Alger dévoile sa stratégie cybersécurité 2025-2029

Le ministère de la Défense nationale (MDN) a rendu publique cette semaine la Stratégie nationale de la sécurité des systèmes d’information (SNSSI) pour la période 2025-2029. Ce document, consulté par l’Agence Presse Service (APS), fixe les priorités du gouvernement algérien en matière de protection des infrastructures critiques et de lutte contre les cybermenaces.

La stratégie s’articule autour de cinq axes principaux. Le premier concerne le renforcement des capacités institutionnelles, avec la création d’une Agence nationale de cybersécurité (ANC) placée sous l’autorité directe du Premier ministre. Selon des sources proches du dossier, cette agence regroupera les compétences actuellement dispersées entre plusieurs entités, dont le Centre de veille et de sécurité des systèmes d’information (CVSSI) et la Direction générale de la sécurité des systèmes d’information (DGSSI).

Le deuxième axe vise la modernisation des infrastructures critiques. Le MDN prévoit d’équiper les administrations publiques et les entreprises stratégiques de systèmes de détection et de réponse aux incidents (SOC) d’ici 2027. « L’objectif est de réduire de 60% le temps de réaction aux cyberattaques », indique un responsable du ministère cité par L’Algérie Aujourd’hui. Les secteurs prioritaires incluent l’énergie (SONELGAZ, SONATRACH), les télécommunications (Algérie Télécom, Mobilis) et les finances (Banque d’Algérie, banques publiques).

La formation des ressources humaines constitue le troisième pilier. Le gouvernement prévoit de former 5 000 experts en cybersécurité d’ici 2029, en collaboration avec les universités algériennes et des partenaires internationaux. L’École nationale supérieure d’informatique (ESI) et l’Université des sciences et de la technologie Houari-Boumediene (USTHB) développeront des programmes spécialisés. « Nous avons besoin de compétences locales pour réduire notre dépendance aux solutions étrangères », explique un professeur de l’ESI contacté par El Watan.

Le quatrième axe concerne la coopération internationale. Alger entend renforcer ses partenariats avec des pays comme la Chine, la Russie et la France dans le domaine de la cybersécurité. Des accords ont déjà été signés avec Huawei pour la formation d’experts et avec Kaspersky pour la fourniture de solutions de protection. « Ces partenariats permettront d’accéder à des technologies de pointe tout en préservant notre souveraineté numérique », déclare un haut responsable du MDN.

Enfin, la stratégie prévoit un cadre légal renforcé. Un projet de loi sur la cybersécurité est en préparation et devrait être présenté au Parlement avant la fin de l’année. Ce texte introduira des obligations pour les opérateurs d’importance vitale (OIV) et des sanctions pour les cybercriminels. « Les peines pourront aller jusqu’à 20 ans de prison pour les attaques contre les infrastructures critiques », précise un juriste spécialisé cité par Liberté.

Cette stratégie intervient dans un contexte de multiplication des cyberattaques en Algérie. En 2024, le CVSSI a recensé plus de 12 000 incidents, dont 40% ciblaient des institutions publiques. Les attaques par ransomware ont particulièrement augmenté, avec des demandes de rançon dépassant parfois les 500 millions de dinars. « Les groupes criminels exploitent les failles des systèmes obsolètes », explique un expert en sécurité informatique.

Le coût de la mise en œuvre de cette stratégie est estimé à 150 milliards de dinars sur cinq ans. Le gouvernement compte financer ce plan par le budget de l’État et des partenariats public-privé. « La cybersécurité n’est plus une option, c’est une nécessité pour notre développement économique et notre sécurité nationale », affirme un communiqué du MDN.

Malgré ces annonces, des observateurs pointent des défis persistants. « La coordination entre les différentes institutions reste un problème majeur », souligne un consultant en sécurité informatique. Certains critiquent aussi le manque de transparence sur les cyberattaques subies par l’Algérie. « Sans une communication claire sur les incidents, il est difficile d’évaluer l’efficacité des mesures », ajoute-t-il.

La SNSSI 2025-2029 marque une étape importante dans la politique algérienne de cybersécurité. Son succès dépendra de la capacité du gouvernement à mobiliser les ressources nécessaires et à surmonter les obstacles bureaucratiques. Pour les citoyens, cette stratégie pourrait se traduire par une meilleure protection de leurs données personnelles et une plus grande résilience des services publics en ligne.

Laisser un commentaire