L’Algérie s’impose comme le principal exportateur d’électricité du Maghreb vers l’Europe, selon un rapport publié récemment par le média panafricain Afrik. Ce positionnement stratégique renforce la place du pays dans le marché énergétique méditerranéen, tout en diversifiant ses sources de revenus.
Le ministre de l’Énergie et des Mines, Mohamed Arkab, a confirmé en août 2024 que l’Algérie avait signé plusieurs accords avec des partenaires européens pour augmenter ses exportations d’électricité. Ces contrats s’appuient sur les infrastructures existantes, notamment les câbles sous-marins reliant l’Algérie à l’Espagne et à l’Italie. La capacité actuelle de ces interconnexions permet d’exporter jusqu’à 1 200 mégawatts (MW), avec des projets d’extension en cours.
La Sonelgaz, entreprise publique algérienne chargée de la production et de la distribution d’électricité, joue un rôle central dans cette dynamique. Elle a annoncé en juillet 2024 avoir investi plus de 2 milliards de dollars dans la modernisation de son réseau électrique, afin d’améliorer la stabilité de l’approvisionnement et d’augmenter les capacités d’exportation. Ces investissements visent également à intégrer davantage d’énergies renouvelables dans le mix énergétique national, conformément aux objectifs fixés par le gouvernement.
L’Europe, confrontée à une crise énergétique depuis 2022, cherche à diversifier ses sources d’approvisionnement. L’Algérie, avec ses réserves de gaz naturel et son potentiel solaire, apparaît comme un partenaire clé. Selon Afrik, les exportations algériennes d’électricité pourraient représenter jusqu’à 10 % des besoins énergétiques de certains pays européens d’ici 2030. Cette collaboration s’inscrit dans le cadre de la transition énergétique européenne, qui vise à réduire la dépendance aux combustibles fossiles.
Les autorités algériennes misent également sur les énergies renouvelables pour soutenir cette croissance. Le programme national des énergies renouvelables, lancé en 2011 et relancé en 2020, prévoit d’atteindre une capacité de 15 000 MW d’ici 2035, dont une partie sera destinée à l’exportation. Plusieurs centrales solaires et éoliennes ont déjà été mises en service, notamment dans les régions de Ghardaïa et d’Adrar, où les conditions climatiques sont particulièrement favorables.
Cependant, des défis persistent. La demande intérieure en électricité en Algérie a augmenté de manière significative ces dernières années, en raison de la croissance démographique et du développement industriel. Selon les données de la Sonelgaz, la consommation nationale a atteint 75 000 gigawattheures (GWh) en 2023, soit une hausse de 5 % par rapport à l’année précédente. Cette situation impose de trouver un équilibre entre la satisfaction des besoins locaux et les engagements d’exportation.
Les experts soulignent également la nécessité de renforcer les interconnexions électriques entre les pays du Maghreb. Un projet d’interconnexion entre l’Algérie, la Tunisie et la Libye est en discussion, avec pour objectif de créer un marché régional intégré. Ce réseau permettrait non seulement d’optimiser les échanges d’électricité, mais aussi de renforcer la stabilité énergétique de la région.
Sur le plan géopolitique, cette stratégie d’exportation renforce la position de l’Algérie en tant qu’acteur incontournable dans le secteur énergétique méditerranéen. Le pays a déjà signé des accords avec l’Espagne, l’Italie et le Portugal, et des discussions sont en cours avec d’autres pays européens, notamment la France et l’Allemagne. Ces partenariats s’accompagnent souvent de collaborations dans les domaines des énergies renouvelables et de la formation professionnelle, comme l’a souligné le ministre Arkab lors d’une conférence internationale en juin 2024.
Les retombées économiques de ces exportations sont déjà visibles. Selon les estimations de la Banque mondiale, les revenus générés par les exportations d’électricité pourraient atteindre 500 millions de dollars par an d’ici 2026. Ces fonds pourraient être réinvestis dans des projets d’infrastructures et de développement durable, contribuant ainsi à la diversification de l’économie algérienne.
Malgré ces avancées, des voix critiques s’élèvent au sein de la société civile algérienne. Certains experts et associations écologistes, comme le Collectif algérien pour la transition énergétique, appellent à une meilleure transparence dans la gestion des ressources énergétiques. Ils soulignent la nécessité de prioriser les besoins des citoyens et de garantir un accès équitable à l’électricité, avant d’envisager une augmentation des exportations.
Le gouvernement algérien, conscient de ces enjeux, a lancé en 2023 un plan de modernisation du réseau électrique national. Ce plan, doté d’un budget de 3 milliards de dollars, vise à réduire les pertes d’énergie, qui s’élèvent actuellement à 12 % du total produit, et à améliorer l’accès à l’électricité dans les zones rurales. Selon le ministre de l’Énergie, ces efforts devraient permettre de couvrir 100 % des besoins nationaux d’ici 2027.
L’Algérie se trouve ainsi à un tournant de sa stratégie énergétique. En misant sur les exportations d’électricité et les énergies renouvelables, le pays cherche à consolider sa position sur la scène internationale tout en répondant aux défis internes. Les prochaines années seront déterminantes pour évaluer l’impact de ces choix sur l’économie nationale et le quotidien des Algériens.