Revue de presse : Diaspora algérienne, Société civile Algérie, Changement climatique Algérie…

**L’ALGÉRIE COMME MIROIR BRISÉ : ENTRE HÉRITAGE ET RÉINVENTION**

L’Algérie contemporaine se présente comme un palimpseste où chaque strate d’actualité révèle une tension fondamentale : celle d’une nation qui oscille entre la préservation d’un héritage révolutionnaire et l’urgence d’une modernité souvent importée, parfois imposée. Les dix domaines ici recensés ne sont pas des îlots isolés, mais les fragments d’un même récit – celui d’un pays qui, soixante ans après son indépendance, cherche encore à concilier souveraineté, développement et identité.

Ce qui frappe d’emblée, c’est l’absence de hasard dans cette mosaïque. Derrière les annonces de baisses d’analphabétisme ou de lancements de gazoducs, derrière les cyberattaques et les foires du livre, se dessine une Algérie en mouvement, mais dont les dynamiques restent prisonnières de contradictions structurelles. Comment comprendre, par exemple, que le pays qui célèbre ses avancées éducatives (7,4 % d’analphabétisme) soit aussi celui dont les élites littéraires et scientifiques s’exilent ou se heurtent à des tabous persistants ? Comment concilier une armée en pleine modernisation cyber et une société civile dont les marges de manœuvre se réduisent comme peau de chagrin ? Et surtout, comment interpréter cette obsession pour la souveraineté énergétique et militaire, alors que les PME peinent à émerger dans un écosystème fiscal aussi opaque qu’étouffant ?

Ces questions ne sont pas rhétoriques. Elles tracent les contours d’un modèle algérien en quête de cohérence, où chaque progrès semble générer son propre frein.

**LA DIASPORA, OU L’ALGÉRIE HORS LES MURS : ENTRE RÉUSSITE INDIVIDUELLE ET DÉNI COLLECTIF**

L’actualité récente met en lumière deux figures de la diaspora algérienne : Lilia Hassaine, romancière française d’origine algéroise, et Karima Brikh, journaliste et militante. Leurs parcours illustrent une réalité à double tranchant : celle d’une Algérie qui s’exporte, brille à l’étranger, mais dont les succès individuels peinent à se traduire en leviers de transformation nationale.

Hassaine et Brikh incarnent cette diaspora « invisible » – ces Algériens de la deuxième ou troisième génération qui, sans renier leurs racines, construisent leur légitimité loin des carcans du pays d’origine. Leur visibilité médiatique contraste avec l’opacité des politiques algériennes envers leurs expatriés. Le gouvernement, tout en célébrant les « cerveaux » partis à l’étranger, maintient une relation ambiguë avec sa diaspora : tantôt courtisée pour ses transferts de devises (estimés à plus de 2 milliards de dollars par an), tantôt suspectée de « trahison » dès qu’elle critique le système.

Cette schizophrénie révèle une peur plus profonde : celle de voir la diaspora devenir un contre-pouvoir. Les Algériens de l’étranger, par leur accès à l’information et leur liberté d’expression, représentent une menace pour un État qui a longtemps fonctionné en vase clos. Pourtant, leur rôle pourrait être décisif dans la transition économique du pays. Comment expliquer que l’Algérie, riche de ses talents dispersés, n’ait toujours pas mis en place une véritable politique d’attractivité pour les « retours » ? La réponse tient peut-être dans cette phrase de Boualem Sansal, citée dans les actualités littéraires : « Un pays qui a peur de ses enfants exilés est un pays qui n’a pas confiance en son propre avenir. »

**ÉDUCATION ET ARMÉE : LES DEUX PILIERS D’UNE SOUVERAINETÉ EN QUESTION**

L’Algérie a fait de l’éducation et de la défense les deux piliers de sa souveraineté. Les annonces récentes en témoignent : baisse de l’analphabétisme, relance des cellules de suivi des examens nationaux, et surtout, l’ouverture des écoles des Cadets de l’ANP (Armée nationale populaire) pour 2024-2025.

À première vue, ces mesures semblent cohérentes. Une population mieux éduquée est un gage de stabilité, et une armée moderne est une garantie contre les ingérences extérieures. Pourtant, cette logique cache une réalité plus trouble : celle d’un système où l’éducation et la défense servent aussi d’outils de contrôle social.

Prenons l’exemple des écoles des Cadets. Officiellement, elles forment une élite militaire destinée à moderniser l’ANP. Mais dans les faits, elles perpétuent un modèle où l’armée reste le principal ascenseur social du pays. Les conditions d’admission – rigoureuses, sélectives, et souvent réservées aux enfants de militaires ou de fonctionnaires – en disent long sur la reproduction des élites. L’Algérie, soixante ans après l’indépendance, n’a toujours pas rompu avec cette logique de « méritocratie encadrée », où l’accès au pouvoir reste verrouillé par des réseaux informels.

Cette militarisation de la jeunesse algérienne n’est pas sans rappeler les régimes autoritaires du XXe siècle, où l’armée servait de courroie de transmission entre l’État et la société. Le paradoxe ? Alors que l’Algérie se targue de ses avancées démocratiques (notamment depuis le Hirak), son système éducatif et militaire reste profondément vertical, voire clientéliste.

**CLIMAT ET ÉNERGIE : L’ALGÉRIE FACE À SON DOUBLE DÉFI**

L’Algérie est un pays de contrastes climatiques extrêmes : des forêts méditerranéennes aux déserts sahariens, en passant par les steppes arides. Les actualités récentes soulignent deux enjeux majeurs : la régénération des écosystèmes (comme l’Acacia raddiana à Ghardaïa) et la transition énergétique.

Sur le papier, tout semble aller dans le bon sens. Le pays lance des programmes de reboisement, discute de la transition vers les énergies renouvelables, et mise sur son gaz pour financer cette mutation. Pourtant, ces initiatives butent sur une réalité implacable : l’Algérie reste prisonnière de son modèle rentier.

Les hydrocarbures représentent encore 95 % des exportations et 60 % des recettes budgétaires. Comment, dans ces conditions, envisager une transition énergétique crédible ? Les 12es JST de Sonatrach (Journées scientifiques et techniques) ont placé la transition énergétique au cœur des débats, mais les annonces restent vagues. Les experts algériens parlent de « mix énergétique » à l’horizon 2050, sans préciser comment financer cette révolution. Pire : alors que le pays dispose d’un ensoleillement exceptionnel (3 000 heures par an), les énergies renouvelables ne représentent que 1 % de la production électrique.

Cette inertie s’explique par un calcul cynique : pourquoi investir dans le solaire ou l’éolien quand le gaz rapporte des milliards ? Mais elle révèle aussi une peur plus profonde : celle de perdre le contrôle d’un secteur qui a fait la puissance de l’Algérie depuis les années 1970. La transition énergétique, si elle est mal gérée, pourrait fragiliser l’État algérien en réduisant ses marges de manœuvre financières.

Pourtant, le changement climatique ne laisse pas le choix. Les incendies en Méditerranée, les sécheresses récurrentes, et la désertification accélérée du Sud algérien sont autant de signaux d’alarme. L’Algérie a les moyens de devenir un leader africain des énergies vertes, mais à condition de rompre avec sa dépendance aux hydrocarbures. Or, cette rupture suppose une refonte totale de son modèle économique – ce que le pouvoir, pour l’instant, refuse d’envisager.

**LITTÉRATURE ET GASTRONOMIE : LES DEUX VISAGES D’UNE IDENTITÉ EN MOUVEMENT**

La littérature et la gastronomie algériennes sont deux champs où se joue, de manière presque subliminale, la question de l’identité nationale.

D’un côté, la foire du livre de Tunis, où plus de 600 ouvrages algériens étaient présentés, montre une vitalité culturelle indéniable. Des auteurs comme Kaouther Adimi (avec La Joie ennemie, sur la décennie noire) ou Boualem Sansal (dont le dernier livre sort après sa libération de prison) explorent les traumatismes de l’Algérie contemporaine. Leurs œuvres, souvent censurées ou critiquées dans leur propre pays, trouvent un écho à l’étranger – preuve que la littérature algérienne reste un espace de résistance.

De l’autre, la gastronomie algérienne, avec ses fromages artisanaux et ses produits locaux (comme ceux promus par l’OAIC, l’Office algérien interprofessionnel des céréales), incarne une autre forme de fierté nationale. Marc Dufumier, cité dans les actualités, rappelle que l’Algérie fut le « grenier à blé de la France » – une formule qui résonne comme un rappel douloureux : le pays a les ressources pour nourrir sa population, mais dépend encore des importations pour 70 % de ses besoins alimentaires.

Ces deux domaines, bien que distincts, posent la même question : comment l’Algérie peut-elle valoriser son patrimoine tout en le modernisant ? La réponse passe peut-être par une prise de conscience : la culture et l’agroalimentaire ne sont pas des secteurs secondaires, mais des leviers de développement économique. Une gastronomie algérienne exportable, une littérature traduite et diffusée à l’international – voilà des atouts que le pays sous-exploite, par manque de vision stratégique.

**CYBERGUERRE ET DÉFENSE : L’ALGÉRIE DANS LA COURSE AUX ARMEMENTS 2.0**

Les actualités militaires algériennes dessinent un pays en pleine mutation stratégique. D’un côté, l’Algérie renforce ses liens avec l’Union européenne et l’OTAN, tout en modernisant son armée. De l’autre, elle est la cible de cyberattaques (comme celle contre la CNSS, attribuée à des « hackers marocains »), et observe avec inquiétude la montée en puissance du Maroc dans le domaine des drones.

Cette double dynamique révèle une réalité géopolitique : l’Algérie est prise en étau entre deux logiques contradictoires. D’un côté, elle cherche à se positionner comme un acteur régional stable, partenaire des puissances occidentales. De l’autre, elle doit faire face à une course aux armements en Afrique du Nord, où le Maroc, soutenu par Israël et les États-Unis, accumule les drones et les technologies de pointe.

La réponse algérienne ? Une stratégie de diversification des alliances. Les rumeurs de livraison de chasseurs J-35A chinois au Pakistan (un

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