Yanis Taleb, pianiste et compositeur, a réaffirmé récemment son attachement à la musique algérienne comme fondement de son travail artistique. Dans un entretien accordé à El Watan, il a expliqué comment ses racines culturelles influencent sa création, tout en explorant des horizons musicaux variés.
Né à Alger, Yanis Taleb a commencé le piano dès l’enfance avant de poursuivre des études musicales en Europe. Son parcours l’a conduit à collaborer avec des artistes internationaux, mais c’est la musique algérienne qui reste au cœur de son inspiration. « Mon ancrage reste la musique algérienne, qu’elle soit chaâbi, andalouse ou moderne. C’est une richesse que je veux partager et faire évoluer », a-t-il déclaré.
Parmi ses projets récents, Taleb a travaillé sur des compositions mêlant jazz et mélodies traditionnelles algériennes. Ses œuvres, comme Rhapsodie algérienne, ont été saluées pour leur originalité et leur respect des codes musicaux locaux. « Je ne veux pas copier, mais réinterpréter. La musique algérienne a une profondeur qui mérite d’être explorée avec modernité », a-t-il ajouté.
Le pianiste a également évoqué les défis de la scène musicale algérienne. Selon lui, le manque de structures dédiées à la formation et à la diffusion limite l’émergence de nouveaux talents. « Il faut des conservatoires accessibles, des salles de concert et un soutien aux jeunes artistes. La musique ne peut pas se développer sans infrastructure », a-t-il souligné.
Yanis Taleb n’est pas le seul à plaider pour une meilleure reconnaissance de la musique algérienne. Des figures comme Cheb Khaled ou Souad Massi ont également appelé à des investissements dans ce secteur. Pourtant, les initiatives restent rares. Le ministère de la Culture a lancé en 2023 un programme de soutien aux jeunes musiciens, mais les résultats tardent à se concrétiser.
Sur le plan international, Taleb a participé à plusieurs festivals, dont le Festival de Jazz d’Alger et le Festival des Musiques du Monde à Essaouira. Ses performances ont été saluées pour leur capacité à toucher un public diversifié. « La musique algérienne a sa place dans le monde. Il suffit de lui donner les moyens de briller », a-t-il insisté.
En Algérie, son dernier album, Horizons, a été bien accueilli par la critique. Les morceaux, inspirés par des poèmes de Mohamed Dib et Kateb Yacine, montrent une volonté de lier littérature et musique. « La poésie algérienne est une source inépuisable d’inspiration. Elle raconte notre histoire, nos luttes et nos espoirs », a-t-il expliqué.
Yanis Taleb a également évoqué l’importance de la transmission. Il anime des ateliers pour les jeunes musiciens à Alger et Oran, où il enseigne les bases de la composition et de l’improvisation. « Il faut former la prochaine génération. Sans transmission, la musique algérienne risque de perdre une partie de son âme », a-t-il averti.
Malgré les obstacles, le pianiste reste optimiste. Il cite en exemple des pays comme le Maroc ou la Tunisie, où la musique traditionnelle bénéficie d’un soutien institutionnel plus marqué. « L’Algérie a un potentiel énorme. Il suffit de le valoriser », a-t-il conclu.
Son prochain projet, une collaboration avec l’Orchestre Symphonique d’Alger, devrait voir le jour d’ici la fin de l’année. Ce concert, prévu à la salle Ibn Khaldoun, promet de mêler répertoire classique et compositions algériennes. « Ce sera une première. J’espère que cela ouvrira la voie à d’autres initiatives similaires », a-t-il annoncé.
Yanis Taleb incarne une génération d’artistes algériens qui refusent de choisir entre tradition et modernité. Son travail montre que la musique algérienne peut se réinventer sans perdre son identité. Reste à savoir si les institutions suivront.