1969, ce festival avait marqué l’apogée du tiers-mondisme algérien. Aujourd’hui, il est commémoré comme un symbole de résistance, mais sans que les questions qu’il posait (néocolonialisme, dépendance économique) ne soient réactualisées.
**L’histoire : le passé comme champ de bataille**
Pourtant, la célébration du Nouvel An amazigh (Yennayer) et les nouvelles inscriptions au patrimoine immatériel de l’UNESCO montrent une volonté de diversification identitaire. Mais cette ouverture est strictement encadrée : l’amazighité est célébrée comme folklore, pas comme une revendication politique. Quant aux archives, leur accès reste soumis à des logiques de pouvoir – celles d’un État qui craint que la vérité historique ne sape sa légitimité.
Contradiction fondamentale : l’Algérie se présente comme le berceau de la décolonisation, mais elle reproduit les mécanismes de contrôle du savoir hérités de la période coloniale.
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**3. Technologie et numérique : le pari risqué de la jeunesse**
**La fintech et les concours : former une élite sans démocratiser l’innovation**
Pourtant, ces succès individuels masquent une réalité plus sombre : le numérique algérien reste sous-développé et contrôlé. Le câble ViaTunisia, présenté comme une avancée pour la connectivité, révèle une dépendance aux infrastructures étrangères. Quant à la « résilience des réseaux sous-marins », elle est mise à mal par l’absence de souveraineté technologique : l’Algérie n’a pas de data centers nationaux, et ses entreprises dépendent de solutions cloud étrangères (Google, Amazon).
Le partenariat avec la France en technologie est un autre paradoxe. L’Algérie veut former ses ingénieurs, mais elle externalise sa souveraineté numérique. Comment concilier cette dépendance avec les discours sur l’indépendance économique ?
**La jeunesse, variable d’ajustement**
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**4. Diplomatie : entre rhétorique anti-impérialiste et réalisme géopolitique**
**La Palestine : un combat qui cache mal les alignements**
Ce vote illustre une schizophrénie diplomatique :
– D’un côté, l’Algérie se pose en leader du front anti-impérialiste, en opposition aux États-Unis et à Israël.
– De l’autre, elle s’aligne sur des positions qui servent indirectement les intérêts occidentaux, comme lors de la normalisation des relations entre certains pays arabes et Israël.
Pourquoi ce double discours ?
1. La realpolitik : l’Algérie a besoin du soutien de l’ONU et des grandes puissances pour ses propres dossiers (Sahara occidental, sécurité sahélienne).
2. La survie du régime : en se présentant comme un rempart contre l’ »impérialisme », le pouvoir algérien cherche à mobiliser sa base populaire et à détourner l’attention des problèmes internes.
**Le partenariat avec la France : une relation toxique mais nécessaire**
Cette relation est à la fois une dépendance et une arme :
– Dépendance : la France reste le premier partenaire commercial de l’Algérie, et Paris joue un rôle clé dans les négociations sur le gaz.
– Arme : l’Algérie utilise cette relation pour faire pression sur la France (sur les visas, les mémoires coloniales) et pour se positionner comme un acteur incontournable en Méditerranée.
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**Synthèse prospective : l’Algérie à la croisée des chemins**
L’Algérie de 2026 est un pays **en tension