Gleizes condamné en Algérie sept ans de prison confirmés

La Cour d’appel de Tizi Ouzou a confirmé récemment la peine de sept ans de prison infligée au journaliste français Christophe Gleizes. L’affaire, liée à la Jeunesse sportive de Kabylie (JSK), soulève des questions sur la liberté de la presse en Algérie et les tensions entre les institutions sportives et le pouvoir central.

Selon France 24 et Radio France, la décision a été rendue en décembre 2025, sans modification par rapport au premier jugement. Gleizes, correspondant pour plusieurs médias français, avait été arrêté en 2024 alors qu’il couvrait les tensions autour de la JSK, club emblématique de Kabylie. Les autorités algériennes lui reprochaient des « atteintes à la sécurité de l’État » et une « ingérence dans les affaires intérieures », des accusations contestées par ses avocats et plusieurs organisations de défense des droits humains.

La JSK, l’un des clubs les plus titrés d’Algérie, est depuis plusieurs années au cœur de conflits avec la Fédération algérienne de football (FAF) et les autorités. En 2023, le club avait été sanctionné pour des « comportements anti-sportifs » après des incidents lors d’un match contre le MC Alger. Les supporters de la JSK, très engagés politiquement, avaient alors dénoncé une « instrumentalisation » de la part d’Alger pour affaiblir le club, perçu comme un symbole de la résistance kabyle.

Un procès sous haute tension

Pour sa défense, Gleizes a toujours affirmé que ses enquêtes visaient uniquement à documenter les tensions autour du football algérien, sans intention de nuire à la sécurité nationale. Ses articles, publiés dans des médias comme Mediapart et Le Monde, mettaient en lumière les dysfonctionnements de la FAF et les conflits entre les clubs et les instances dirigeantes. L’un de ses reportages, intitulé « La JSK, otage d’une guerre politique », avait particulièrement irrité les autorités.

Réactions internationales et locales

En Algérie, les réactions sont plus nuancées. Si certains médias proches du pouvoir, comme l’Agence presse service (APS), ont justifié la condamnation au nom de la « souveraineté nationale », d’autres voix se sont élevées pour dénoncer une atteinte à la liberté de la presse. Le Syndicat national des journalistes algériens (SNJ) a publié un communiqué appelant à « respecter le travail des journalistes, y compris étrangers ». Plusieurs personnalités du monde du football, dont l’ancien joueur international Rabah Madjer, ont également pris position en faveur de Gleizes, soulignant que « le sport ne devrait pas être un champ de bataille politique ».

Un cas emblématique des tensions autour du football

Par ailleurs, la FAF, dirigée par Charaf-Eddine Amara, est régulièrement accusée de partialité dans la gestion des conflits entre clubs. En 2024, plusieurs présidents de clubs de Ligue 1 avaient menacé de boycotter les compétitions pour protester contre des « décisions arbitraires ». La JSK, déjà sanctionnée à plusieurs reprises, avait été exclue de la Coupe d’Algérie en 2023 pour « comportement violent de ses supporters », une décision que le club avait qualifiée de « politique ».

Quelles suites pour Christophe Gleizes ?

Sur le plan diplomatique, la France a indiqué qu’elle suivait « de très près » l’évolution du dossier. Une source au Quai d’Orsay a confié à France 24 que « toutes les options étaient sur la table », y compris une éventuelle demande d’extradition si la situation venait à se dégrader. Pour l’instant, Alger n’a pas répondu aux demandes d’explications formelles, se contentant de rappeler que « les lois algériennes s’appliquent à tous, sans distinction de nationalité ».

Un test pour la liberté de la presse en Algérie

Pour les observateurs, cette condamnation pourrait avoir un effet dissuasif sur les journalistes étrangers souhaitant couvrir l’Algérie. « C’est un message clair : ceux qui s’intéressent de trop près aux sujets sensibles seront sanctionnés », estime un journaliste algérien sous couvert d’anonymat. Pourtant, certains estiment que cette affaire pourrait aussi galvaniser les défenseurs de la liberté de la presse, comme ce fut le cas lors du Hirak en 2019, où les médias avaient joué un rôle clé dans la mobilisation citoyenne.

En attendant, Christophe Gleizes reste détenu à la prison de Tizi Ouzou, où ses conditions de détention font l’objet de vives critiques. Ses proches dénoncent un « isolement total » et des « traitements inhumains ». Une pétition en ligne, lancée par des associations de défense des droits humains, a déjà recueilli plus de 50 000 signatures. Son sort dépend désormais des pressions internationales et de la volonté des autorités algériennes de trouver une issue à cette crise.

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