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**L’Algérie, ou l’art de danser sur les failles**
L’Algérie contemporaine se révèle comme un pays en tension permanente entre deux forces : l’inertie des structures héritées et l’ébullition des initiatives qui les défient. Les actualités de ces dernières semaines dessinent une carte où se superposent les strates d’un État centralisateur, les aspirations d’une jeunesse connectée, les résistances d’une société civile fragmentée et les contradictions d’un modèle économique en quête de sens. Ce qui frappe, c’est moins la diversité des sujets que leur imbrication : la diaspora finance les start-ups qui innovent dans l’agroalimentaire, tandis que les archéologues alertent sur la destruction d’un patrimoine que l’État peine à valoriser. Les femmes luttent pour leurs droits dans un contexte où la littérature jeunesse devient un champ de bataille idéologique, et où les travaux publics, vitrine du pouvoir, masquent mal l’absence de vision stratégique.
Derrière ces dynamiques, une question centrale émerge : l’Algérie est-elle en train de négocier une transition silencieuse, ou se contente-t-elle de gérer ses paradoxes sans les résoudre ?
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**La diaspora, ou l’économie politique du déni**
Les transferts d’argent de la diaspora algérienne – estimés à près de 2 milliards de dollars par an (soit plus que les recettes pétrolières hors hydrocarbures) – sont à la fois une bouée de sauvetage et un sujet tabou. Le Premier ministre a récemment qualifié ces flux d’« insuffisants », une déclaration qui révèle une méconnaissance crasse de leur rôle systémique. En réalité, ces fonds soutiennent des milliers de familles, financent des projets entrepreneuriaux et compensent les lacunes d’un système bancaire peu accessible. Mais leur invisibilisation officielle répond à une logique politique : reconnaître leur importance reviendrait à admettre que l’État ne contrôle pas entièrement l’économie, et que des millions d’Algériens ont choisi de placer leur confiance ailleurs – dans des réseaux transnationaux, des solidarités familiales, ou des circuits informels.
Cette schizophrénie se retrouve dans le traitement médiatique. D’un côté, on célèbre les exploits des jeunes Algériens à l’étranger (comme la victoire au concours Huawei de Shenzhen), de l’autre, on minimise leur contribution financière. Pourtant, ces transferts sont le symptôme d’un phénomène plus large : l’Algérie est un pays dont l’avenir se joue autant à l’intérieur qu’à l’extérieur de ses frontières. La diaspora n’est pas un simple réservoir de devises, mais un acteur géopolitique à part entière – capable de peser sur les relations avec la France, d’investir dans les start-ups locales, ou de contourner les restrictions monétaires imposées par le pouvoir.
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**Infrastructures : le béton comme réponse à tout ?**
Les annonces de grands travaux – ligne ferroviaire Alger-Tamanrasset, modernisation du réseau routier – sont un classique du répertoire algérien. Elles répondent à une double logique : afficher une dynamique de développement pour légitimer le pouvoir, et stimuler une économie dépendante des contrats publics. Mais ces projets, souvent pharaoniques, posent deux problèmes majeurs.
D’abord, leur soutenabilité. Dans un pays où les recettes pétrolières fluctuent et où la dette extérieure augmente, financer des infrastructures coûteuses revient à hypothéquer l’avenir. La ligne Alger-Tamanrasset, par exemple, est présentée comme un symbole de désenclavement du Sud, mais son utilité économique réelle reste à prouver. Qui en seront les principaux usagers ? Les touristes ? Les travailleurs ? Les marchandises ? Sans une stratégie industrielle ou agricole pour le Sud, ces investissements risquent de devenir des éléphants blancs, comme l’a été le métro d’Alger dans les années 1980.
Ensuite, ces travaux masquent l’absence de planification urbaine. Les villes algériennes étouffent sous le poids d’une urbanisation anarchique, tandis que les transports en commun restent défaillants. Moderniser les routes sans repenser la mobilité, c’est comme soigner un cancer avec des pansements. Le vrai défi n’est pas de construire, mais de gérer l’existant – ce que l’État algérien, obsédé par le neuf, peine à faire.
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**Technologie et souveraineté : le miroir aux alouettes**
L’Algérie mise sur la technologie pour se réinventer. Le concours FinTalk de la Bourse d’Alger, la victoire des jeunes ingénieurs au concours Huawei, ou encore le partenariat avec la France sur les « technologies d’exception » sont autant de signes d’une volonté de s’inscrire dans l’économie du savoir. Pourtant, cette ambition se heurte à des réalités structurelles.
D’abord, l’écosystème reste fragile. Les start-ups algériennes (Yassir, Go, Longli) sont souvent des copies de modèles étrangers (Uber, Glovo), sans réelle innovation locale. Leur succès repose sur un marché captif et une main-d’œuvre bon marché, pas sur une rupture technologique. Ensuite, la dépendance aux géants étrangers persiste : Huawei, Google, ou les investisseurs français restent les principaux partenaires. L’Algérie n’a pas encore développé de champions nationaux capables de rivaliser à l’échelle africaine, contrairement au Nigeria ou au Kenya.
Enfin, la censure et le contrôle étatique étouffent l’innovation. Les coupures d’internet lors des manifestations, les restrictions sur les réseaux sociaux, ou la lenteur des réformes numériques (comme la digitalisation de l’administration) montrent que la technologie est perçue comme un outil de surveillance avant d’être un levier de développement.
Pourtant, des brèches existent. La jeunesse algérienne, hyperconnectée, contourne ces obstacles par des solutions informelles (applications de livraison, réseaux de freelance). La vraie révolution technologique en Algérie ne viendra pas de l’État, mais des marges.
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**Littérature et archéologie : les champs de bataille de la mémoire**
La littérature algérienne et l’archéologie partagent un point commun : ce sont des terrains de lutte pour la définition de l’identité nationale. Deux actualités récentes illustrent cette tension.
D’abord, l’album jeunesse comme espace idéologique. La revue algérienne des lettres souligne son rôle dans la transmission de valeurs – mais quelles valeurs ? Dans un pays où l’islam politique et le nationalisme arabe restent des forces influentes, la littérature pour enfants devient un enjeu de contrôle social. Les récits qui y circulent – héros révolutionnaires, figures religieuses, ou modèles de réussite individuelle – reflètent les débats sur ce que doit être l’Algérien « modèle ». Or, cette production est souvent dépolitisée, évitant soigneusement les questions qui fâchent : la diversité linguistique (berbère, français), les traumatismes de la décennie noire, ou les inégalités sociales.
Ensuite, l’archéologie comme miroir des priorités étatiques. Les alertes sur la destruction du site de Sijilmassa (un joyau médiéval du Sud) ou la marginalisation de l’île de Rachgoun (potentiel écologique et historique) révèlent un paradoxe : l’Algérie regorge de sites exceptionnels, mais ne les valorise pas. Pourquoi ? Parce que le tourisme – qui pourrait en être le moteur – est perçu comme une menace par le pouvoir. Ouvrir le pays aux visiteurs étrangers, c’est risquer de voir émerger des récits alternatifs sur son histoire (colonisation, guerre d’indépendance, berbérité). Résultat : le patrimoine reste une ressource inexploitée, alors qu’il pourrait être un levier économique et culturel majeur.
Dans les deux cas, la mémoire est instrumentalisée. La littérature et l’archéologie devraient être des espaces de débat, mais elles sont souvent réduites à des outils de propagande ou d’oubli.
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**Femmes et santé : le corps comme champ de bataille**
Les actualités sur les femmes algériennes – bien que souvent rapportées via des exemples étrangers (Zimbabwe, VIH en Afrique) – éclairent une réalité locale : le corps des femmes reste un territoire contesté.
D’abord, l’accès aux soins. Les naissances prématurées et les infections sexuellement transmissibles (IST) en hausse révèlent les failles d’un système de santé sous-financé. Mais ces problèmes ne sont pas seulement techniques : ils sont politiques. La stigmatisation des femmes célibataires enceintes, la difficulté d’accès à la contraception, ou le manque d’éducation sexuelle montrent que la santé reproductive est un enjeu de contrôle social. L’État algérien, tiraillé entre conservatisme religieux et modernisation autoritaire, peine à trancher.
Ensuite, l’entrepreneuriat féminin. Le Salon du jeune entrepreneur à Mascara met en lumière des initiatives prometteuses, mais celles-ci restent marginales. Les femmes algériennes sont très présentes dans l’économie informelle (commerce, artisanat), mais peinent à accéder aux financements et aux réseaux. Leur succès dépend souvent de stratégies de contournement : microcrédits, solidarités familiales, ou plateformes numériques.
Enfin, la violence symbolique. Les discours officiels célèbrent le rôle des femmes dans la société, mais les lois (comme le code de la famille) et les pratiques (mariages précoces, inégalités salariales) les maintiennent dans un statut de citoyennes de seconde zone. La lutte pour leurs droits est indissociable d’un combat plus large : celui pour une démocratie réelle, où les corps ne sont pas des propriétés de l’État ou de la famille.
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**Économie : le mirage des start-ups et la fuite de Jumia**
L’Algérie se rêve en hub technologique africain, mais la réalité est plus contrastée. Le Top 10 des start-ups algériennes (Yassir, Go, Longli) est impressionnant, mais il masque trois problèmes majeurs.
1. La dépendance aux subventions. Ces entreprises survivent grâce à des aides publiques ou des investissements étrangers, pas à un écosystème local solide. Leur modèle économique reste fragile : Yassir, par exemple, domine le marché des VTC, mais sa rentabilité est incertaine.
2. L’absence de souveraineté numérique. Les géants étrangers (Google, Meta, Huawei) contrôlent les infrastructures, les données, et les algorithmes. L’Algérie n’a pas de cloud national, pas de moteur de recherche local, et peu de brevets. Son économie numérique est une colonie.
3. Le départ de Jumia. L’annonce du retrait du géant de l’e-commerce est un coup dur. Elle révèle les défauts structurels du marché algérien : bureaucratie étouffante, monnaie inconvertible, et méfiance envers les investisseurs étrangers. Jumia n’a pas échoué à cause de la concurrence, mais parce que l’Algérie n’a pas su créer un environnement favorable aux affaires.
Pourtant, des pistes existent. Les start-ups agroalimentaires africaines montrent que l’innovation peut