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**Le miroir brisé : une Algérie en tension entre modernité et dépendances**
Derrière les annonces de modernisation agricole, les déploiements technologiques ou les partenariats russo-algériens, se cache une question centrale : l’Algérie est-elle en train de construire une alternative crédible aux modèles néolibéraux et rentiers, ou simplement de maquiller ses vieilles dépendances sous les atours d’une « troisième voie » aussi floue qu’ambitieuse ?
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**La souveraineté alimentaire : un rêve céréalier sous perfusion climatique**
La modernisation promise passe par des investissements massifs dans l’irrigation, les semences résistantes et les technologies de précision. Mais ici, le fil rouge avec d’autres secteurs apparaît : la recherche médicale algérienne, qui progresse sur les maladies liées à la malnutrition (comme le MERS-CoV), et la filière technologique, qui pourrait fournir des outils de monitoring agricole, restent sous-financées et mal coordonnées. Sans une intégration verticale entre agriculture, recherche et innovation, la souveraineté céréalière restera un vœu pieux.
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**Technologie et géopolitique : l’Algérie entre Moscou, Pékin et Paris**
Pourtant, cette ouverture géopolitique n’est pas sans risques. La Russie, en pleine guerre en Ukraine, est un partenaire instable, tandis que la Chine impose souvent des conditions opaques (dette, transfert de technologies). Quant à la France, malgré les déclarations de « partenariat d’exception », les tensions historiques et les suspicions mutuelles freinent toute collaboration profonde. L’Algérie joue sur plusieurs tableaux, mais sans vision claire : veut-elle devenir un hub technologique régional, ou simplement un marché captif pour les puissances étrangères ?
La question des PME algériennes, écrasées par une fiscalité complexe et des délais administratifs kafkaïens, révèle une autre faille. Comment espérer une révolution technologique quand les start-up peinent à survivre au-delà de leur première année ? Le concours FinTalk lancé par la Bourse d’Alger est une initiative louable, mais elle reste marginale face à l’ampleur des défis : manque de financement, bureaucratie étouffante, et absence de culture du risque.
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**Football et soft power : le stade comme miroir des fractures sociales**
Pourtant, le football pourrait être un levier de développement économique et social. Les stades, souvent vides en dehors des grands matchs, pourraient être transformés en espaces multifonctionnels (centres de formation, incubateurs sport-tech). Mais cela suppose une volonté politique de rompre avec les logiques de court terme et de corruption. Le contraste est saisissant avec la Tunisie, où le Festival de Dougga ou la coopération culturelle franco-tunisienne montrent une approche plus intégrée de la diplomatie culturelle. L’Algérie, elle, reste prisonnière d’un football spectacle, sans projet de société derrière.
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**Santé et recherche : l’urgence d’une révolution silencieuse**
Là encore, les liens avec d’autres secteurs sont évidents. Une agriculture modernisée réduirait les maladies liées à la malnutrition ; une industrie pharmaceutique locale (aujourd’hui embryonnaire) diminuerait la dépendance aux importations. Mais l’Algérie, malgré ses ressources, peine à articuler ces enjeux. La recherche médicale, comme la recherche technologique, souffre d’un manque de coordination entre universités, entreprises et État.
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**Commerce et dépendance : la pomme de terre, symbole d’un modèle à bout de souffle**
Le rapport sur le marché des biscuits, qui anticipe une croissance jusqu’en 2034, révèle une autre facette : l’Algérie consomme, mais ne produit pas assez. Les PME locales, censées être le moteur de cette croissance, sont asphyxiées par une fiscalité inadaptée et un accès limité au crédit. Résultat : le pays importe des biscuits, des médicaments, des technologies… et exporte des hydrocarbures.
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**Relations Algérie-Tunisie : entre coopération et rivalité larvée**
La coopération culturelle, comme celle menée par l’Institut français de Tunisie, montre une voie possible : des échanges apaisés, loin des tensions politiques. Mais l’Algérie, obsédée par sa souveraineté, peine à s’inscrire dans cette dynamique. La Tunisie, elle, mise sur le soft power pour attirer investissements et touristes. L’Algérie, avec ses ressources et son histoire, pourrait faire de même… si elle acceptait de jouer le jeu de l’interdépendance.
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**Conclusion : l’Algérie à la croisée des chemins**
Pour cela, plusieurs conditions sont nécessaires :
1. Une intégration verticale des secteurs : agriculture, recherche, technologie et industrie doivent cesser d’être des silos étanches. Une politique agricole moderne suppose des investissements dans la recherche climatique et les technologies de précision.
2. Une refonte du modèle économique : sortir de la rente pétrolière implique de soutenir les PME, de simplifier la fiscalité et de créer un écosystème favorable à l’innovation.
3. Une diplomatie pragmatique : l’Algérie doit diversifier ses partenariats (Russie, Chine, Europe) sans tomber dans le piège de la dépendance. La coopération avec la Tunisie montre qu’une autre voie est possible.
4. Un nouveau contrat social : le football, la santé, l’éducation doivent devenir des leviers de développement, et non des outils de propagande.
L’Algérie a les moyens de ses ambitions. Mais le temps presse. Les défis climatiques, démographiques et géopolitiques ne laisseront pas de place à l’immobilisme. Le pays peut choisir de rester un géant aux pieds d’argile, ou de devenir, enfin, une puissance régionale crédible. Les dix prochaines années seront décisives.